samedi 5 juin 2010

WATCHMEN


WATCHMEN

New York, 1985 sur notre calendrier, minuit moins douze sur l'horloge de l'holocauste nucléaire. Une loi interdit désormais aux super héros d'exercer leurs pouvoirs. Seuls quelques-uns restent à la solde du gouvernement. Les autres vieillissent et s'interrogent sur leur inutilité.
Vendredi soir, le Comédien, agent numéro un du gouvernement américain depuis quarante ans, est mort à New York. Qui a assassiné cet ancien membre des Gardiens, un groupe de super-héros aujourd'hui dissous ? Et pourquoi ?
Mû par un terrible soupçon, Rorschach, le détective psychotique qui a préféré devenir un hors-la-loi plutôt que d'accepter les nouvelles règles, contacte ses ex-partenaires, un « tueur de masques » est après eux.
Alors commence une traque sans pitié, où chacun apportera sa pièce du puzzle pour révéler peu à peu l'inimaginable vérité...
Tandis qu'inexorablement, les aiguilles se rapprochent de minuit.

Et voilà, après tants d’années, pour ne pas dire des décennies a lire des comics, mais aussi, car c’est le cas depuis plus d’un an, a les abandonner régulièrement, toujours pour les mêmes raisons (en gros, répétitivité des histoires, aucunes véritables évolutions, tous changements notables étant reléguer aux oubliettes a chaque changement d’auteur, univers partagé avec ses éternels contraintes, retour en arrière pour soit disant ne pas froisser les fans, morts qui ressuscitent tôt ou tard, parfois des l’épisode suivant et surtout la certitude que ces séries qui ont quasiment toutes plus de cinquante ans, voir plus, nous enterrerons toutes), voilà donc que finalement, j’ai enfin lu l’œuvre culte par excellence du genre, celle sur laquelle tout le monde ou presque (mais fort rares sont les détracteurs) est d’accord pour en louer l’excellence, l’importance et la valeur, je veux bien entendu parler de The Watchmen. Oui, il m’aura fallu des années pour finalement avoir l’occasion de la découvrir, alors que, comme bien souvent avec moi (un exemple tout bête, Elric pour la Fantasy), je connaissais l’œuvre depuis des lustres, ayant lu et relu moult commentaires et critiques fort élogieuses a son sujet, connaissant les principaux protagonistes, l’intrigue dans ses grandes lignes et les implications qui en découlent. Bref, ce Watchmen, quelque part, avant même de lire la première page, c’était un peu comme si je me lançais dans une relecture où le plaisir des rebondissements et des coups de théâtre n’auraient pas la même saveur. Un peu car forcement, ce n’était pas entièrement le cas, bien entendu ; après tout, ce n’est pas parce qu’une œuvre est connue, dans ses grandes lignes, que l’on peut se passer de la découvrir pour de bon : va-t-on donc se priver de lire, toutes proportions gardées, Hamlet ou l’Iliade uniquement parce que tout le monde ou presque connaît les intrigues par cœur ? Bien évidement, non. Pour Watchmen (attention, je ne compare cette BD malgré ses innombrables qualités aux deux œuvres citées) donc, qui est au monde des comics ce qu’Hamlet est au théâtre où les Beatles à la musique, c’était un peu le cas ; évidement que cela faisait longtemps que je comptais me plonger dans ce que beaucoup considèrent comme la meilleur histoire de super héros de tous les temps (et oui), et comme bien souvent, après coup, je n’ai pas put m’empêcher de me dire : « mais comment ais-je fait pour ne pas avoir lu ce truc plus tôt ?! » (Eternelle phrase qui revient souvent et qui me résume bien en fait). Mais bon, comme dirait l’autre, mieux vaut tard que jamais.

Sauf qu’en fait, avec un truc aussi gros que The Watchmen, je me retrouve en fait comme devant un mur infranchissable. Après tout, il ne faut pas se leurrer, tout a déjà été dit et redit ad nauseam depuis près de vingt cinq ans qu’est sortie cette série. Du coup, que pourrais-je ajouter de véritablement neuf, d’original, quelque chose qui vaille véritablement le coup et qui ne fasse pas « énième répétition » ? J’ai eu beau chercher, y réfléchir longuement, j’ai dut m’avouer vaincu ; forcement, en plus, depuis le temps, bon nombre de chroniqueurs ont eu l’occasion de « pondre » de magnifiques critiques ou le feront, quoi qu’il en soit, bien mieux que moi, analysant le moindre détail de la BD, les intentions des auteurs, les répercussions de l’œuvre sur le paysage des comics de super héros car un fait est a ne pas négliger : il y a un avant et un après Watchmen, et l’on ne compte plus, depuis la parution de ce petit bijou, le nombre de références, d’inspirations, d’emprunts au fil des années. Car sans The Watchmen, ou pour la première fois, l’on nous présentait des héros sous un jour sombre, inquiétant voir pas bien dans leur têtes pour bon nombre d’entre eux, cela bien loin de l’archétype super héroïque en court depuis l’âge d’or et le discours bien souvent niais qui en avait découler bien trop souvent, aurait-on connu d’autres cycles majeurs, des protagonistes plus ambigus et un manichéisme fort différent ? Bien évidement que non. Pourtant, malgré le raz de marré et l’immense succès que fut la parution de Watchmen, quelque part, et encore aujourd’hui, cette œuvre est un peu a part dans le monde des comics américains ; jamais inégalé depuis, l’œuvre d’Alan Moore et de Dave Gibbons (tient, comme c’est amusant, deux anglais sont a l’origine de la meilleur histoire de BD super héroïque) reste le summum d’un genre, et le sera probablement définitivement à jamais.

D’ailleurs, quelque part, l’on dit souvent que si l’on ne devrait lire qu’un seul et unique comics de super héros, c’est Watchmen. Cela pourrait être exact sauf qu’en fait, l’affaire est bien plus compliquée que l’on pourrait le croire : comment un parfait néophyte en la matière retiendra toutes les subtilités du genre, tous les clins d’œil a d’autres personnages en d’autres temps et d’autres lieux ? The Watchmen, pour quelqu’un d’étranger a la bande dessinée US ne restera qu’une bonne (ou non) histoire où l’on voit des drôles de héros sans véritables pouvoirs (après tout, seul le quasi divin Dr Manhattan dispose réellement de pouvoirs, et quels pouvoirs d’ailleurs), quadragénaires et vieillissants, bourrés de complexes pour certains, sans morale pour d’autres, violents voir complètements fous pour la plupart ; des héros désabusés, lassés de « casser du petit malfrat » et qui savent que leurs actions ne changera pas le font du problème, mais des héros capables de bien des atrocités afin de parvenir a leurs fins d’ailleurs. Une intrigue qui flirte ouvertement et a dessein avec l’Uchronie, dans un monde ou les deux bocs antagonistes sont au bord de la guerre nucléaire, un monde où ces mêmes héros sont « a la retraite » et où, des les premières pages, l’un d’eux est assassiner ce qui lance le charismatique mais inquiétant Rorschach sur la piste d’un hypothétique tueur de héros qui pourrait bel et bien être l’un d’entre eux. Bref, pour le néophyte, tout cela pourra plaire, mais ne vaut-il pas mieux être un habituer du monde super héroïque pour apprécier a sa juste saveur ce que Moore et Gibbons ont concocté avec maestria ? Comment le lecteur, habitué aux habituelles grosses productions de Marvel et DC où soit disant tout change et rien ne sera jamais plus comme avant alors qu’en fait, la seule chose qui est sure, avec leurs séries phares, c’est que la seule chose qui y règne en maitre, c’est le détestable statu quo, ne pourra pas accueillir avec joie une série, avec un début et une fin (cela a l’air stupide dit comme cela mais c’est fou ce que c’est agréable tout de même), remplie d’idées géniales, a l’univers cohérent, définie et riche (quel travail fait a se sujet, c’en est même rare a ce niveau), avec ses protagonistes géniaux et inoubliables, son intrigue captivante de bout en bout (même quand on en connaît les tenants et les aboutissements, si si, je vous assure que oui) et ce jusqu’au boutisme qui en ressort et qui traduit superbement bien la phrase taguée sur divers murs que l’on aperçoit au fil des pages : « who watches the Watchmen ? »

Oui, qui garde les gardiens ? Incontestablement, The Watchmen restera dans l’histoire de la bande dessinée nord américaine comme une œuvre culte, et ce qui fait de mieux dans son genre, les BDs de super héros. Mais aussi, une œuvre majeure dans la BD en général, tous genres et toutes origines confondus. Alors oui, si vous ne deviez lire dans votre vie qu’un seul comics de super héros costumés, c’est Watchmen qu’il vous faut, et rien d’autre. Par contre, pour en apprécier toute la valeur et la saveur, il me semble évidant qu’être un habitué du genre est largement préférable. Quoi qu’il en soit, si vous vous dites fans de BD, vous ne pouvez pas passer a coté d’un tel monument.

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