lundi 14 septembre 2009

LE GRAND JEU : ULTIMA THULÉ


LE GRAND JEU : ULTIMA THULÉ

1945. La seconde guerre mondiale est terminée depuis 4 ans. Elle a aboutit à la victoire des Alliés et à la paix séparée avec l’Allemagne nazie. Tandis que l’heure est à la méfiance vis-à-vis de l’Union Soviétique, le Charles de Gaulle, fleuron de la flotte dirigeable d'Air France, a disparu quelque part au nord du Groenland. Le reporter Nestor Serge, de France Soir, est chargé d'accompagner l'expédition de secours… Jean Pierre Pécau (Histoire Secrète, Empire) vous révèle les grandes théories conspirationnistes développées autour d’une histoire occulte Nazie. Un bel hommage à Jacques Bergier, le maître du réalisme fantastique (Le Matin des magiciens) !

Il était évidant que tôt ou tard, cela allait arriver, mais bon, que voulez vous ? Jusqu’au jour d’aujourd’hui, dans mes critiques (BD, romans, films etc.), j’avais réussis à vous les proposer, dans le cas de cycles en plusieurs volumes par exemple, dans l’ordre de parutions (ce qui était la moindre des choses, il faut bien le reconnaître). Cependant, depuis la création de ce blog, je savais pertinemment qu’à un moment donné, certaines critiques allaient paraître dans le désordre. Par exemple, le cas qui nous intéresse aujourd’hui, le premier tome du Grand jeu, dont le tome deux eu droit à son article en juin 2008, lors de sa parution (voir ici : http://feanor-journal.blogspot.com/2008/06/le-grand-jeu.html ). Forcement, vu que le premier avait été lu avant la création du Journal de Feanor, je n’avais pas put vous le proposer avant sa relecture, survenue hier. Bon, ca ne me plait pas trop mais dans certains cas (comme par exemple l’Histoire Secrète et d’autres), je vais bien devoir me résoudre à écrire les critiques des différents tomes dans le désordre. A l’avenir, j’essayerais de faire plus attention mais bon, ce qui est fait est fait et il va bien falloir, pour ces cas précis, se contenter de cet ordre un peu chaotique.

De plus, ayant déjà approfondi le thème de la série dans mon article de l’année dernière (que je vous conseille de lire pour en savoir plus), je me retrouve forcement aujourd’hui avec pas grand-chose à vous dire, au risque de me répéter. Mais bon, sachez tout de même que le Grand Jeu, écrit par Pécau (auteur plus que prolifique et souvent présent sur ce site) et dessiné par Pilipovic (déjà vu dans deux volumes de l’Histoire secrète) nous entraîne dans une Uchronie où la France, grâce à des armes secrètes mais aussi et surtout par l’attaque soviétique, aurait réussi l’exploit de battre les nazis qui, une fois débarrassés d’Hitler, auraient parvenu à se maintenir au pouvoir ; les démocraties occidentales craignant davantage l’ogre soviétique que les restes du Reich de 1000 ans. Bien évidement, dans ce premier volume, l’univers est doucement mis en place, l’on fait connaissance avec les protagonistes (pas franchement exceptionnels mais bon…) et l’on comprend assez rapidement que le danger pourrait toujours venir de ces nazis, loin d’avoir abdiqués. Alors, la grande force de cette bande dessinée vient du choix d’un Pécau inspiré, qui nous offre là un superbe hommage à Jacques Bergier, le grand manitou du surnaturel de l’époque et le co-auteur, avec Powells du célèbre Matin des magiciens. Car, plus que la qualité de l’intrigue en elle-même, le connaisseur se plaira à repérer les multiples références à la mythologie « Bergienne » ainsi que toutes les théories plus ou moins fumeuses (mais réelles) qui ont passionné les dirigeants du Troisième Reich. Le novice, lui, pourra aimer ou non, mais il est évidant que si Bergier et ses théories ne vous sont pas inconnus, la pilule passera bien mieux.

Bref, le Grand jeu repose énormément sur sa filiation avec le Matin des magiciens, c’est ce qui en fait sa force ainsi qu’une bonne partie de son intérêt. L’intrigue, elle, sans être mauvaise est loin d’être fascinante, la faute à des personnages peu charismatiques en dehors de Jacques Bergier en personne qui apporte beaucoup à l’ensemble, surtout avec ses affirmations extravagantes déclamées le plus sérieusement du monde (un peu comme Nodier dans Empire, du même auteur) mais aussi en raison d’une mauvaise habitude de Pécau qui en fait parfois un peu trop et abreuve le lecteur de multiples sous entendus et clins d’oeils en nombre trop élevés. Les amateurs d’ésotérisme, de théories comme celle de la Terre creuse (et oui, certains cadres nazis y croyaient) et autres y trouveront leurs compte. Les autres pourront s’y essayer mais la série, tout en étant sympathique est loin d’être indispensable.

mercredi 9 septembre 2009

SEPT ANS AU TIBET


SEPT ANS AU TIBET

A la fin de l'été 1939, l'alpiniste autrichien Heinrich Harrer, premier vainqueur de la face Nord de l'Eiger et qui rêve de conquérir le Nanga Parbat, sommet inviolé de l'Himalaya, accepte de l'argent nazi pour y planter le drapeau à croix gammée. La guerre éclate. Prisonnier des Britanniques à la frontière de l'Inde, il s'évade. Commence alors la véritable aventure de sa vie: une longue errance qui se termine a Lhassa, résidence du jeune dalaï-lama avec qui il se lie d'amitié.

Me voilà bien embeter au moment de vous écrire une critique de Sept ans au Tibet. Sincèrement, alors qu’en temps normal, je n’ai pas vraiment de difficultés à le faire, que cela soit pour un film, un roman ou un disque, et ce, que ceux-ci m’aient plu ou non, dans le cas présent, je dois reconnaître que je suis un peu perdu et que je me demande bien ce que je vais pouvoir écrire au sujet de ce film, qui lors de sa sortie, provoqua une petite polémique qui, faut il le rappeler, n’avait strictement rien à voir avec la qualité même du film, mais qui, encore au jour d’aujourd’hui, fait que, celui-ci soit considérer comme raté pour bon nombre de spécialistes, dans un jugement un peu hâtif et peu représentatif de la réalité.

Sept ans au Tibet, sans être un film exceptionnel et inoubliable, n’en est pas moins pourvus de qualités qui font que, l’on prend toujours un certain plaisir à le regarder. Justement, c’est peut être pour cela que, après maintes rediffusions, j’ai hésiter ce dimanche à le revoir : non pas que je ne l’aime pas (le contraire serait plus exact), mais plus par lassitude. Sentiment compréhensible au bout de six ou sept fois, d’où, probablement, mes doutes au début de cet article : que dire de plus ? Ce film, je le connais par cœur, et je l’aimais bien plus il y a dix ans qu’aujourd’hui. Mais cela est normal, je l’ai trop vu. Beaucoup trop. Cependant, après quelques appréhensions, j’avoue que je replongeai vite, au bout de quelques minutes dans l’intrigue, assez captivante bien qu’assez simpliste et sans surprises, comme tant d’œuvres hollywoodiennes. Mais bon, pourquoi sans priver ? Cette histoire de rédemption, d’un personnage principal, Brad Pitt, assez détestable au départ, et qui va changer du tout au tout au contact de la culture tibétaine est assez prenante, voir touchante par moments et possède tous les éléments pour retenir toute l’attention du spectateur. Alors oui, cela ne suffit pas à en faire un grand film. Mais, et je pèse mes mots, Sept ans au Tibet n’est pas un navet. Loin de là.

On aurait put critiquer la simplicité et les nombreux raccourcis du scénario, éloignées de l’œuvre principale, l’autobiographie d’ Heinrich Harrer, Sept ans d'aventures au Tibet, qui, elle-même, était déjà suffisamment aseptiser vis-à-vis de la réalité puisque celle-ci aurait été légèrement romancée. On aurait put contester bon nombre de détails historiquement faux, et ils sont nombreux dans le film. On aurait put regretter ce coté hollywoodien, ou ce bouddhisme tibétain, tellement à la mode et porter aux nues mais qui n’est pas exempt de défauts ? Mais non, la principale critique à l’encontre de Sept ans au Tibet est au-delà de toute considération artistique, et ce, parce que Heinrich Harrer fut, en son temps, un nazi. Voila, le mot est lâché, alors forcement, porter sur grand écran la vie d’un homme qui, à un moment donné de sa vie, cru, comme tant d’autres à une idéologie condamnable et ce, même si par la suite, au fil de ses voyages et de ses rencontres, il évolua positivement, cela ne pouvait être qu’un blasphème. Forcement, un nazi ne peut pas changer. Mais était il un dirigeant, un ardent militant, un fanatique du régime hitlérien ? Pas vraiment. Mais Harrer fut un SA, puis un SS, et cela, ne se pardonne pas (un peu comme pour Ratzinger, membre des jeunesses Hitlériennes). Et voilà pourquoi le film fut critiqué, qu’il y eut des menaces de boycott et que, dix ans plus tard, certains le regardent avec dédain. Non pas parce que Sept ans au Tibet soit mauvais, mais tout simplement car on y voit un ancien nazi évolué, modifier sa vision des choses, et changer. Comme si un homme, qui eut comme principal défaut de croire en une idéologie détestable, mais sans en être un acteur (ce n’étais qu’un alpiniste), ne pouvait pas changer. Je ne viens pas, par l’entremise de cet article, me faire l’avocat d’ Heinrich Harrer, qui ne devait pas être un saint, mais qui, à contrario, ne méritait probablement pas d’être diabolisé, tout comme le film. Film, d’ailleurs, qui aurait mériter un traitement plus impartial, et qui, romancé ou non, aurait dut être juger d’un point de vue cinématographique, et non politique.

dimanche 6 septembre 2009

EMPIRE : OPÉRATION SUZERAIN


EMPIRE : OPÉRATION SUZERAIN

Et si, à la suite de la campagne d’Égypte, Napoléon avait suivi les traces d'Alexandre et conquis les Indes ? Jean-Pierre Pécau imagine les conséquences d'une telle supposition. Prisonniers des cosaques après l’attaque de la lamaserie, Nodier et Saint Elme sont prestement menés à bord d’un gigantesque dirigeable auprès d’un certain général comte Von Staf, au service du Tsar Alexandre. Alors que nos deux agents s’apprêtent à entrer sur le territoire réputé inviolable de la Sainte Russie, Nodier doit faire face à une très ancienne connaissance...

Autant ne pas tourner autour du pot et aller droit au but immédiatement : oui, au final, Empire n’a pas tenu toutes ses promesses. Mais que l’on ne se méprenne pas sur mon avis final sur cette saga, je ne remet pas en cause la qualité intresèque de la série, mais, il est indéniable qu’au vu des promesses esquissées dans le premier tome, le Général fantôme, la suite ne fut pas à la hauteur de nos espérances. Mais peut être que le lecteur aura mis la barre un peu trop haut ? Mes doutes déjà esquissés dans le tome 2, Lady Shelley, se sont confirmés : à force de multiplier les sous entendus et les possibles intrigues secondaires, Jean Pierre Pécau s’est un peu dispersé dans tous les sens, surtout que, en plus, il en rajouta dans ce tome final. Du coup, le lecteur ne pourra que se poser des questions fondées sur la pertinence et l’intérêt de la présence de l’Oupire, qui apparaît bel et bien dans cet Opération suzerain, mais dans quelques cases uniquement. A quoi bon nous allécher depuis le départ avec lui, si ce n’est que pour cela ? Indéniablement, l’Oupire était dispensable. Par contre, pour ce qui est de l’intrigue principale, alors que l’on aurait put être en droit d’espérer que celle-ci soit plus développée, vu que Pécau préfère s’attarder sur une pseudo course complètement inutile, et bien, le final est légèrement bancal et bien trop court. Je craignais que trois tomes ne suffisent pas, je ne m’étais malheureusement pas trompé et la maxime « trop d’intrigues tuent l’intrigue » apparaît là dans toute sa splendeur, au détriment d’une série qui aurait put être vraiment excellente. De plus, comme si cela ne suffisait pas, Igor Kordey a le malheur de retomber dans ses travers habituels et l’on oscille entre des planches tout simplement somptueuses et d’autres bâclées à un tel degré que le lecteur ne peut que rester plongé dans un abîme de perplexité. Décidément, il faudrait qu’un jour, le père Kordey se motive suffisamment pour éviter ses habituels défauts, et là, on pourra enfin le reconnaître à juste titre comme ce qu’il mériterait d’être, un très grand dessinateur.

Alors, j’ai peut être été trop dur envers Opération suzerain. Après tout, malgré ses défauts, cet album se lit plutôt bien et est tout aussi captivant que les autres. Cependant, lorsque l’on pense à ce que cette saga aurait put donner, on ne peut s’empêcher d’être déçu car l’on était à deux doigts d’avoir un cycle vraiment exceptionnel. Au final, il faudra se contenter d’une bonne petite saga, sans plus. Dommage, vraiment dommage…

Pour finir, je tenais à signaler que ce troisième tome, paru fin 2007 annonçait une suite, dont ont attends encore la sortie, près de deux ans plus tard. Assez curieusement, aucunes nouvelles depuis (d’un autre coté, je n’ai pas vraiment cherché non plus) mais j’aimerais bien retrouver cet univers et surtout, Saint-Elme et Nodier, en espérant que quelques mystères esquissés dans le premier cycle trouvent enfin leurs explications.

EMPIRE : LADY SHELLEY


EMPIRE : LADY SHELLEY

Et si, à la suite de la campagne d’Égypte, Napoléon avait suivi les traces d'Alexandre et conquis les Indes ? Jean-Pierre Pécau imagine les conséquences d'une telle supposition. La flotte française a été envoyée par le fond. Au-delà des pertes, des faits restent inexpliqués. Les marins anglais auraient été commandés par un autre général fantôme en tout point identique à celui que pistent Saint-Elme et son acolyte Nodier. Sous l'identité d'espions anglais, les deux héros se rendent au Q.G. des forces ennemies pour enquêter sur un énigmatique jeu de cartes perforées?

Avant de me plonger dans ce deuxième tome de la saga, je tenais à revenir sur un détail occulté dans ma précédente critique et qui à son importance : objectivement, il faut reconnaître que les couvertures des trois volumes d’Empire sont plus que réussies. Franchement, cela n’est qu’un détail, et, l’on sait bien que la qualité d’une couverture cache parfois bien des désillusions, mais vu que là, c’est loin d’être le cas, je ne pouvais pas signaler ce petit plus, ma fois, fort agréable, et qui ne fait que rehausser le niveau général du cycle du duo Pécau/Kordey. Ce petit aparté fait, plongeons nous dans ce deuxième tome et voyons si la série, qui avait débutée sur de bonnes bases, a maintenue son niveau.

Lady Shelley est dans la lignée de son prédécesseur. L’on retrouve, après un début dramatique où la flotte française est dévastée et à mon avis, assez réussie, nos deux protagonistes principaux, Saint-Elme et Nodier sous des fausses identités, poursuivre leur enquête sur le mystérieux général fantôme, qui les entraînent, après maintes péripéties, en territoire ennemi et où de nouveaux personnages font leur apparition, en particulier, la sulfureuse et sensuelle Lady Shelley (la romancière qui écrivit Frankenstein) qui va forcement prendre une place importante dans l’intrigue. Celle-ci, passé l’élément de surprise du premier volume poursuit son petit bonhomme de chemin, sans démériter mais sans être exceptionnelle non plus. Le lecteur est en terrain connu, entre éléments Steampunk et surnaturel et le mélange des deux, pour le moment, est encore assez équilibré et fort plaisant. Cependant, parfois, l’on se dit qu’un peu de sobriété ne serait pas du superflu tant l’auteur semble multiplier les sous entendus sur tel être légendaire ou autre citation romancière ou historique. Ce n’est pas forcement déplaisant, mais, parfois, on a l’impression que ce cycle prévu en trois volumes risque de ne pas pouvoir absorber toutes les intrigues secondaires esquissées. Mais bon, Lady Shelley n’en est pas moins un bon deuxième tome, sans surprises, certes, mais, doté de moments forts et qui nous permet de retrouver des personnages attachants et dont les relations entre eux, souvent amusantes, font beaucoup, autant que l’atmosphère générale, pour l’intérêt général.

samedi 5 septembre 2009

EMPIRE : LE GÉNÉRAL FANTÔME


EMPIRE : LE GÉNÉRAL FANTÔME

1815. L'Empire français est sur le point de conquérir toute l'Inde. Mais, voilà que l'armée française subit sa première défaite. On parle d'un général fantôme qui dirigerait les troupes anglaises. Savary, le chef des services spéciaux français, va envoyer deux hommes enquêter sur ce général fantôme : le capitaine Saint-Elme et Charles Nodier...

Trois ans après sa sortie, et maintes lectures, ce fut avec un plaisir certain que je me suis replongé dans le premier tome de cette série réalisée par les auteurs de l’Histoire secrète (dont j’ai eu le loisir de vous proposer quelques critiques sur ce blog, pas toujours positives d’ailleurs), Jean Pierre Pécau au scénario et celui qui ne laisse personne indifférent, le croate Igor Kordey. En 2006, lorsque je découvris cet album, je tombai instantanément sous le charme, tant du point de vue de l’intrigue que des dessins. Il faut dire que, contrairement à la série phare des deux compères, Empire, plus centré sur une seule période, avec peu de personnages et une histoire solide, est bien plus accrocheuse et captivante pour le lecteur qui, de plus, ne pourra éviter le parallèle avec une autre série du label Série B des éditions Delcourt, Hauteville House (dont la critique complète de la série pourra être lue sur ce blog). En effet, comme celle-ci, Empire est une Uchronie mêlant bon nombre d’éléments Steampunk et où apparaissent, comme protagonistes, a la fois des personnages réels de notre histoire mais également de romans de l’époque. Bref, tous les éléments pour que l’on ait une bonne BD étaient réunis, et, ma fois, ce premier tome ne déçoit pas le moins du monde.

1815, Napoléon règne sur l’Europe mais aussi sur les Indes. Déjà, le postulat de base est intéressant à plus d’un titre car, qui sait ce qu’il serait advenu si l’Empereur se serait tourner vers les Indes ? Mais plus qu’une simple Uchronie, assez rapidement, on s’aperçoit que les auteurs ont mêler de nombreux éléments disparates faisant de leur œuvre un habile mélange où l’on retrouve bon nombre d’éléments Steampunk, mais également, par le biais des dires de Charles Nodier, l’un des deux personnages principaux de l’intrigue, des éléments surnaturels comme les lutins, les vampires ou les djinns, mais aussi, le lecteur aura la surprise d’entendre quelques noms connus comme Dracula ou le docteur Frankenstein. Bref, un heureux melting-pot qui fonctionne assez bien grâce à une histoire prenante, mais aussi, par le charisme indéniable des deux protagonistes principaux, Nodier, déjà citer, dans le rôle de l’aventurier touche à tout, à la fois scientifique, spécialiste de l’occulte et tacticien de génie, et le ténébreux et magnifique capitaine Saint-Elme, à la fois sombre, inquiétant, redoutable au combat et possédant la beauté et le magnétisme qui sied au genre. Ce duo improbable n’est pas une invention des auteurs, quelque part les points communs avec ceux des Mystères de l’ouest sont évidents, mais comme leurs glorieux aînés, il est évidant qu’il fonctionne à merveille. Alors, bien évidement, dans ce premier tome, la mise en place de l’univers et de l’intrigue occupe une bonne place, ce qui est tout à fait normal, mais l’on rentre vite dans l’histoire, avec très peu de temps morts, et après les présentations d’usages, les premières surprises au fil des pages (tient, il y aura du Steampunk ! Comment, des fées, ah bon ? L’anglais qui veut faire le tour du monde en 80 jours !?), l’on suit les pérégrinations de Saint-Elme et Nodier dans les rues de Bombay, aux prises avec les adorateurs de Kali et enquêtant sur le mystérieux général fantôme, le premier à avoir fait perdre une bataille à Napoléon… Bref, un très bon premier tome, sublimé par le génie inspiré de Pécau et un Kordey plus que motivé (ce qu’il faut signaler) que l’on dévore de bout en bout et qui laisse augurer du meilleur pour la suite.

vendredi 4 septembre 2009

LE FLEUVE DE L’ÉTERNITÉ : LES DIEUX DU FLEUVE


LE FLEUVE DE L’ÉTERNITÉ : LES DIEUX DU FLEUVE

L'humanité s'est réveillée un matin sur les deux rives d'un fleuve géant, ressuscitée par un peuple de l'avenir, les Ethiques. Elle s'est aussitôt livrée avec entrain à ses passe-temps favoris, la conquête du pouvoir, la guerre, le sexe, avec d'autant plus d'enthousiasme que la résurrection était garantie sans frais. Le but des Ethiques avait été de donner à chaque humain une occasion de progresser spirituellement. De toute évidence, il allait falloir du temps, beaucoup plus de temps qu'il n'en avait prévu. Un ressuscité nommé Jésus pouvait en témoigner qui, sur la rive du Fleuve, allait une fois de plus être mis à mort. Et les hardis compagnons qui, sous la conduite de Richard Burton et de Mark Twain, avaient conquis la Tour des Ethiques, allaient être soumis à la plus grande de toutes les tentations. Disposer à leur gré, outre l'immortalité, de tous les pouvoirs des Dieux du Fleuve.

Assez curieusement, un peu partout sur le net, j’ai lu et relu bon nombre de critiques peu enthousiastes au sujet de ce cinquième et dernier tome de ce fabuleux cycle qu’est le Fleuve de l’éternité ; du coup, et si, alors qu’en temps normal je n’en tiens pas vraiment compte, je dois avouer que je m’étais fais une fausse idée de ces Dieux du fleuve, et que, après lecture, je reconnais que je me suis avancer un peu vite. Ainsi, et contrairement à ce que vous pourrez trouver par ailleurs, cette critique sera bien plus positive qu’en temps normal, et ce, au point de me surprendre moi-même. Comme quoi, il est bel et bien vrai que tous les goûts sont dans la nature et que ceux-ci ne se discutent pas, car, pour ce qui est de mon cas, j’ai apprécier cette « nouvelle » fin à ce qui est, incontestablement, l’un des plus grands cycles de la science fiction. Mais, il est temps d’approfondir le sujet.

Sans atteindre les sommets des deux premiers tomes de la saga, les Dieux du fleuve ne sont pas non plus aussi inutiles que certains, un peu trop hâtivement à mes yeux, se sont empressés de déclarer. Vrai-faux roman, composé d’une nouvelle, Ainsi meurt toute chair, longue d’environ cents pages, et, de la suite a proprement parlée de la saga, les fameux Dieux du fleuve, bien plus ancrée dans l’intrigue et où l’on retrouve Burton et ses compagnons quelques semaines après la fin du Labyrinthe magique. Ainsi, impossible de vous proposer une critique digne de ce nom sans diviser celle-ci en deux parties. Et, comme vous allez vous en apercevoir, les deux sont loin de se valoir :

Ainsi meurt toute chair est incontestablement une déception. Certes, ce fut avec plaisir que je lu cette nouvelle dont l’intrigue avait lieu dans cet univers si riche qu’est le monde du fleuve (et qui possède un vivier inépuisable de bonnes histoires à raconter, dommage que Farmer ne nous ait pas proposer d’autres récits), cependant, malgré un style égal à celui de la saga principale, une intrigue pas forcement géniale mais néanmoins sympathique, qualifier celle-ci de réussie serait exagérée. Et cela, tout simplement parce que, lorsque l’on inclus dans un récit, tout simplement le Christ parmi les personnages principaux, et bien, on s’attends au moins à ce que celui-ci ait un rôle légèrement plus étoffé. Hors, ce fut loin d’être le cas. A la place, le lecteur se retrouve donc avec une aventure de Tom Mix, l’acteur du début du dix neuvième siècle qui plaisait tant à Farmer et que l’on avait déjà vu dans la saga principale, fuyant un tyran pas forcement charismatique avec, pour compagnons, Jésus, donc, et l’une de ses compatriotes, mais les deux dans des rôles presque insignifiants. Alors, l’on doit se coltiner ce brave (mais bon, lassant) Tom Mix, pas forcement indispensable (quel dommage que l’on n’ait pas eu un personnage nouveau, qui n’avait pas encore fait son apparition), sur la quasi-totalité du récit. Quant à Jésus, et bien, ses apparitions sont rares, bien trop rares. Et si ses doutes sont assez bien trouvés de la part de l’auteur, ils auraient largement mérités d’être plus développés. Du coup, alors que l’on aurait put être en droit de s’attendre à une bonne intrigue centrée sur le questionnement métaphysique du Christ, on a, à la place, une vulgaire aventurette de Tom Mix. Lisible mais très loin d’être indispensable…

Par contre, pour ce qui est du gros de ce cinquième tome, les Dieux du fleuve, l’intérêt est bien plus élevé. Beaucoup, comme j’ai put le constater en lisant d’innombrables critiques, ont regretter que Farmer ait, dans cette suite, remis en cause certaines des révélations finales du Labyrinthe magique. Certes, dans le fond, l’auteur n’était pas obligé de revenir sur celles-ci, pourtant, après avoir lu, et découvert les diverses nouvelles vérités sur les buts des Ethiques et le sort des « âmes » après la mort, celles-ci ne m’apparaissent pas inintéressantes, bien au contraire et j’ai trouver la démarche plutôt pertinente. En préface du troisième tome, le Noir dessein, Philip José Farmer s’excusait auprès de ses lecteurs des fins à rebondissements des premiers volumes et expliquait que la structure même de l’intrigue, l’avait fait renoncer à faire comme Asimov, dans son excellent cycle, Fondation, où les révélations finales de fin de tomes étaient remises en cause des le début des suivants. Et c’est ainsi que l’on doit juger les Dieux du fleuve : une remise en cause littérale des certitudes, tout justes acquises. Après, on l’accepte ou non. Et si cela n’était pas nécessaire aux yeux de certains, et ben, ma fois, personnellement, je trouve que ce tome conclue bien mieux la saga que ne l’avais fait le précédant qui ne s’était guère attarder dans cette fameuse Tour noire, but tout de même des héros depuis le départ. Car ce cinquième volume du cycle n’est pas qu’un prétexte pour l’auteur qui souhaite ainsi remettre en cause les révélations de Loga, le fameux X, le récit allant beaucoup plus loin et s’intéressant fort judicieusement à mes yeux à ce que feraient des hommes et des femmes dotées de ce qu’il faut bien appeler des pouvoirs quasi divins. Et c’est là, franchement, que repose toute la force de ce roman car, comme on va vite s’en rendre compte, les choses ne vont pas être aussi simples. Car après un drame, vint s’installer une ambiance paranoïaque qui va mettre les nerfs de Burton et ses compagnons à rude épreuve, puis, une fois le problème apparemment réglé, vint le plus jouissif du récit : nos héros vont commencer, chacun à sa manière, a utiliser les possibilités quasi illimitées qui sont mises à leurs dispositions et si, chacun n’agit pas de la même façon, les conséquences ne seront pas forcement heureuses et les problèmes ne vont pas tarder à resurgir. Et ce, jusqu'à une bataille à la fois homérique et absurde, entre ceux-ci et les personnages d’Alice au pays des merveilles, tout au tant risible que dramatique. Ensuite, il sera toujours temps de connaître enfin la vérité et de finir sur une note bien moins métaphysique que dans le précédant tome, ainsi qu’une décision assez logique au vu de la personnalité de ces « héros » qui nous ont accompagner tout au long de ce fabuleux cycle que tout amateur de SF se devrait de lire.

Car il est indéniable, maintenant que j’ai achevé ce cinquième tome qui conclue définitivement mais avec un certain brio la saga, que le Fleuve de l’éternité fait partie, malgré quelques petites imperfections déjà citées au cours de mes divers articles, fait partie de ces chefs d’œuvres intemporelles que l’on n’oublie jamais. Avec ce cycle, Philip José Farmer tient là son œuvre culte, et, alors qu’il nous a quitter il y a quelques mois, peut être, qui sait, s’est il réveillée quelque part sur les bords du fleuve ?...
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