dimanche 19 décembre 2010

LES SENTINELLES : JUILLET-AOÛT 1914, LES MOISSONS D’ACIER


LES SENTINELLES : JUILLET-AOÛT 1914, LES MOISSONS D’ACIER

Parce qu'il fallait dépasser les capacités humaines, la science les a fabriqués: les Sentinelles. En 1911, lors de l'intervention française au Maroc, une section secrète de l'armée, la division « Sentinelles' », teste sa nouvelle arme: Taillefer, un soldat sur lequel ont été greffés des membres métalliques. Insensible aux balles, déchirant les barbelés comme du papier, le soldat d'acier semble indestructible… Jusqu'à ce qu'il s'arrête net au beau milieu du combat. Ses batteries sont à plat! En 1914, inspiré par les travaux de Pierre et Marie Curie, Gabriel Féraud, jeune scientifique, conçoit la pile au radium. Le colonel Mirreau entrevoit alors les potentialités d'une telle énergie sur ses Taillefer… Mais Féraud, antimilitariste, refuse… La guerre est déclarée, Féraud mobilisé. Le 8 août 1914, il est fauché par un obus allemand et amputé de tous ses membres. Transporté à l'hôpital, Mirreau lui fait une proposition: donner la pile au radium au docteur Kropp, le « créateur' » des Sentinelles, et devenir le nouveau Taillefer… Sur fond de réalité historique, cet album de « rétro science-fiction » aux couleurs modernes et acides donne naissance, pour la première fois, à un super-héros français: Taillefer.

Xavier Dorison, l’auteur qui nous avait déjà enchantés avec la superbe tétralogie Le troisième Testament il y a quelques années, amoureux de comics, expliquait dans une interview son choix de créer des super héros français pendant le premier conflit mondial car « cette période est la dernière où les Français croient encore suffisamment à leur pays pour accepter l’idée d’un surhomme français. Aujourd’hui, celui qui sort du rang, on s’amuse avec lui pendant six mois puis on le descend. On ne veut pas voir une seule tête qui dépasse ! Au début du XXe siècle, c’était encore possible. » Car, en effet, si outre atlantique, la culture dite du type qui se balade avec un slip par-dessus un collant et portant un masque est partagée par bon nombre d’amateurs, ce n’est pas le cas sur le vieux continent qui possède une culture de la bande dessinée totalement différente. Pour Xavier Dorison, cela a plus à voir avec une perte de valeurs, liée, justement, a cette fameuse guerre civile européenne que fut 14/18 mais qui, en fait, dura de 1914 à 1945 et qui vit l’Europe perdre son prestige, son pouvoir, son influence qui durait depuis des siècles. Ainsi naquis dont ce qui devint, dans l’esprit de l’auteur, ces fameuses Sentinelles, une BD, donc, qui fait penser aux comics, par l’utilisation de super héros, mais totalement européenne par la forme, la structure et le format. Et c’est donc le premier tome de cette série auquel je vais m’intéresser aujourd’hui.

Comme souvent, il m’aura fallut pas mal de temps pour me procurer les deux premier volumes des Sentinelles (oui, curieusement, seul deux tomes sont parus a ce jour et je ne trouve aucune nouvelle sur une éventuelle sortie d’une suite, ce qui m’inquiète un peu), pourtant, ce ne fut pas en raison d’un quelconque manque d’intérêt, bien au contraire ; en effet, lorsque j’appris l’existence de cette série, son idée de base m’intéressa au plus haut point : des super héros français pendant la grande guerre, l’une de mes périodes historiques préférées, cela ne pouvait que me plaire. Mais bon, comme d’habitude, entre le temps de la découverte et celui de l’achat a proprement parlé, il s’écoula bien un an et quelque avec son florilège d’oublis, de manque d’argent où d’autres choses à acheter. Et puis, début décembre, l’achat tant attendu des deux tomes de Sentinelles et si je ne les ai pas lues tout de suite, c’était pour mieux me les garder pour les vacances de Noël, prendre le temps de les lire, et, ensuite, d’essayer d’écrire des critiques potables. Mais trêve de bavardages inutiles et intéressons nous maintenant au premier volume de la saga, intitulé Juillet-aout 1914, les moissons d’acier.

J’avoue que j’attendais avec impatience ce premier tome, pour les thèmes abordés, comme je vous l’ai déjà dit, mais également pour le maitre d’œuvre de la chose, Xavier Dorison, dont j’avais put apprécier la maitrise avec Le troisième Testament. Mais si je m’attendais a lire une bonne BD, je dois reconnaître que je me suis pris une véritable claque, dans le bon sens du terme. Ceux qui éventuellement pourraient être intéressé par l’achat des Sentinelles devraient s’attarder sur la préface de l’écrivain Didier Decoin tant celle-ci résume parfaitement bien ce qu’est ce premier tome de la saga. Pourtant, à sa lecture, ma première impression fut que, comme cela se fait communément, le sieur Decoin en rajoutait un peu sur la qualité de la bande dessinée ; erreur sur toute la ligne, je l’admets, car après coup, je suis parfaitement sur la même longueur d’onde de cette préface : oui, Xavier Dorison à réaliser, avec Les Sentinelles une œuvre majeure, de grande qualité et qui mérite largement de figurer dans la collection de tout amateur de bande dessinée ; oui, le scénariste a réaliser un superbe travail de recherche documentaire sur l’époque mais a également créer un synopsis profond, avec des protagonistes intéressants au possible (et pourtant, quand on n’y regarde bien, ils sont loin d’être totalement originaux mais ca passe très bien entre le scientifique qui ne veut pas voir sa découverte tomber entre les mauvaises mains de l’armée, le savant fou, le vieux briscard revenu de tout, le gradé sans scrupule etc.) et une intrigue captivante ; oui, mille fois oui, Juillet-aout 1914, les moissons d’acier brille pour toutes ces raisons, mais également pour son coté démontrant l’absurdité de la guerre mais aussi et surtout sa violence extrême, cette boucherie que fut la grande guerre et que, trop habitués que nous sommes a celle qui suivit, la seconde, nous avons trop tendance a oublier, et pour cela, comment ne pas vous parler des superbes dessins d’Enrique Breccia, quasiment parfait de bout en bout (a part quelques petites cases ratées, comme celles de la dernière planche surtout, il était pressé d’en finir ou quoi ?) et qui nous plonge presque cent ans en arrière (et oui, l’on fêtera bientôt le centenaire du début du conflit !), dans un univers a la fois si éloigné de nous par le style vestimentaire, le port de la moustache par exemple, mais également proche, la révolution industrielle étant passée par la. D’ailleurs, en finissant la lecture de ce Juillet-aout 1914, les moissons d’acier, où l’on suit les premiers jours du conflit mondial, mais aussi et surtout le destin de Gabriel Féraud et de son invention, la pile au radium, sa terrible blessure suite a des éclats d’obus et sa transformation en Taillefer, le super héros français qui nous change bien de Super Dupont, comment ne pas se dire que le lien pourrait être fait avec le monde moderne ?

Car ce fameux programme « Sentinelles », ces fameux surhommes améliorés dont se sert sans vergogne l’armée, comment ne pas faire le rapprochement avec l’usage de drogues dans les diverses armées depuis des décennies (a ce propos, j’ai vu il y a quelques mois un excellent reportage sur l’utilisation médicamenteuse dans les armées du Reich qui boostaient les combattants), la volonté des états majors de rendre les soldats insensibles a la douleur, de les rendre plus endurants, d’en faire de véritables machines de combats sans sentiment ?! Oui, malgré le fait que l’action des Sentinelles se déroule pendant le premier conflit mondial, il faut savoir lire entre les lignes car le sens de cette BD, si l’en enlève le coté super héros tricolores, est bien plus profond que l’on pourrait le penser.

Au final, je ne peux que conseiller l’achat de ce premier volume des Sentinelles, ce Juillet-aout 1914, les moissons d’acier. Une fois de plus, Xavier Dorison nous montre là toute sa maitrise scénaristique et il est certain que cette histoire de super héros pendant la grande guerre est diablement passionnante. Excellente entrée en matière donc pour ce premier tome, j’attends maintenant de voir ce que donnera le second, en espérant qu’une suite soit donné a terme a cette série de très bonne qualité.

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...