samedi 22 mai 2010

LA LEÇON DE PIANO


LA LEÇON DE PIANO

Ada McGrath, jeune femme muette depuis l’enfance, veuve et passionnée de musique, débarque avec Flora, sa fille, sur une plage de Nouvelle-Zélande où elle doit épouser Alistair Stewart, un colon, qu'elle ne connaît que par courrier. Le voyage pour rejoindre la ferme est difficile et Stewart préfère troquer l'encombrant piano auquel elle tient tant contre des terres appartenant à son voisin, Georges Baines, un être frustre qui vit comme les maoris. A l'insu de son époux, Ada tente de récupérer l'instrument auprès de Baines qui lui propose un étrange marché.

Ainsi donc, c’est ca La leçon de piano ? Et ben ma fois, je m’attendais franchement à tout autre chose. Moult années se sont écoulées depuis la sortie de ce film, en 1993, j’ai eu le temps de le confondre avec Le pianiste (tout en sachant que ce n’était pas la même chose) et avec probablement un ou deux autres films, j’ai eu amplement le temps de me perdre en conjonctures en me demandant si oui ou non, avais-je déjà vu cette œuvre que tant de personnes louaient depuis près de décennies. Et puis, dès les premières images, la confirmation, nette et implacable, que non, je n’avais jamais eu l’occasion de le voir. Ceci étant, et malgré mes gouts éclectiques en matière de cinéma (après tout, je ne suis pas difficile et j’aime quasiment tous les genres, détestant juste les films d’action dans leur grande majorité) comme vous avez pu le constater au fil des mois sur ce blog, cette fois ci, je n’ai pas du tout accroché. J’ose même aller plus loin : ce fut pour moi une immense déception.

Attention puisque avec de telles affirmations, je m’attaque à une œuvre reconnue et portée aux nues par la critique. Mais si je conçois que l’on puisse apprécier La leçon de piano, je n’hésite pas non plus à comparer ce film à un agréable téléfilm du dimanche après midi sur M6 (je n’ai rien contre ceux-ci, il fut un temps ou certains d’entre eux m’ont fait passer le temps). En disant cela, il me parait évidant que je ne vais pas me faire que des amis et que certains vont crier à l’ignominie : « comment, ce malotrus ose s’en prendre à cette merveille du septième art !?" . Et ben en fait, oui. Car je suis désolé pour ceux qui ont aimé cette œuvre mais sincèrement, malgré un synopsis sympathique mais mille fois vu et revu, une intrigue fleur bleue qui n’est pas forcement pour me déplaire mais qui n’a rien de transcendant, et le fait que l’action se déroule en Nouvelle-Zélande, ce qui donne un petit coté « exotique » mais sans plus tant cette histoire d’amourette aurait put se passer ailleurs, il me semble évidant que ce film m’apparaît comme largement surestimé et ne mérite probablement pas tous les louanges chantés depuis des lustres. Car bon, lorsque l’on porte aux nues quelque chose, je ne sais pas pour vous mais moi, je m’attends a quelque chose de grandiose, ou, du moins, s’en approchant. Et là, et ben, comme je le disais plus haut, cela ne se démarque guère de bon nombre de films et téléfilms mille fois vu et revus. Et c’est probablement cela qui a fait que je n’ai absolument accroché avec cette œuvre : j’en attendais beaucoup plus. Sans tous le « cirque » fait autour de La leçon de piano, probablement aurais-je été bien plus indulgent, et je me serais contenter d’écrire ici que j’avais passé un agréable moment devant une belle petite histoire d’amour, sans originalité (mais alors, pas du tout) et vite oublié. Mais là, ce n’était pas possible. Et je ne comprends toujours pas ce que ce film a de plus que bien d’autres, en quoi peut-il se démarquer de la masse ? Un mystère, probablement.

Alors certes, je suis probablement très dur envers La leçon de piano, mais au vu de ma déception, cela me semble en parti amplement justifié. Ou était donc le souffle épique, le petit quelque chose, le petit plus qui aurait fait de ce film l’œuvre que tants de critiques ont porté aux sommets du septième art ? Peut être que certains le savent, l’ont trouvé, l’on trouver. Personnellement, ce ne fut pas mon cas. La leçon de piano ne restera à mes yeux qu’une œuvre parmi tant d’autres, une histoire d’amour qui ne m’aura pas touché plus que cela et qui m’aura juste fait rire (le comble pour un film pas vraiment comique) lors des scènes de nu (ah, Harvey Keitel dans le plus simple appareil, un grand moment d’émotion). Un film qui se regarde mais sans plus. En tout cas, qui ne mérite pas, pour moi, les innombrables éloges qu’il a reçu.

samedi 15 mai 2010

HAUTEVILLE HOUSE : LE DIABLE DE TASMANIE


HAUTEVILLE HOUSE : LE DIABLE DE TASMANIE

La Croix de la Pérouse, convoitée par les puissants de ce bas monde, repose toujours par 300 mètres de fond... Napoléon, Victor Hugo, le Fantôme des truands de Paris, le Diable de Tasmanie, tous sont sur les traces du précieux objet. Gavroche se voit même proposer une trêve entre la République et l'Empire contre les forces du mal, offre qu'il décline tandis que d'autres alliances se forment ou se délient.

Sixième tome de la saga, paru aux éditions Delcourt, Hauteville House, de Fred Duval et Thierry Gioux, et deuxième du second cycle, Le Diable de Tasmanie m’a incontestablement, laissé sur ma faim et je ressors de sa lecture avec des sentiments plus que mitigés. En fait, je ne sais pas trop quoi en penser et c’est surtout cela qui me gènes le plus. Dans le fond, bien souvent, les choses sont simples lorsque l’on découvre une œuvre : soit l’on aime, soit ce ne n’est pas le cas. Dans un cas comme un autre, la suite est simple, surtout quand on veut parler, que cela soit par écrit, comme dans mon cas, ou tout simplement oralement, pour conseiller ou déconseiller la dite œuvre. De même, facile alors de noter les points forts ou faibles de celle-ci, ce qui nous a plut, ou déplut. Or là, rien, ou presque rien, je ne sais pas trop quoi en penser et du coup, je me retrouve face au mur, a essayer d’écrire la critique d’une BD envers laquelle j’éprouve une certaine sympathie mais qui est loin de m’emballer en temps normal, et qui là, m’a presque ennuyer lors sa lecture, me laissant froid, assez dubitatif et dont je n’attendais qu’une chose, arriver a la derrière page de l’album afin de passer a autre chose. Car en fait, je me suis passablement ennuyer et je trouve cela dommage (surtout au prix que coute une BD, mais ceci est une autre histoire).

Bon, ayant un peu oublié les intrigues en court du volume précédant, qui ouvrait donc le deuxième tome de la saga, je relu celui-ci avant de me plonger dans ce Diable de Tasmanie, et sur ce point, je pense avoir bien fait : se rafraichir la mémoire n’est pas une mauvaise chose et si je n’avais pas agis ainsi, peut être aurais-je tout bonnement détesté (en tout cas, je n’aurais rien compris à la chose, c’est une certitude). Mais si le premier cycle, malgré ses défauts m’était apparu comme une bonne petite série B (du nom de la collection où parait la série), agréable a lire avec son petit coté Steampunk assumé et ses personnages attachants même si pas originaux pour un sous, je dois reconnaître que je n’arrive pas, au bout de deux albums, a rentrer dans l’intrigue dans ce second cycle, qui a quitter les Amériques pour la sympathique ile de la Nouvelle Calédonie, ce qui commence a devenir inquiétant pour la suite de la série selon moi. Car j’ai beau aimé le Steampunk, j’ai beau apprécier les clins d’œil a d’autres œuvres et j’ai beau malgré tout, m’être attacher aux protagonistes de la saga, je n’accroche pas, ou pas assez en tout cas pour que leurs péripéties en terres canaques éveille suffisamment mon intérêt. Dommage, vraiment dommage, surtout que l’on sent les auteurs passionnés par leur sujet, l’on sent quelques bonnes idées, mais le tout sent tellement le réchauffé (mêmes personnages ou presque depuis six tomes) que l’on s’ennuie, et l’on se surprend parfois a bailler, devant tel prétendu rebondissement ou telle action qui est loin d’avoir la même intensité que lors des premiers tomes de la saga. Alors, forcement, je me suis ennuyer, et sans détester totalement, je n’ai pas accroché a ce pauvre Diable de Tasmanie, mais alors, pas du tout.

Parfois, et ce ne serait pas la première fois que cela m’arrive, une œuvre avec le temps, et avec une relecture ultérieure, surtout dans son ensemble, peut prendre de la valeur et monter dans mon estime. Cela sera peut être le cas pour Le Diable de Tasmanie et le second cycle d’ Hauteville House en général. Personnellement, je l’espère, mais je suis très peu optimiste au jour d’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, j’irais jusqu’au bout de cette série, mais je ne m’attends pas à des miracles. Tenez, puisque j’y suis, j’espère que la prochaine couverture soit d’un tout autre niveau et rehausse un peu l’ensemble (c’était plutôt pas mal voir excellent jusque là) car celle de ce sixième volume, franchement, c’était loin d’être le top non plus… Décidément, quand rien ne va…

L’ÂGE DE LA DÉRAISON : LES DÉMONS DU ROI-SOLEIL


L’ÂGE DE LA DÉRAISON : LES DÉMONS DU ROI-SOLEIL

1681 : Isaac Newton, dont le génie s'est tourné vers l'alchimie, découvre le mercure philosophale, qui permet de manipuler les éléments à travers l'éther. Du coup, en 1720, la guerre entre la France de Louis XIV, dont la vie ne s'est pas arrêtée en 1715, et l'Angleterre de George Ier va s'en trouver changée, les membres de l'Académie des sciences et de la Royal Society rivalisant pour donner à leurs pays des armes toujours plus performantes. Parmi elles, le mystérieux « canon de Newton », qu'un ancien élève de l'alchimiste anglais passé au service de la France est en train de mettre au point. Afin d'empêcher la catastrophe que ses propres recherches ont rendue possible, le jeune Benjamin Franklin, alors apprenti imprimeur éperdu d'admiration pour Newton, quitte Boston pour Londres. Aidé sur place par les élèves du maître alchimiste, et en France — mais sans le savoir — par l'ancienne secrétaire de Mme de Maintenon et un garde des Cent-suisses, il lui faudra affronter d'imprévisibles ennemis : non seulement des individus sans scrupules mais aussi des créatures qui manipulent les hommes depuis cet éther même que ceux-ci croyaient manipuler...

Il y a un peu plus de trois ans, je m’étais lancé dans la lecture d’une tétralogie intitulée L’âge de la déraison, d’un auteur qui, à l’époque, m’était complètement inconnu, J. Gregory Keyes. La façon même dont j’avais découvert celle-ci était du au plus parfait hasard : travaillant à l’époque en grande distribution, dans le secteur bazar, je réceptionnais et contrôlais des cartons de bouquins divers lorsque je suis tombé sur deux livres de poches, Les démons du Roi-Soleil, et sa suite immédiate, L’algèbre des anges, et, lisant les quatrième de couvertures, je me les mis immédiatement de coté afin de les acheter. Ce que je ne regrettai pas alors. Le hasard faisant souvent bien les choses, ce fut à la même période où je visitais Prague avec ma femme, et, le second tome de cette série se déroulant dans cette magnifique et envoutante citée, je n’étais pas en terrain inconnu lors de sa lecture et, de plus, le plaisir s’en trouva alors sublimé. Le temps a depuis passé, trois ans en fait et j’ai gardé un souvenir agréable de cette tétralogie même si tout ne me semblait pas parfait : si du coté des deux premiers tomes, de mémoire, je n’avais rien à redire quand à leur qualités, les deux autres, se déroulant sur le continent nord américain m’avaient moins emballé et j’avais trouvé le final de la saga un peu décevant, celui-ci m’ayant semblé avoir été expédié par l’auteur. Mais maintenant, quand est il alors que je me relance dans la relecture (ce qui, accessoirement, est une première depuis les débuts de ce blog) de cette néanmoins bonne saga, mon impression d’ensemble serait-elle toujours la même, meilleur ou pire ? Excellente question auquel je vous invite à découvrir la réponse ci-dessous :

Tout d’abord, je dois avouer que ce fut avec un plaisir certain que je me suis replongé dans la relecture de L’âge de la déraison. Cela faisait un certain temps que j’hésitais et finalement, je me suis décidé, il y a quelques semaines, alors que j’étais en vacances, à me replonger dedans. Bien évidement, dans le cas présent, pour ce qui est du plaisir de la découverte, on repassera, mais assez rapidement, au fil des premières pages de ce premier tome, Les démons du Roi-Soleil, certains éléments qui m’étaient sortis de la mémoire, car il faut bien reconnaître que l’on ne se souvient jamais de tout, surtout lorsque l’on est un boulimique de lecture diverses, refaisant surface, mon plaisir n’en fut que décuplé et, ce fut avec une avidité certaine que je lu de bout en bout ce premier tome. Bien évidement, vous l’avez compris, comme il y a trois ans, je n’ai pas changé d’avis au sujet de cette série et, incontestablement, pour ce qui est du moins de ce premier tome, sans que celui-ci soit parfait, le plaisir lors de sa lecture fut si intense que je ne me cache pas d’en être fan. Cependant, tout ceci ne sont que des impressions personnelles car la question qui me semble la plus pertinente, et qui pourrait éventuellement vous intéresser est la suivante : que possède donc ces fameux Démons du Roi-Soleil qui font que ce premier tome se démarque suffisamment de la nombreuse concurrence pour que l’envie de lire la suite soit au rendez vous ? Quel est donc le plus de la saga ?

En fait, les raisons pour cela sont nombreuses. Tout d’abord, et ce fut ce qui m’attira de prime abord, l’époque où se déroule l’action : le début du dix-huitième siècle, ce qui, il faut bien le reconnaître est assez peu utilisée dans les œuvres du genre ; soit c’est un monde plus ou moins médiéval-fantastique, soit plus rarement l’antiquité, soit souvent le dix-neuvième et encore plus le vingtième, ou bien alors, dans la plus pure tradition de la SF, le futur, plus ou moins lointain. Mais le dix-huitième siècle, lui, est presque le parent pauvre du fantastique. Certes, je ne dis pas là que celui-ci n’est jamais utilisé, mais bon, c’est si rare que cela mérite d’être signalé. Ensuite, autre point positif a noter, l’incroyable richesse des thèmes abordés et, surtout, l’excellant mélange des genres. Ici, tout y passe ou presque : Uchronie car il existe bel et bien une altération binaire d'un événement historique, la découverte par Newton de la « pierre philosophale », ce qui bouleverse, et de quel façon, les sciences. Fantasy car pour cela, l’auteur suppose qu’il existe une magie préexistante à cette fameuse découverte mais aussi, par les créatures mystérieuses, anges, fées, elfes, djinns etc. que l’on rencontre au fil du récit. Steampunk par certains cotés et par bon nombre de techniques inventées et utilisées. Roman de cape et d’épée dans la grande ligne droite des œuvres d’Alexandre Dumas. Mais aussi, et cela joue beaucoup pour le plaisir que peut ressentir le lecteur à la lecture de cette œuvre : l’utilisation de nombreux personnages historiques, certains comme Louis XIV et Newton, par exemple, dans un rôle plus ou moins convenu, d’autres, comme Benjamin Franklin surtout, dans des rôles fort différents, les personnages étant alors plus jeunes et à mille lieux de la figure historique connu de tous (enfin presque). D’ailleurs, cette utilisation de personnages « réels », en fort grand nombre, mélangés à d’autres, imaginaires, comme Adrienne de Montchevreuil, est un véritable régal, surtout lorsque le lecteur se plait à essayer de deviner, pour certains, s’ils n’ont pas véritablement existé (ce qui peut être ludique d’ailleurs, et je vous le conseille, il pourrait y avoir quelques surprises et c’est toujours une occasion de se cultiver un peu, même de façon indirecte). Sur ces nombreux points, il est clair que Gregory Keyes s’en sort assez bien, réussissant le tour de force de ne pas s’embrouiller dans son récit, qui alterne alternativement entre Ben et Adrienne, les deux étant liés mais ne se rencontrant jamais, et, surtout, de ne pas embrouiller le lecteur, en le captivant de la première à la dernière page, dans un superbe récit de Fantasy/Uchronie/Etc. qui possède en plus, par certains cotés, un petit je ne sais quoi qui lorgne vers le polar et l’enquête. Du moins, pour ce qui est de l’identité de ces fameux « anges » un peu trop présents aux cotés de quelques personnages et qui semblent tirer les ficelles dans l’ombre.

Alors certes, l’on pourra toujours constater que finalement, certains éléments sont loin d’être si originaux que l’on pourrait le penser a première vu, ne serais ce que par l’habituel « quête initiatique » (n’est ce pas Ben ?) propre à la Fantasy, et que, en grattant un peu, quelques petits défauts apparaissent, un peu comme si, derrière une si belle façade, des petites lézardes existaient… comment ne pas penser à certains raccourcis faciles, certains passages un peu moins réussis où qui manquent de constance, voir quelques personnages qui auraient mérité d’être un peu plus développer. Mais peut être que ce qui fait la richesse de ce premier tome de L’âge de la déraison en fait aussi sa faiblesse, même si ses qualités sont bien plus nombreuses que ses points faibles. Quoi qu’il en soit, malgré tout, ce que l’on peut retenir des Démons du Roi-Soleil est que ce premier volume de la saga est une très bonne entrée en matière pour la suite, assez inclassable dans son genre (ou plutôt dans son mélange de genres) et que si vous désirez sortir un peu des sentiers battus, il se pourrait bien que celui-ci vous plaise autant qu’a moi. Par contre, si ce premier volume vous a paru un peu ardu de par sa complexité, dites vous que cela ne va pas s’arranger par la suite. Ce n’est que le début.

dimanche 9 mai 2010

L’HISTOIRE SECRÈTE – LA FIN DE CAMELOT


L’HISTOIRE SECRÈTE – LA FIN DE CAMELOT

En 1948, un gros porteur militaire américain s'apprête à se poser sur la base de Groom Lake, en provenance de Nagasaki. A son bord, un mystérieux sarcophage de plomb, hautement secret se met à chauffer la carlingue, au point d'endommager les moteurs ! L'avion finit par amerrir et couler au fond du Lac Tahoe, au Nevada, dans des eaux qui alimentent Las Vegas. Dans les jours qui suivent, la mafia qui contrôle les casinos de la capitale du jeu en perd son latin. Les machines à sous décrochent le Jackpot en même temps et on ne compte plus les infarctus fulgurants aux tables de poker. Meyer Lanski, l'un des plus puissants parrains de l'époque, se doute qu'une perturbation des cartes est à l'origine de tout ce bordel. Deux ans plus tard, le producteur de cinéma Howard Hugues loupe son amerrissage sur le même lac, sur le rivage duquel il a sa villa. Son avion coule jusqu'à venir s'encastrer dans celui du gros porteur. Contre toute attente, quand on repêche son corps 3 heures plus tard, Hugues est toujours vivant ! Il est néanmoins transformé durablement, plus puissant et plus mystique. Avec l'aide de la mafia, il va fomenter l'assassinat de JF Kennedy...


L'Histoire Secrète – La fin de Camelot
Editeur : Delcourt
Scénario : Jean-Pierre Pécau
Dessins : Igor Kordey
Couleurs : Len O'Grady
Couverture : Manchu, Olivier Vatine
Genre : Fantastique, Etrange, Historique, Mondes décalés
Pays d’origine : France
Langue d’origine : français
Parution : 21 avril 2010
Nombre de pages : 48

Mon avis : Il est toujours difficile, dans une série aussi longue, de se renouveler à chaque fois, et, forcement, la qualité des différents tomes peut s’en ressentir. Avec L’Histoire Secrète, cela fait longtemps que j’ai compris que l’on ne pourra se faire une idée objective de celle-ci quand on parviendra à sa conclusion, et que, forcément, il est bien difficile de juger chaque volume séparément. Cependant, si certains de ceux-ci, comme par exemple le précédant, Opération Kadesh, semblent être ce que l’on appelle des tomes de transitions, La fin de Camelot, dix-huitième chapitre de la série, mérite largement que l’on s’y attarde, ne serais-ce que pour le nombre d’événements importants qui y ont lieu. En effet, ici, Jean-Pierre Pécau se donne a cœur joie, utilisant ses personnages, anciens comme nouveaux, laissant entendre que de vieilles menaces pourraient ressurgir comme on le devine (y compris l’identité) dans les premières pages, faisant le lien entre le protagoniste « humain » le plus important de la série, Curtis, et une petite nouvelle apparue dans le tome précédant, une jeune hongroise rescapée de la révolution de Budapest matée dans le sang par l’armée rouge (j’avoue qu’il m’a fallut quelques pages pour me rendre compte de son identité réelle) et qui pourrait fort bien le remplacer a terme (après tout, Curtis commence a prendre de l’âge), la mort d’un ancien adversaire, Saint-James Philby, et, Pécau oblige, forcement, une multitudes de références a des personnages réels et a des événements qui ont jalonnés les années 50 et 60. Ainsi, l’on retrouve pèle mêle des figures comme Howard Hughes, Léonid Brejnev et Lee Harvey Oswald pour ne citer que les plus connus. Quand a l’intrigue, une fois de plus, Pécau nous fait voir du pays et on ira de Moscou à Beyrouth, en passant par Las Vegas et Dallas, où Pécau, assez malicieusement, nous donne sa propre théorie du complot qui visa JFK, utilisant pour cela quelques détails, ma foi assez troublants quant à la physionomie d’Oswald. Je n’en dis pas plus mais je ne nie pas que ceux-ci m’ont bien plut… La fin de Camelot est donc, pour moi, un bon tome de cette longue saga qu’est L’Histoire Secrète, cependant, il souffre d’un défaut pour le moins important et qui survint régulièrement au fil des volumes de cette série, c’est-à-dire, sa trop grande dispersions : personnages, lieux, intrigues, on saute du coq a l’âne toutes les trois ou quatre pages, le plus souvent, sans qu’il y ait le moindre lien. Dommage car, du coup, on a du mal à ressentir du plaisir au cours de la lecture, surtout que, comme je l’ai dit, il y avait quelques événements majeurs qui, du coup, n’ont peut-être pas eu le traitement qu’ils auraient mérités…


Points Positifs :
- Mine de rien, il s’en passe des choses dans ce dix-huitième tome de L’Histoire Secrète, et, ne serais-ce que pour la disparition de l’un des plus anciens adversaires d’Erlin, je veux bien évidement parler de Saint-James Philby, cet album vaut le coup.
- Tout un tas de bonnes idées mise en avant par un Pécau complètement déchainé et qui nous donne sa version, pour le moins singulière, de l’assassinat de JFK ; Mafia, CIA, Howard Hugues, un beau petit complot des familles où seul les russes sont absents – mais dindons de la farce – avec… deux Oswald !? Mais c’est quoi cette histoire !?
- Ne serais-ce pas notre très cher Guillaume de Lecce qui serait dans le Sarcophage ?
- Rien à dire sur Igor Kordey qui livre une prestation plutôt correcte et sans grosse fausses notes cette fois-ci.

Points Négatifs :
- Malheureusement, le trop grand nombre de protagonistes, de lieux et d’intrigues parallèles font que l’on se retrouve avec un album pour le moins décousu où l’on passe du coq à l’âne toutes les trois ou quatre pages.
- Bon, je ne veux pas être méchant mais quand on nous dit depuis dix tomes – voir Les Sept Pilier de la Sagesse – que Saint-James Philby est quasiment aussi puissant qu’un Archonte, on était en droit d’attendre un affrontement un peu plus spectaculaire face a Erlin ; certes, ce dernier l’aurait emporter au vu de ses pouvoirs, mais là, Philby se prend une branlée et ce n’est vraiment pas crédible.

Ma note : 6,5/10

lundi 3 mai 2010

LE PETIT NICOLAS


LE PETIT NICOLAS

Nicolas mène une existence paisible. Il a des parents qui l'aiment, une bande de chouettes copains avec lesquels il s'amuse bien, et il n'a pas du tout envie que cela change... Mais un jour, Nicolas surprend une conversation entre ses parents qui lui laisse penser que sa mère est enceinte. Il panique alors et imagine le pire : bientôt un petit frère sera là, qui prendra tellement de place que ses parents ne s'occuperont plus de lui, et qu'ils finiront même par l'abandonner dans la forêt comme le Petit Poucet...

Non, je ne vous parlerais pas dans cet article de notre Empereur, l’autre « Petit Nicolas » (oui, je sais, celle là était facile), mais de l’adaptation cinématographique des célèbres (sauf pour moi) péripéties du jeune Nicolas (cela m’évite de répéter « petit » une fois de plus), l’œuvre culte de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé. Bon, avant de m’aventurer plus loin, je dois avouer une chose : si pour des générations de jeunes français, Le petit Nicolas fut une œuvre culte de leur jeunesse, cela ne fut absolument pas le cas pour moi. Oui, cela peut paraître incroyable (c’est du moins ce que me dit ma femme), mais je n’ai jamais rien lu de lui. Alors le personnage ne m’était peut être pas totalement inconnu, et encore, j’en ai des souvenirs sur le tard. Bref, n’aurait été le raz de marée médiatique de l’année dernière, où l’on voyait du Nicolas partout (le personnage pas le mari de Carlita) avec des expos, le film, l’adaptation en dessin animé pour la télé, bref, n’aurait été le retour a la mode de ce brave petit gars et celui-ci aurait continué, à mes yeux, a être un quasi inconnu. Mais ce fait d’être un parfait novice en la matière a peut être joué vis-à-vis du film : n’étant pas fan, ne connaissant pas l’œuvre, j’avais un regard plus neutre, forcement.

Mais alors, que dire de cette adaptation cinématographique qui fit couler tant d’encre lors de sa sortie ? En fait, pas grand-chose car que peut on véritablement attendre d’un tel film ? Avant sa sortie, on (c'est-à-dire les médias) ne parlait que de lui, comme si c’était un chef d’œuvre absolu qui allait sortir. Ensuite, ce furent les critiques, pas vraiment tendres de la part des professionnels (mais je vous demande : ils s’attendaient a quoi aussi ?!) et plus sympathiques, sans être extraordinaires de la part du public. Certes, il est toujours difficile d’être convaincu par l’adaptation d’une œuvre qui a bercé son enfance, et cela explique probablement les critiques, pas vraiment tendres a l’égard du film, cependant, il me semble évidant qu’à un moment donné, il faut savoir admettre qu’un film comme celui-ci ne pouvait pas être exceptionnel, qu’il se contenterait d’être sympathique, qu’il plairait aux petits et aux grands qui, justement, le regarderaient ensemble et passeraient un bon moment mais qu’il serait vite oublier. Il déplairait aux fans hardcore, comme d’habitude, les autres, eux, se passeront d’un tel extrémisme. Ainsi voila, je l’avoue (encore une fois, bigre, je me dévoile aujourd’hui), j’ai passé un bon moment en regardant ce film, les enfants étaient contents, on a rigolé a de multiples reprises (et oui) et j’ai même apprécié le petit clin d’œil aux Choristes (c’est pour dire !). Bref, c’était un film familial et… c’est tout. Point barre.

Le petit Nicolas n’est évidement pas un grand film, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il en soit un. Pour moi, il a remplit parfaitement ses objectifs : faire passer un bon moment agréable a la famille, et c’est déjà pas mal. Ceux qui en attendaient plus ne devraient peut être pas demandé la Lune, même si, en tant que fan d’autres œuvres, je peux comprendre leur déception.

JOUR J – LES RUSSES SUR LA LUNE !


JOUR J : LES RUSSES SUR LA LUNE !

Et si l'Histoire avait pris un cap différent de celui que nous connaissons? Et si les Russes avaient réussi à marcher sur la Lune avant les Américains? Et si l'épicentre de la guerre froide s'était trouvé à Paris et non à Berlin? Et si l'attentat de Dallas avait eu lieu en 1973 et non en 1963? Et si l'Allemagne avait gagné la Première Guerre mondiale? Et si l'imagination avait pris le pouvoir en mai 68? Et si les anarchistes avaient renversé le tsar Nicolas II en 1917? Tous ces récits, fondés sur des faits historiques et des hypothèses réalistes, nous amènent à découvrir les conséquences de ce jour où tout a basculé: le Jour J.
21 juillet 1969. Quelques minutes avant son alunissage, la mission Apollo 11 est détruite par une micrométéorite. Quelques mois plus tard, les Soviétiques sont les premiers à se poser sur la Lune. A Washington, le président Nixon donne carte blanche à la NASA pour que l'Amérique devienne la première nation à établir une base lunaire permanente. Dix ans plus tard, alors que la tension monte entre les USA et l'URSS, la Lune est en passe de devenir le théâtre inédit d'un nouvel épisode de la guerre froide. Sasha Nicolavitch Joukov. Pilote d'essai dans l'armée rouge, Sasha Nicolavitch Joukov ne vit que pour échapper à l'attraction terrestre et battre le record d'altitude de Chuck Yeager. Il occupe son temps libre à se remettre de ses cuites légendaires et à trouver de l'argent pour honorer ses dettes de jeu. A deux doigts de la cour martiale, de l'exécution sommaire ou d'un aller simple pour les étendues glacées du goulag, il se voit offrir une mission de la dernière chance vers la Lune où la base soviétique Galaktika ne répond plus...

Enième production du Label Série B, des éditions Delcourt, Jour J est une nouvelle série qui nous entraine dans la plus pure tradition de l’Uchronie, avec ces fameux points divergeant qui ont, ou plutôt auraient fait basculer l’Histoire, dans le cas présent, celle du vingtième siècle. De ce point de vu, rien de bien nouveau sous le soleil, il faut le reconnaître : une fois de plus, l’on retrouve ce style maintes fois utiliser dans la SF, et qui plus est, plutôt que de s’intéresser a de multiples périodes de l’Histoire humaine, les auteurs se sont bornés au siècle passé, ce qui est loin d’être original, convenons en. Cependant, mettons les choses au clair tout de suite : ce n’est pas parce qu’une œuvre manque d’originalité que celle-ci se doit de manquer de qualité, bien au contraire. De plus, le choix du vingtième siècle permet au moins à ceux qui ne connaissent pas forcement bien l’Histoire, avec un H majuscule, de se trouver plus ou moins en terrain connu. Ainsi, les choix retenus par les auteurs pour les divers albums me semblent, sans être extraordinaires, non seulement assez judicieux pour le novice en la matière mais en plus, bien plus pertinents que l’on pourrait le penser de prime abord : L’Allemagne qui gagne la première guerre mondiale (et pas la seconde, ca nous change), les russes qui gagnent la conquête de la Lune (pas mal comme idée), les russes, encore eux, qui auraient pousser jusqu’à Paris lors de la seconde guerre mondiale, tout cela me semble assez intéressant et il faut dire que lorsque j’ai découvert ce premier album, et la série qui en découlait, mon sang n’a fait qu’un tour et forcement, une fois de plus, je me suis dit que cette série (une de plus) serait sur mes tablettes.

Mais si l’emballage est alléchant, que vaut le contenu ? Bien souvent, mais cela ne sera une surprise pour personne, un fort jolie paquet cadeau cache en fait une grosse déception (oui, je sais, c’est du vécu), et avec une idée ma fois, fort prometteuse, les russes premiers sur la Lune, un duo d’auteurs que l’on connaît bien, Jean Pierre Pécau (Histoire secrète, Empire etc. un habituer de ce blog) et Fred Duval (Hauteville House), habitués de l’Uchronie et une couverture somptueuse, que vaut donc ce premier volume de Jour J ? Et bien ma fois, je dois reconnaître que je suis assez partagé au final. Car, vous l’avez compris, les meilleures idées et les plus grandes intentions ne sont pas toujours a la hauteur de nos espérances. Et, sur ce point, peut être ais-je mis la barre un peu trop pour ce premier tome de Jour J ? En fait, pour être tout a fait clair, je m’attendais probablement a un gros truc, alors qu’en fait, cette BD, avec ses qualités et ses défauts, n’est juste qu’une agréable Série B, comme le nom du label, qui se lit ma foi assez bien, mais qui n’a rien de bien transcendant. Pourtant, cela commençait assez bien : l’échec dramatique de la mission Apollo, l’arriver des Russes, quelques semaines plus tard sur notre satellite, tout cela laissait présager du meilleur. De même, la suite est assez judicieuse et plus que probable : les américains, vexés d’avoir échoué, possédant eux les moyens de continuer la course a l’espace, repartent de plus belle et du coup, les deux super puissances de la Guerre froide de se retrouver avec des stations lunaires. Jusque là, tout va bien et cela reste crédible, comme le fait que russes et américains sympathisent et s’entraident sur la Lune, en cachette. Cela peut paraître un peu niais pour certains mais cela aurait été plausible. Mais le problème, c’est qu’ensuite, cela se gâte un peu, voir beaucoup : des fanatiques des deux camps sont envoyés au même moment sur notre satellite, mettant du coup fin a toute cette belle harmonie, il y a l’histoire du bébé et du symbole qu’il représente, un symbole si fort qu’il permet aux foules pacifistes de mettre fin à la Guerre froide près de dix ans avant que le Mur ne tombe. Bon, tout cela me semble peut être un peu trop optimiste, surtout que l’on peut être dubitatif quand au pouvoir réel des foules, mais bon, ce happy-end post soixante-huitard (ou pré-bobo) avalé, comme la grosse couleuvre que fut la production de vodka et de haschich lunaire, on aurait presque envie d’y croire, et se dire que, finalement, on a passé un bon moment. Bon, après, on redescend sur Terre et l’on se souvient des quelques défauts mais au final, sans être transcendant, ce premier volume de Jour J restera comme un bon petit moment sympathique. Néanmoins, j’espère que la suite sera d’un tout autre acabit, sinon, je pourrais commencer à parler de… déception ?!

TROIS CŒURS, TROIS LIONS


TROIS CŒURS, TROIS LIONS
Suivi de DEUX REGRETS

Holger Carlsen, Danois vivant aux États-Unis, décide de rejoindre sa terre natale pendant la Deuxième Guerre mondiale. Alors qu'il est impliqué dans des actions de résistance, sur le point de mourir, il se réveille dans un monde étrange, médiéval, peuplé de nains et de sorcières… Dans cet univers, la Loi et le Chaos se livrent une lutte sans merci et il semble que Holger ait un rôle essentiel à jouer dans ce combat. Mais qui est réellement Holger Carlsen, héros malgré lui ?

Trois Cœurs, trois lions est un roman au souffle épique, précurseur de la Fantasy contemporaine, qui comblera tous les amateurs du genre. Il est ici accompagné de deux nouvelles s'inscrivant dans le même cycle.

Depuis septembre dernier, j’étais plongé dans l’œuvre de Moorcock, la lisant presque dans son intégralité (il me manque deux, trois petits « trucs » mais je ressentais le besoin de souffler et il sera toujours temps, dans l’avenir, de revenir dessus) et, je m’étais alors dit, alors que j’achevais les dernières pages de Gloriana, que la meilleur transition possible pour un autre auteur serait de faire un petit tour du coté de Poul Anderson et plus particulièrement, son célèbre Trois cœurs, trois lions que l’amateur de Fantasy ne peut ignorer (par contre, pour ce qui est de le lire, c’est une autre affaire). Mais alors, pourquoi ce livre plus qu’un autre en fait ? Tout simplement pour ses nombreux points communs avec le Cycle du Champion Eternel de Moorcock : lute entre la Loi et le Chaos, mondes parallèles, une espèce de Champion sur de multiples plans d’existence, visiblement, le lecteur fan d’Elric et consorts se trouve en terrain connu même si les différences existent néanmoins. Ici, c’est la lute entre le Ciel (la Loi) et l’Enfer (le Chaos) qui est mis au premier plan ; quant aux mondes parallèles, ils existent, incontestablement, mais l’auteur ne les approfondis pas spécialement. Et pour ce qui est du héros, Holger Carlsen, on pourrait en faire un avatar correct du Champion Eternel ne serais-ce son, euh, comment dire, manque de charisme flagrant ?! Car oui, je dois reconnaître qu’après coup, je suis loin d’avoir garder un souvenir impérissable de ce Trois cœurs, trois lions.

Tout d’abord, un petit aparté sur les deux nouvelles qui concluent le récit principal (et oui, pour une fois, commençons par la fin). Celles-ci n’ont leur place dans cet ouvrage que par le fait que l’auteur, a deux reprises, soit revenu sur cet univers particulier où une auberge, donnant sur une multitude de mondes parallèles, voit la rencontre, chaque soir et chaque nuit, entre diverses figures historiques. Le postulat de base est d’ailleurs, sur ce point, fort intéressant et bien trouvé, rappelant la tour qui voyageait à travers les plans dans Elric et Corum. Cependant, si la première nouvelle, L’auberge hors du temps, est assez intéressante par le fait que ses rencontres, aussi incroyables soient-elles, n’en restent pas moins frustrantes pour leurs protagonistes, la seconde, La ballade des perdants est franchement, de mon point de vu, quelconque.

Trois cœurs, trois lions, le texte principal, lui, est décevant au final, et ce, malgré de bonnes idées, comme donc, ces mondes parallèles et cette lutte entre Loi et Chaos. Mais tout cela, il est évidant que Moorcock fera bien mieux par la suite et il est incontestable que, cette œuvre de Poul Anderson, auteur américain d’origine danoise pour la petite histoire, pèche beaucoup trop par son âge et ce qui en ressort, au final, est que ce roman a bien mal vieilli. Franchement, des les premiers chapitres, j’avais compris que j’allais être déçu, et surtout, a cause de ce héros, Holger Carlsen qui était peut être bien en phase avec son époque, mais qui au jour d’aujourd’hui, apparaît comme niais, sans saveur, voir même détestable : un type comme lui pouvait me plaire lorsque j’avais 12 ou 13 ans, de même, cela aurait été le cas avec cette l’histoire en elle-même, pleine de grands sentiments, de vierge effarouchée, d’amour souvent niais, de méchants vraiment méchants et de gentils tout beaux tout propres. Mais là, franchement, après des décennies de lecture, de films, de jeux etc. Comment cela peut-il passer sans être un peu ridicule sur les bords ? J’ai pourtant le sentiment qu’à la base, Trois cœurs, trois lions est loin d’être mauvais, qu’il fourmille de bonnes idées, un peu comme l’univers utilisé, le Carolingien, qui nous change largement du celtique, utilisé 9 fois sur 10, voir plus, et nous offre du coup, une bouffée d’oxygène. Et puis, par certains cotés, cette candeur que je critique possède parfois un petit coté attachant, et quelques moments de l’intrigue sont loin d’être déplaisants. Mais à chaque fois, il faut qu’un dialogue niais, ou un comportement que l’on ne croyait plus voir chez un personnage digne de ce nom refait surface et vient gâcher l’ensemble. Alors bien sur, cette œuvre est parue il y a 50 ans. Mais quand même, ceci n’excuse pas tout.

J’ai peut être été trop dur avec ce livre, cependant, c’est un fait, malgré ces qualités que je n’occulte pas, Trois cœurs, trois lions m’a déçu, indéniablement. Cependant, vu qu’il n’est pas très long, il mérite que l’on s’y attarde, ne serais ce que pour se faire sa propre idée de la chose, mais aussi, pour voir d’où Moorcock a put tirer quelques petites idées. Dommage simplement qu’il ait si mal vieilli…

GLORIANA OU LA REINE INASSOUVIE


GLORIANA OU LA REINE INASSOUVIE

En ce nouvel âge d'or, Gloriana règne sur Albion et son empire. Si la cour vit au rythme de la reine, le gouvernement repose sur le chancelier Montfallcon et son réseau d'espions et d'assassins. Parmi eux, l'énigmatique et redoutable capitaine Quire. Et tandis que la reine de vertu languit dans son palais creusé de souterrains mystérieux, Quire, le prince du vice, trame dans l'ombre l'écheveau complexe de ses intrigues... Albion n'est pas l'Angleterre, Londres n'est plus dans Londres et le monde de la Renaissance a changé; de même Gloriana n'est pas Elisabeth Ier. Pourtant... Uchronie fantastique, étrange et brillante, conte de fées cruel et pervers, Gloriana occupe une place à part dans l'œuvre de Michael Moorcock.

Et si, contre toute attente, et malgré un monument de l’Heroic Fantasy qu’est Elric, ce Gloriana ou la Reine inassouvie était tout simplement le meilleur roman de Michael Moorcock ? Cela se pourrait bien à bien y réfléchir et, sincèrement, alors que je viens tout juste de finir de le lire, il y a quelques jours, cette impression ne me quitte pas. Mais mettons les choses au point tout de suite : incontestablement, il est évidant que la saga d’Elric, dans son ensemble, est supérieure à toute autre production de Moorcock ; de part la classe et le charisme de son personnage principal, de part son cruel et triste destin, de part le simple fait que le cycle du prince albinos est depuis ses débuts, entré dans la légende de la littérature fantastique. Mais Elric souffre aussi de son écriture, écrite sur plusieurs décennies, où le meilleur, voir le sublime, côtoie le moyen, et le lecteur, lors de sa lecture, peu en être perturber. Quelque part, Corum n’en est pas loin également de la perfection, surtout que cet autre avatar du Champion Eternel, lui, est exempt des défauts de son glorieux et célèbre ainé. Mais Gloriana, sans atteindre le souffle épique des divers cycles consacrés au Champion Eternel, n’en possède pas moins une force, une cohésion, une intensité rarement atteint, tant chez Moorcock, qu’en règle générale. Car sans aucune discussion possible, avec Gloriana ou la Reine inassouvie, l’auteur britannique tient là presque son chef d’œuvre, un petit bijou comme on n’en voit que trop rarement.

Cette fois ci, finis le « format » nouvelles et les cycles en x volumes, avec Gloriana, Michael Moorcock nous offre un roman qui se suffit à lui seul, flirtant bon avec la bonne vieille Uchronie des familles, même si, d’un point de vue stricte du terme, ce n’en est pas vraiment une : en effet, ici, point d’élément perturbateur dans la trame du temps qui aurait fait que l’Histoire ait déviée ; car si la Reine Gloriana ressemble par beaucoup à Elisabeth, par l’époque, proche de la renaissance, c’est plus par ses différences d’avec la « Reine Vierge », comme on la surnommait, aux antipodes de celle-ci : Gloriana, autant inassouvie dans ses désirs, malgré ses gargantuesques appétits sexuels, n’en a pas moins une fort nombreuse progéniture. De même, faut-il le souligner, Albion n’est pas l’Angleterre. Non, cet univers, à la fois si semblable au notre malgré ses différences, tient infiniment plus de la cosmologie Moorcockienne du multivers que de l’Uchronie ; ainsi, a la lecture, comment ne pas noter, pour le connaisseur, les multiples clins d’œil a d’autres œuvres du maitre ? Ces personnages qui jurent en utilisant des noms de Dieux du Chaos, comme Arioch ou Xiombarg, ces références subtiles a ce passé, fort lointain, où ces Dieux existaient réellement avant de disparaître ne nous rappellent-elles pas les dernières pages du Cycle d’Elric, lorsqu’un nouveau monde, une nouvelle humanité fait table rase du passé ? Ainsi, malgré son originalité, Gloriana fait partie intégrante du multivers de Moorcock et même si la traditionnelle lute entre le Chaos et la Loi n’est pas flagrante de prime abord, celle-ci, de façon détournée (mais l’œil aguerri du lecteur le notera), n’en existe pas moins.

Mais ce qui fait la grande force de ce Gloriana ou la Reine inassouvie, c’est bien évidement son intrigue, son histoire, captivante au possible, que l’on dévore d’un trait ou presque, presque par surprise étant donné qu’au début, l’on peut être dubitatif devant un roman dont l’action se déroule à 95% dans le palais royal ou ses alentours et qui s’attarde quasi exclusivement sur les dialogues entre les nombreux protagonistes. Car que les amateurs d’action et de grandes épopées passent leur chemin, ici, c’est d’intrigues, de psychologie, de désirs (inassouvies pour la plupart, cela va de soit), de paraboles entre une Reine et son Royaume, de poésie (et oui), de sentiments et d’ambitions que l’on va parler, et de la meilleur des façons. Et c’est là la grande force de Moorcock, incontestablement : par le biais de ses personnages, de leurs ambitions, de leurs forces et de leurs faiblesses, l’écrivain britannique nous entraine dans une fantastique histoire, qui semble calme et posée de prime abord, où les apparences sont bien souvent trompeuses et où l’on s’aperçoit que le moindre petit grain de sable (dans le cas présent, le charismatique et ténébreux Quire, vexé que l’on ne reconnaisse pas son « art », et accessoirement, l’un des personnages les plus intéressants de Moorcock) peut venir faire dérailler les plans de toute une vie, ceux du Chancelier Montfalcon, et l’apparente gloire d’un Empire, celui d’Albion. Alors, au gré des pages, tant le royaume que sa Reine, sa sublime mais triste Gloriana, commencent leur chute, inéluctable vers un abyme insoupçonné, tel un navire en perdition, même si la fin, ressemble presque à un happy-end. J’ai bien dit, presque…

En toute franchise, et le Cycle d’Elric mis a part pour des raisons évidentes, Gloriana ou la Reine inassouvie est fort probablement la plus grande réussite de Michael Moorcock, presque son chef d’œuvre, tant dans le fond que par la forme. Du moins, c’est ce que j’ai ressentis a sa lecture et personnellement, celui-ci est surement l’un des meilleurs ouvrages qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps, incontestablement. Une véritable perle, a ne pas manquer sans aucun prétexte.
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