vendredi 28 janvier 2011

BEFORE AND AFTER SCIENCE


BEFORE AND AFTER SCIENCE

Brian Eno (1977)

1 - No One Receiving (Eno) 3:51
2 – Backwater (Eno) 3:43
3 - Kurt's Rejoinder (Eno) 2:53
4 - Energy Fools the Magician (Eno) 2:05
5 - King's Lead Hat (Eno) 3:53
6 - Here He Comes (Eno) 5:40
7 - Julie With... (Eno) 6:20
8 - By This River (Eno, Roedelius, Moebius) 3:03
9 - Through Hollow Lands (Eno) 3:03
10 - Spider and I (Eno) 4:08

Ah, Brian Eno, il me semblait naturel, au vu de ce que j’écoutais ces derniers temps (Bowie, Talking Heads etc.), que je ne traine pas trop a revenir vers l’un de mes musiciens préférés et plus précisément, vers cet album, probablement son meilleur, Before and After Science. Personnellement, j’entretiens depuis une bonne quinzaine d’années, avec ce très cher Eno, une formidable histoire d’amour, enfin, pas vraiment dans le sens physique du terme puisque, n’étant pas gay, celui-ci ne m’a jamais franchement attiré et même si je l’étais, et bien, comment dire, vu que je ne l’ai jamais rencontré… enfin bon, je divague et commence a perdre le fil. Bref, cette histoire d’amour était, comme cela peut être le cas avec Bowie, les Beatles, Neil Young et tant d’autres, avant tout une histoire musicale, une passion inconditionnelle pour un artiste qui ne m’a jamais laisser indifférent, et ce, dans le bon sens du terme. En effet, que cela soit de ses tous débuts avec Roxy Music, où Brian, qui se faisait alors seulement appeler Eno, jouait les apprentis sorciers sonores et préférait chanter du fond de la salle, a sa carrière solo ainsi que ces multiples collaborations avec, excusez du peu, quelques pointures comme David Bowie, bien entendu, Robert Fripp, John Cale, Nico, les Talking Heads, U2 etc. etc. etc. (désolé pour ceux que j’oublie, la liste est trop longue), j’ai toujours apprécier, que dis-je, adoré ces multiples productions au fil du temps. Car du talent, le sieur Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno (ouf !) en possède a revendre, pour lui, pour les autres, ainsi que cette volonté d’aller toujours plus loin, d’expérimenter de nouvelles choses, de franchir les frontières sonores là où tant d’autres se contentent de répéter en boucle la même rengaine pendant toute une carrière, bref, d’apporter au monde de la musique de nouvelles choses, de nouveaux sons ; pas tout seul, bien évidement, mais que Brian Eno fut une figure cruciale du paysage musical depuis les années 70 est un fait que personne ne peut nier en toute objectivité. Pourtant, qui le connaît aujourd’hui ? Franchement, à moins d’être fan ou spécialiste, pas grand monde ; d’ailleurs, était-il véritablement célèbre dans les années 70 ? Allons, pas plus que ca. Toujours cette histoire de préférer chanter du fond de la salle ? Un peu de ca, toujours…

Ainsi donc, ne nous leurrons pas, ce Before and After Science, paru en 1977, ne connu pas un grand succès commercial, mais cela importe peu au final : après tout, dans un monde où des trucs comme La fête au village, Jordy ou maintenant René la taupe trustent les premières places des charts pendant des semaines, il est normal de chercher les perles ailleurs. Et accessoirement, ce cinquième album en solo de Brian Eno en est une, incontestablement. Si ses précédentes œuvres m’avaient déjà enchanté et étaient déjà d’excellente factures, et si la suite sera bien différente (l’ambiant avant tout), avec Before and After Science, Eno nous offre là son disque le plus abouti, où rien n’est à jeter, parfait de bout en bout (chose si rare dans les albums quels qu’ils soient, il faut bien le reconnaitre) mais qui le verra également quitter définitivement les chansons pop pour se consacrer, soit à la production, soit, comme dit précédemment, a l’ambiant. Tournant majeur donc dans sa carrière, ce Before and After Science fut enregistrer au même moment que la fameuse trilogie berlinoise qu’il produisit avec David Bowie, et même dans la structure de l’album, on ne peut s’empêcher d’y voir des point communs avec Low et Heroes : une première face franchement pop, la seconde plus calme. Mais n’y voyons pas là une vulgaire inspiration de son travail avec le mince Duc blanc mais plus comme un condensé de ce qui fut sa carrière jusque là et, bien entendu, ce que sera son évolution future. D’ailleurs, sur ce point, je trouve assez dommageable que Brian Eno ne soit plus revenu depuis a la pop (enfin, a sa façon) et ne chante quasiment plus : personnellement, j’ai toujours trouvé que celui-ci, que cela soit avec Roxy Music, puis bien sur en solo et dans ses diverses collaborations surtout dans les chœurs, avait une voix qui passait bien, que je trouvais intéressante et qui, de mon point de vu, en valait bien beaucoup d’autres prétendus chanteurs. Mais bon, cela restera comme un regret personnel.

Mais ce Before and After Science alors ? Car je parle, je parle et je ne rentre pas dans le vif du sujet ! Tout d’abord, une chose est à signaler : l’indéniable fait que Brian Eno a la chic pour savoir s’entourer de la crème des musiciens du moment, que cela soit les habituels Robert Fripp, Manzarena ou Phil Collins (heureusement cantonné a la batterie) mais aussi divers membres de groupes expérimentaux allemands, Before and After Science est un savant concentré de talents comme on en trouve rarement, et qui n’est pas pour rien dans la qualité finale de l’ensemble. Mais les chansons, que valent-elles ? No One Receiving explique Eno en guise d’introduction mondialiste para-africaine qui lorgne déjà vers ce que sera sa collaboration avec les Talking Heads, ce qui sera encore plus évidant avec ce superbe morceau qu’est King's Lead Hat, véritable concorde de dissonances crépitantes avec son vieux compère de Roxy Music, Phil Manzarena, et dont le nom n’est rien d’autre que l’anagramme de Talking Heads qui sortirent leur premier album quelques mois auparavant ; car si No One Receiving fait un peu figure de morceau pop teinté de funk, le plus endiablé King’s Lead Hat, lorgne carrément vers les terres du funk blanc, et verra Eno copier les gimmicks vocaux de David Byrne, et notamment son fameux phrasé hoquetant et haché. L’imitation étant d’ailleurs impressionnante de ressemblance ! Mais comment ne pas parler également de l’hymne pop de l’album, l’entrainant Backwater avec ses nappes synthétiques qui préfigure la new-wave à venir ou de l’instrumental, bien trop court hélas, Energy Fools the Magician ? Mais si la face A est de prime qualité et ne me lasse jamais après tant et tant d’écoutes, c’est la B qui marquera le plus les esprits et qui fera rentrer définitivement cet album dans la légende : entre un Here He Comes a la mélodie parfaite faisant rappeler les Beatles, le contemplatif Spider And I , sans doute l’une des plus belle chanson de cet album (et de la carrière d’Eno !) dans laquelle les paroles fusionnent à merveille avec la musique, By This River où la délicatesse et la sensibilité sont érigées en art majeur, mais aussi le superbe Julie With... qui touche du doigt la solitude de l’homme postmoderne avec une délicatesse infinie, c’est comme si Brian Eno savait par avance que le mirage communicationnel annoncé se retirerait pour laisser la place a un monde ravagé par l’angoisse, la dépression et le sida. Oui, le rêve est fini depuis longtemps et les années 80 seront là pour le rappeler, quant à Eno, il sera toujours temps pour lui de s’occuper des BO des salles d’attente des dentistes, des aéroports, des lofts de Tokyo et des couloirs d’hôpitaux la nuit. Mais ceci est une autre histoire…

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