lundi 3 mai 2010

GLORIANA OU LA REINE INASSOUVIE


GLORIANA OU LA REINE INASSOUVIE

En ce nouvel âge d'or, Gloriana règne sur Albion et son empire. Si la cour vit au rythme de la reine, le gouvernement repose sur le chancelier Montfallcon et son réseau d'espions et d'assassins. Parmi eux, l'énigmatique et redoutable capitaine Quire. Et tandis que la reine de vertu languit dans son palais creusé de souterrains mystérieux, Quire, le prince du vice, trame dans l'ombre l'écheveau complexe de ses intrigues... Albion n'est pas l'Angleterre, Londres n'est plus dans Londres et le monde de la Renaissance a changé; de même Gloriana n'est pas Elisabeth Ier. Pourtant... Uchronie fantastique, étrange et brillante, conte de fées cruel et pervers, Gloriana occupe une place à part dans l'œuvre de Michael Moorcock.

Et si, contre toute attente, et malgré un monument de l’Heroic Fantasy qu’est Elric, ce Gloriana ou la Reine inassouvie était tout simplement le meilleur roman de Michael Moorcock ? Cela se pourrait bien à bien y réfléchir et, sincèrement, alors que je viens tout juste de finir de le lire, il y a quelques jours, cette impression ne me quitte pas. Mais mettons les choses au point tout de suite : incontestablement, il est évidant que la saga d’Elric, dans son ensemble, est supérieure à toute autre production de Moorcock ; de part la classe et le charisme de son personnage principal, de part son cruel et triste destin, de part le simple fait que le cycle du prince albinos est depuis ses débuts, entré dans la légende de la littérature fantastique. Mais Elric souffre aussi de son écriture, écrite sur plusieurs décennies, où le meilleur, voir le sublime, côtoie le moyen, et le lecteur, lors de sa lecture, peu en être perturber. Quelque part, Corum n’en est pas loin également de la perfection, surtout que cet autre avatar du Champion Eternel, lui, est exempt des défauts de son glorieux et célèbre ainé. Mais Gloriana, sans atteindre le souffle épique des divers cycles consacrés au Champion Eternel, n’en possède pas moins une force, une cohésion, une intensité rarement atteint, tant chez Moorcock, qu’en règle générale. Car sans aucune discussion possible, avec Gloriana ou la Reine inassouvie, l’auteur britannique tient là presque son chef d’œuvre, un petit bijou comme on n’en voit que trop rarement.

Cette fois ci, finis le « format » nouvelles et les cycles en x volumes, avec Gloriana, Michael Moorcock nous offre un roman qui se suffit à lui seul, flirtant bon avec la bonne vieille Uchronie des familles, même si, d’un point de vue stricte du terme, ce n’en est pas vraiment une : en effet, ici, point d’élément perturbateur dans la trame du temps qui aurait fait que l’Histoire ait déviée ; car si la Reine Gloriana ressemble par beaucoup à Elisabeth, par l’époque, proche de la renaissance, c’est plus par ses différences d’avec la « Reine Vierge », comme on la surnommait, aux antipodes de celle-ci : Gloriana, autant inassouvie dans ses désirs, malgré ses gargantuesques appétits sexuels, n’en a pas moins une fort nombreuse progéniture. De même, faut-il le souligner, Albion n’est pas l’Angleterre. Non, cet univers, à la fois si semblable au notre malgré ses différences, tient infiniment plus de la cosmologie Moorcockienne du multivers que de l’Uchronie ; ainsi, a la lecture, comment ne pas noter, pour le connaisseur, les multiples clins d’œil a d’autres œuvres du maitre ? Ces personnages qui jurent en utilisant des noms de Dieux du Chaos, comme Arioch ou Xiombarg, ces références subtiles a ce passé, fort lointain, où ces Dieux existaient réellement avant de disparaître ne nous rappellent-elles pas les dernières pages du Cycle d’Elric, lorsqu’un nouveau monde, une nouvelle humanité fait table rase du passé ? Ainsi, malgré son originalité, Gloriana fait partie intégrante du multivers de Moorcock et même si la traditionnelle lute entre le Chaos et la Loi n’est pas flagrante de prime abord, celle-ci, de façon détournée (mais l’œil aguerri du lecteur le notera), n’en existe pas moins.

Mais ce qui fait la grande force de ce Gloriana ou la Reine inassouvie, c’est bien évidement son intrigue, son histoire, captivante au possible, que l’on dévore d’un trait ou presque, presque par surprise étant donné qu’au début, l’on peut être dubitatif devant un roman dont l’action se déroule à 95% dans le palais royal ou ses alentours et qui s’attarde quasi exclusivement sur les dialogues entre les nombreux protagonistes. Car que les amateurs d’action et de grandes épopées passent leur chemin, ici, c’est d’intrigues, de psychologie, de désirs (inassouvies pour la plupart, cela va de soit), de paraboles entre une Reine et son Royaume, de poésie (et oui), de sentiments et d’ambitions que l’on va parler, et de la meilleur des façons. Et c’est là la grande force de Moorcock, incontestablement : par le biais de ses personnages, de leurs ambitions, de leurs forces et de leurs faiblesses, l’écrivain britannique nous entraine dans une fantastique histoire, qui semble calme et posée de prime abord, où les apparences sont bien souvent trompeuses et où l’on s’aperçoit que le moindre petit grain de sable (dans le cas présent, le charismatique et ténébreux Quire, vexé que l’on ne reconnaisse pas son « art », et accessoirement, l’un des personnages les plus intéressants de Moorcock) peut venir faire dérailler les plans de toute une vie, ceux du Chancelier Montfalcon, et l’apparente gloire d’un Empire, celui d’Albion. Alors, au gré des pages, tant le royaume que sa Reine, sa sublime mais triste Gloriana, commencent leur chute, inéluctable vers un abyme insoupçonné, tel un navire en perdition, même si la fin, ressemble presque à un happy-end. J’ai bien dit, presque…

En toute franchise, et le Cycle d’Elric mis a part pour des raisons évidentes, Gloriana ou la Reine inassouvie est fort probablement la plus grande réussite de Michael Moorcock, presque son chef d’œuvre, tant dans le fond que par la forme. Du moins, c’est ce que j’ai ressentis a sa lecture et personnellement, celui-ci est surement l’un des meilleurs ouvrages qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps, incontestablement. Une véritable perle, a ne pas manquer sans aucun prétexte.

2 commentaires:

Chani a dit…

Je l'ai lu il y a des années, j'en garde un excellent souvenir.
Mais mon préféré chez Moorcock reste Corum ;)

Feanor a dit…

Corum est effectivement excellent mais je garde une préférence, charisme et coté ténébreux oblige, pour Elric.
Par contre, Gloriana, c'est, selon moi, la classe a l’état pure, un véritable petit bijou qui mérite largement le détour.

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