samedi 1 janvier 2011

ELISABETH : L’ÂGE D’OR


ELISABETH : L’ÂGE D’OR

En 1585, Elizabeth Ière règne sur l'Angleterre depuis près de trente ans. Le vent destructeur du catholicisme fondamentaliste souffle sur l'Europe, sous la conduite de Philippe II d'Espagne. Soutenu par l'Eglise de Rome, le roi dispose d'une armée puissante et d'une Armada qui domine les mers. Philippe II est déterminé à renverser la reine « hérétique » et à ramener l'Angleterre au sein de l'Église romaine catholique. Elizabeth se prépare à la guerre contre l'Espagne mais doit aussi mener un combat plus intime contre ses sentiments pour Walter Raleigh, pirate au service de Sa Majesté. L'amour étant interdit à une souveraine vouée corps et âme à son pays, la reine encourage sa dame d'honneur préférée, Bess, à se rapprocher de Raleigh. Elizabeth observe l'idylle naissante. Tôt ou tard, elle le sait, elle devra choisir entre les aspirations de son cœur et ses devoirs de monarque si elle veut éviter le destin de sa cousine Marie Stuart, reine d'Ecosse, dont le nom semble lié au nouveau complot tout juste découvert par Sir Francis Walsingham.

Passionné d’histoire depuis ma plus tendre enfance, je ne pouvais qu’être enthousiaste quand au fait de voir un film consacré à l’une des Reines les plus célèbres de ce que l’on appela pendant longtemps par ici, la perfide Albion, j’ai nommé, Elisabeth, première du nom pour la petite histoire, également surnommée la Reine Vierge. Accessoirement, si celle-ci ne m’étais pas inconnu, de même que quelques figures marquantes de son règne, comme l’explorateur Walter Raleigh et, surtout, John Dee, le célèbre mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste britannique connu de tous ceux qui se sont, peu ou prou, intéressés a l’occultisme, au paranormal etc., je dois reconnaître que je connaissais fort mal cette période, ou bien, de façon détournée : John Dee pour les raisons déjà cités, Walter Raleigh grâce a un tome de la BD L’Histoire secrète de Jean Pierre Pécau (et oui) où apparaissent bon nombre de figures marquantes du siècle Elisabéthain (avec la propre version du scénariste quand au moyen de vaincre l’Invincible Armada), et Elisabeth et Marie Stuart tout simplement parce que sans être un expert, je ne suis pas un novice complet non plus. Quoi qu’il en soit, j’étais donc assez impatient de me plonger dans cette reconstitution historique, cet Elisabeth, l’âge d’or, surtout qu’en plus, la célèbre Reine était interprété par Cate Blanchett, l’évanescente Galadriel dans Le Seigneur des Anneaux ici en Reine farouche et guerrière.

Pourtant, des le générique du début, un petit détail me chiffonna : le titre même du film. Pourquoi donc cet Âge d’or ? Ce n’était pas Elisabeth tout court ? Il me semblait bien que c’était le cas pourtant ? Bien évidement, ce doute passé, je pus me plonger dans le film en lui-même, et ce ne fut que ce matin, en débutant cet article que je me suis aperçu, en cherchant sur le net, que je confondais deux œuvres différentes, du même réalisateur, Shekhar Kapur, la même actrice principale, l’une, Elisabeth, donc, datant de 1998, l’autre, Elisabeth, l’Âge d’or, sa suite, se déroulant bien des années plus tard, et sorti en 2007. D’où ma méprise initiale qui en fera rire probablement certains. Cette étourderie étant avouée, il est temps de voir si ce deuxième film, donc (autant pour le premier du coup), valait la chandelle.

Bon, mettons les choses au clair tout de suite ; mes sentiments a l’égard de cet Elisabeth, l’Âge d’or, après coup, sont mitigés. Certes, le spectateur se trouve devant une fort belle reconstitution historique, avec des costumes splendides, des décors de bonne facture et quelques scènes tout bonnement époustouflantes comme, forcement, cette célèbre et impressionnante Invincible Armada qui, si elle n’avait pas échouée, aurait put bouleverser la face du monde (voir l’excellent Pavane de Keith Roberts pour les amateurs d’Uchronie et dont j’ai écrit la critique sur ce même blog en 2008). De même, il est indéniable que Cate Blanchett endosse superbement bien le rôle de la Reine Vierge, a la fois fragile et forte, douce et implacable, emmêlé dans ses sentiments et son devoir envers son peuple. Bien évidement, l’on pourra toujours trouver a redire quand a la véracité de la reconstituions, des attitudes et des relations entre les personnages historiques qui apparaissent dans le film, cependant, comme je vous l’ai déjà dit, ne connaissant pas bien le siècle Elisabéthain, j’aurais du mal à juger de l’exactitude de ce que j’ai put voir ; ainsi, mon plus gros doute, la relation entre Elisabeth 1er et Walter Raleigh que je pensais a première vue exagérée voir inventée de toute pièces se trouva, après vérification (oui, je suis comme ca, j’aime bien allez au fond des choses), exact. Certes, pas comme cela nous est présenter dans le film, mais bon, finalement, je ne connais aucune œuvre cinématographique qui soit totalement fidèle a la réalité, le problème étant quand on s’en éloigne beaucoup trop, ce que je ne saurais dire dans le cas présent.

Cependant, je vous disais plus haut que mes sentiments étaient mitigés, et même si j’ai pris un certain plaisir avec cet Elisabeth, l’Âge d’or, prétendre que celui-ci m’a transcendé serait tout bonnement mensonger. Amoureux de l’Histoire avec un grand H, j’eu bien trop souvent l’impression de regarder un énième soap, entre les hésitations et les valses amoureuses d’une Reine, de sa dame de compagnie et du beau et ténébreux pirate, au point que le coté historique de la chose (qui était, selon moi, important) fut relégué quelque part au second plan, ce qui forcement, ne peut qu’être problématique dans ce genre de productions : Marie Stuart était là ? Dix secondes par la, dix autres par ci et hop, on a droit a son exécution, cela fait un peu léger au vu de son importance dans le conflit en cour. Mais le problème, c’est que je n’ai pas put m’empêcher de ressentir un certain malaise en regardant le film : la trame de fond repose sur le conflit religieux entre catholiques et protestants qui bâtait alors son plein en Europe, cependant, dans Elisabeth, l’Âge d’or, on ne peut s’empêcher de constater que les premiers sont présentés en quelque sorte comme des « méchants », fanatiques de surcroit, et qui plus ait, pas vraiment beaux (il suffit de voir les tronches des espagnols, présentés comme étant fourbes, cruels pour ne pas dire sadiques), tandis que les protestants, eux, sont plus « gentils », beaux, errant dans des décors lumineux et tellement plus sympathiques que les fous de Dieu et leur Inquisition. Certes, le réalisateur se défendit d’un tel parti pris, pourtant, force est de constater qu’il est bel et bien là. Le plus amusant dans l’histoire, c’est que je me retrouve presque pour une fois à défendre un parti, la religion catholique, la papauté et l’Inquisition que j’ai l’habitude de pourfendre allégrement en temps normal. Mais là, que l’on ne vienne pas me dire que les protestants étaient des saints, qu’ils n’étaient pas du tout fanatiques dans leurs croyances où que chez eux, les buchers aux sorcières n’existèrent pas, car cela ne fut absolument pas le cas, bien au contraire (pour cela, je vous renvoie a l’excellent ouvrage, La sorcière et l’Occident, de Guy Bechtel que l’on peut trouver en livre de poche aux éditions Pocket). Et quand en plus, on ajoute a cela quelques travers habituels du cinéma, avec un héroïsme exacerbé d’un Walter Raleigh dans ce qui restera comme étant la scène la plus absurde du film, où celui-ci jette, seul, son navire en flammes au beau milieu de la flotte espagnole, il y a de quoi être dubitatif.

Au final, il ressort indéniablement que malgré quelques qualités énoncées plus haut, des acteurs motivés voir excellents comme Cate Blanchett, je ne peux considérer cet Elisabeth, l’Âge d’or comme étant un bon film. Bien plus soap et fleur bleu que reconstitutions historique a proprement parlée, il souffre en plus d’un parti pris partisan que l’on aurait put parfaitement comprendre (après tout, le spectateur suit l’intrigue du point de vue d’Elisabeth) si les traits et les défauts du camp d’en face, l’Espagne, alors le pays le plus puissant au monde, et la papauté n’étaient tellement mis en avant, amplifiés tandis que l’on pourrait presque prendre les protestants anglais pour de gentils bisounours. Bref, vous l’avez compris, du coup, toutes ces raisons ont joué énormément, à mes yeux, et ce, en la défaveur de cet Elisabeth, l’Âge d’or, ce qui, au final, est fort dommageable au vu de mes attentes.

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