vendredi 2 octobre 2009

PRIDE OF BAGHDAD


PRIDE OF BAGHDAD

Durant les frappes aériennes américaines sur Bagdad en 2003, quatre lions s’échappent d’un zoo. Sachant ce qu’ils quittent mais ignorant tout du monde extérieur, ils vont s’interroger sur le véritable sens du mot « Liberté » : mieux vaut-il vivre paisiblement dans une prison, ou affronter l’inconnu et les dangers d’un environnement nouveau ?

Tout d’abord, avant de plonger dans ce bel album (qu’outre-atlantique, l’on à coutume d’appeler un graphic novel, histoire de faire la distinction avec le comics de base), il serait bon pour le lecteur de savoir que l’intrigue de ce Pride of Baghdad est tirée d’une histoire vraie. En effet, dans les premiers jours de la guerre, en mars 2003, quatre lions prirent effectivement la fuite du zoo de la capitale irakienne avant d’être abattus par des soldats américains, victimes parmi tant d’autres de cette guerre qui fit (et fait encore) couler tellement d’encre. De ce fait divers pour le moins insolite, le scénariste, Brian Vaughan s’est inspiré pour nous proposer un magnifique et triste récit où l’on suit donc ces quatre lions, Zill le mâle dominant, Safa la vieille désabusée, Ali le jeune fougueux et Noor la jeune mère férue de grands espaces, en quête de liberté au beau milieu des ruines de Bagdad.

Décors apocalyptiques de circonstances, couleurs où prédominent le jaune/orange du désert et le rouge du sang et des flammes, bâtiments en ruine, cadavres divers, le tout nous entraîne, en compagnie des quatre lions, dans une ambiance assez pesante, rehausser par les dessins de qualité d’un Niko Henrichon diablement bien inspiré et qui apporte énormément, de part son application et son talent, a la qualité de l’œuvre. Mais si du coté des graphismes, il n’y a rien à dire (sauf du positif), c’est bel et bien l’histoire qui emporte l’adhésion du lecteur : voici une réflexion sur la liberté (terme tant de fois vanté et utilisé lors de ce conflit si controversé), sur les dégâts collatéraux (terme cynique s’il en est) et sur la brutalité de l’homme. Car il est évident que ces lions, si attachants et aux personnalités bien marquées, en vadrouille dans la belle ville de Bagdad n’ont aucune chance de recouvrer un jour une liberté autre que temporaire. Les hommes n’aiment pas voir la nature à l’état sauvage gambader dans ses rues, surtout s’ils sont armés et se déplacent en tanks. La fin, prévisible et dramatique, devient alors inéluctable, prouvant une fois encore la mainmise de l’homme sur son environnement, qui confine à la tyrannie. Le principal défaut que certains pourraient reprocher à cette histoire serait l’humanisation de certains animaux ou de leurs actes. Mais cette fameuse humanisation, justement, offre en même temps une résonance particulière sur ce conflit, avec la réflexion suivante : la liberté s’acquiert-elle, ou peut-elle être offerte (comme les Américains ont voulu offrir la liberté au peuple irakien, en le libérant du joug de Saddam Hussein) ?

Cruelle, mais nécessaire, cette évocation originale d’un conflit controversé offre un point de vue décalé à des créatures qui subissent les décisions des humains. En captivité comme en liberté… L’on pourrait croire que, a première vu, ce Pride of Baghdad, de part ses protagonistes animaliers, aurait été plu léger, or, il n’en est rien et cette œuvre, qui mérite véritablement que l’on s’y attarde, se révèle d’une grande profondeur et soulève bien des questions sur les comportements humains, ainsi que sur une guerre qui, six ans après son déclanchement, cause toujours bien des ravages et des souffrances. Là repose la grande force des auteurs de Pride of Baghdad, nous montrer par le biais d’animaux en quête de liberté tout le drame et l’hypocrisie de ce conflit. A découvrir absolument.

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