mardi 5 mai 2009

LE LIVRE DE CENDRES : LA GUERRIÈRE OUBLIÉE


LE LIVRE DE CENDRES : LA GUERRIÈRE OUBLIÉE

1476. Gênes est à feu et à sang. Les Carthaginois et leurs golems maléfiques ont envahi le sud de l'Europe afin de détruire l'empire de Frédéric de Habsbourg. Une nuit éternelle les accompagne. Rien ni personne ne semble en mesure de les arrêter. Pourtant, une femme de dix-neuf ans, capitaine d'une troupe de mercenaires, va se dresser sur la route de l'envahisseur. L'histoire a oublié cette guerrière au visage couturé et aux cheveux trop blonds. Elle s'appelait Cendres, et la légende dit qu'elle était plus farouche que le lion et guidée par la voix d'un saint.

Avant tout autre chose, posons nous une question que certains estimeront sans grande importance, mais qui n’est pas dénuée d’intérêt : « Le livre de Cendres » doit il être considéré comme une Uchronie ou non ? A première vue, oui, puisque le récit nous entraîne dans une fin de moyen age alternatif où une guerrière, à la tète d’une compagnie de mercenaires, se voit entraînée dans une guerre d’invasion par des troupes Carthaginoises (petit rappel : Carthage, c’était à l’époque des Romains, plus de mille ans auparavant ; de plus, au XV° siècle, le nord de l’Afrique était musulmane) qui fondent sur l’Europe. Pourtant, si l’on s’en tient strictement à la définition de ce qu’est une Uchronie, nous n’avons nulle part (du moins, dans ce premier tome du cycle qui en comporte quatre) fait mention d’un élément divergeant (comme par exemple, Moise massacré par les troupes de Pharaon, ce qui met fin à l’Exode, ce qui empêche les hébreux de s’installer en Palestine. Conséquences : pas de Jésus, pas de Christianisme, un Empire Romain qui ne décline pas et devient « éternel ». Voir l’excellant « Roma Aeterna » ici : http://feanor-journal.blogspot.com/2009/04/roma-aeterna-et-si-lempire-romain.html ) qui provoque l’évolution différente de l’Histoire que l’on connaît. Certes, je reconnais que je chipote sur un détail et que, à bien y réfléchir, « Le livre de Cendres » se lit comme n’importe quelle Uchronie, et ce, même si, techniquement parlant, ce n’en est pas vraiment une (du moins, pour le moment. J’attendrais la fin du tome quatre pour en être tout à fait sur). Tout cela est bien compliqué et, franchement, pas forcement nécessaire pour une critique. Cependant, par ce détail, je souhaitais vous montrer que l’œuvre de Mary Gentle est un sacré mélange des genres, que l’on à du mal à classer, vu que ceux-ci se bousculent, entre Uchronie, Fantasy, Roman Moyenâgeux, le tout matinée d’un soupçon de SF (mais chut, nous n’en sommes qu’au premier volume). Un mélange qui aurait put ne pas fonctionner, or, c’est bien heureusement le contraire, et ce, même si ce n’était pas gagné au départ.

Je vous l’avoue, j’ai éprouvé énormément de mal à rentrer dans l’histoire, au point que, au bout de près de 80 pages, j’ai laissé cette « Guerrière oubliée » de coté pendant quelques semaines (en fait, le temps de lire « Roma Aeterna »). Sincèrement, ce n’est jamais bon signe venant de ma part (d’ailleurs, depuis les débuts de ce blog, c’est la première fois) et bien souvent, dans le passé, cela signifiait que j’abandonnais définitivement la parti. Pourtant, autant les difficultés étaient réelles au départ, autant, a force d’acharnement, et, surtout, en me disant que cette œuvre valait le détour, je me suis armé de volonté et, je ne l’ai pas regretter car, une fois passé la très lente description des débuts de Cendres, et une fois que l’on se fait au style narratif, assez lourd parfois, très descriptif (trop parfois) qui fourmille de détails dont certains ne sont pas franchement utiles, l’Histoire se lance petit à petit et l’on commence à se prendre de passion pour cette héroïne peu commune et à sa compagnie de mercenaires. Mais même ainsi, il faut s’accrocher pour ne pas se perdre parmi tous les personnages, principaux et secondaires, qui parsèment le récit, ce qui ajoute à la complexité narrative de celui-ci. Pourtant, une fois de plus, des que l’on commence à comprendre « qui est qui » et « quel rôle il joue », alors, l’on ne peut se dire que Mary Gentle à sut nous donner bon nombre de personnalités fortes ou faibles, charismatiques pour la plupart et qui gagnent à être développées (mais nous n’en sommes qu’au début) et dont les multiples relations entre eux, et surtouts avec Cendres, occupent une part non négligeable de l’intrigue. Car si l’on à droit à des scènes de batailles assez violentes, la majeure partie du texte s’intéresse plus aux sentiments de ses protagonistes que de coutume (enfin, surtout ceux de Cendres pour être tout à fait exact), ce qui peut paraître étonnant de prime abord mais qui s’avère un choix judicieux, permettant de les rendre plus humains, plus attachants. Ainsi, l’auteur, par un formidable travail, essaie au maximum de nous rendre les personnages crédibles, chacun possédant des forces et surtout bon nombre de faiblesses (là aussi, ce n’est pas très courrant dans le genre Fantasy), comme Cendres, bien évidement, mais également Florian ou Fernando Del Guiz par exemple (celui là, il gagne véritablement à être connu, mais chut, nous n’en sommes qu’au premier tome). Et ce soucis de crédibilité est sublimé par un artifice littéraire propre à cette saga : la correspondance, à notre époque, entre un écrivain qui souhaite démontrer que Cendres à bel et bien exister, et son éditrice. Ainsi, entre chaque chapitre, le lecteur à droit à quelques extraits de mails entre les deux personnes, où, petit à petit, au fil des découvertes, le premier essaie vaincre les nombreuses réticences du deuxième. Et là ou Mary Gentle fait très fort, c’est que parfois, on y croit, un peu comme si, à la fin du XV° siècle, Carthage existait bel et bien et avait lancé une invasion sur le continent européen, et que Cendres, loin d’être une création imaginaire, avait bel et bien exister. Bien entendu, cela n’est pas le cas. Cependant, la grande force du récit est de nous emmener à le rendre possible, en particulier au début (car ensuite, cela se gatte un petit peu avec les golems) et une fois de plus, on ne peut que tirer son chapeau à l’auteur.

« La guerrière oubliée » est donc, malgré une entrée en matière longuette et pas facile à aborder une bonne entrée en matière dans cette fantastique saga qu’est « Le livre de Cendres ». Certes, en tant que premier tome, il était logique que Mary Gentle, se doive de poser son univers, ses personnages et ses intrigues. Et, à ce propos, peut être s’y attarde t’elle un peu. Cependant, une fois que l’on rentre dans le vif du sujet, il est certain que l’on a énormément de mal à lâcher le roman qui fourmille de bonnes idées et dont ses personnages principaux deviennent vite attachants de part leur humanité. Ici, nous sommes à milles lieux de la Fantasy dans ce que celle-ci à de plus banal avec ses héros sans peur et sans reproche, sur qui repose l’avenir du monde, ses individus bien trop souvent ennuyeux au possible dont le destin est de terrasser le grand machin truc et de régner sagement sur tel royaume mille et une fois vu et revu. A la place, des individus sommes toutes banaux, avec bon nombre de défauts, mais avec une histoire solide et originale, qui nous donne envie de découvrir ce que fut la Bourgogne au Moyen-Âge ou de se renseigner sur ces fameuses compagnies de mercenaires qui parsemaient les champs de bataille. De plus, comme l’auteur sait régulièrement nous tenir en haleine avec des rebondissements complètements imprévus qui remettent nos certitudes en questions (vous verrez bien lorsque Cendres s’entretiendra avec la mystérieuse Faris), nous nous trouvons au final avec un excellant premier tome d’une saga qui promet énormément. A ne pas manquer sous aucun prétexte, même s’il faut s’avoir s’armer de courage pour un début qui pourrait en rebuter quelques uns.

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