samedi 29 janvier 2011

LA BRIGADE CHIMÉRIQUE : LIVRE QUATRE


LA BRIGADE CHIMÉRIQUE : LIVRE QUATRE
EPISODE SIX : POLITIQUE INTERNATIONALE
EPISODE SEPT: H – A – V – RUSSE

Ils sont nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle des gaz et des armes à rayons X. Ils ont pris le contrôle des grandes capitales européennes. Par-delà le bien et le mal. Les feuilletonistes ont fait d'eux des icônes. Les scientifiques sont fascinés par leurs pouvoirs. Pourtant, au centre du vieux continent, une menace se profile, qui risque d'effacer jusqu'au souvenir de leur existence. Le Nyctalope et l’Accélérateur sont en visite en Russie, pour rencontrer le Grand Frère, mais « Nous Autres » retarde chaque jour l’entrevue stratégique. À Paris, Irène Joliot-Curie persuade Jean Séverac de profiter de l’absence de Saint-Clair pour mener un raid dans son QG de Montmartre afin de délivrer Gregor Samsa, le Cafard, que le protecteur de Paris retient prisonnier. Quant à Félifax, l’homme-tigre, il effectue pour le Conseil une mission de reconnaissance à Metropolis, d’où le Docteur Mabuse manigance de maléfiques projets...

Assez curieusement, ma première impression après avoir lu ce quatrième volume de La brigade chimérique ne fut pas des plus positifs ; certes, j’avais bien aimé les deux nouveaux épisodes proposés mais je n’avais pas retrouvé le même enthousiasme que précédemment. Déception ? Je n’en étais pas encore là mais ce qui était sur, c’est que je me posais pas mal de questions quant a la valeur de ce volume. Pourtant, au fil des heures et de mes interrogations, forcement légitimes, j’ai commencer a changer d’avis, a regarder au delà de mes sentiments premiers et a rechercher la qualité là où elle était, car que l’on ne se trompe pas, celle-ci n’avait pas le moins du monde disparue. Et là, après une bonne nuit de sommeil, j’ai commencé à y voir plus clair : oui, le quatrième tome de La brigade chimérique est tout aussi bon que ses prédécesseurs, et si j’ai put a un moment donné en douter, c’est parce qu’il est différent, tout simplement.

En fait, comme cela est souvent le cas, tout est une affaire de gouts. La où certains auraient put se morfondre devant le manque d’action et d’avancée dans le scénario, selon eux, pendant les trois premiers tomes de la série, pour moi, ce fut un bonheur presque total : j’aime lorsque les choses prennent leur temps, que l’on s’attarde sur tel élément, que l’on avance ces pions petits a petits et que l’intrigue et les révélations qui en découlent ne soient pas apportées tout de suite sur un plateau. Ainsi, que les auteurs aient pris la peine de s’étaler sur une bonne moitié de leur série pour, premièrement, présenter les personnages, l’univers, puis nous éclaircir quant au pourquoi du comment du lien entre le Docteur Severac et la Brigade chimérique ne me gêna pas le moins du monde, bien au contraire. Le problème, c’est que m’étant en quelque sorte habitué a ce rythme de sénateur, ce tome quatre, forcement, d’un tout autre style me déconcerta au départ. D’où ma première impression, pas franchement positive, et mes interrogations. Or, après coup, ce changement de cap, cette entrée de plein pied dans le nœud du problème, c'est-à-dire la politique internationale de l’époque, le jeu des alliances et, surtout, un processus narratif bien plus axé sur l’action était, premièrement, parfaitement justifiable, deuxièmement, oui, un véritable petit régal.

La brigade chimérique est avant tout une Uchronie, que l’on ne s’y trompe pas. Donc, du coup, ce monde à la fois différent et proche du notre nous interpellera de diverses façons mais ce qui est sur, c’est que du point de vu des alliances entre les différents partis au pouvoir, les auteurs ne se sont pas éloignés d’un iota de ce qui a put se passer avant guerre ; du coup, a moins d’être une bille totale en histoire, je pense que chaque lecteur de cette bande dessinée connait un temps soit peu la situation des nations européennes avant guerre : puissantes dictatures fascistes et communistes d’un coté avec les faibles démocraties au beau milieu. Mais que l’on ne s’y trompe pas, certes, il n’y aura pas d’élément de surprise au sens propre du terme, par exemple quant au sort des populations juives ou pour ce qui est des alliances mêmes les plus improbables du point de vu idéologique de l’époque. Mais là où les auteurs font très fort, et cela est un atout non négligeable pour la valeur de cette série, c’est de réussir ce superbe numéro de haute voltige entre le réel et l’imaginaire, d’utiliser les événements du passé tout en les modifiants et du coup, réussir à surprendre le lecteur de la plus superbe des façons. Et puis, ne nous voilons pas la face, on l’attendait ce moment, depuis le prologue pour être plus précis où tous les super héros européens étaient réunis dans la ville de Metropolis ; depuis lors, on s’était attardé sur les mystères liés au Docteur Severac, et si celui-ci n’a pas disparut de l’intrigue, indéniablement, ce tome quatre est plus axé sur les liens entre les divers protagonistes, leurs alliances, bref, la politique internationale qui annonce le conflit à venir. Et là aussi, le jeu en vaut la chandelle car la personnalité de certains se dévoile, tandis que pour d’autres, ce que l’on se doutait se justifie : en particulier le fameux Nyctalope, assez étrange et qui apparaissait assez imbu de sa personne jusque là mais dont on va se rendre compte a quel point son égocentrisme est important. D’ailleurs, paraissant peu charismatique de part son apparence au départ, ce personnage mérite le détour est se trouve, selon moi, être l’un des plus intéressants du point de vu psychologique ce qui en fait une agréable surprise. De même, je suis vraiment curieux de voir quels secrets cache la mystérieuse George Spad avec ses crises spectaculaires d’écriture automatique.

Bref, malgré une première impression pas franchement enthousiasmante, ce quatrième volume de La brigade chimérique s’avère être aussi bon que ses prédécesseurs. Certes, il est différent, mais cette fois ci, on commence à rentrer dans l’action a proprement parler et les auteurs ont fait un tel travail sur la psychologie des protagonistes ainsi que sur la crédibilité de leur univers qu’une fois de plus, je ne pourrais que redire pour la énième fois : cette BD est superbe ! Tenez, juste une petite pierre a l’édifice de tout ce que l’on peut trouver de positif à La brigade chimérique : la petite scène du début, qui se déroule a Moscou, avec ce super vilain a l’apparence peut être ridicule mais qui représente si bien le grand capital comme les caricatures le représentait a l’époque : un type en costume de banquier avec une tête de pieuvre ; ridicule ? Oh que non. Et puis en face, cette idéologie de « Nous autres » où la multitude prime sur l’individu, tellement bien représentative de ce que pouvait être l’URSS sous Staline. Franchement, un must, quand je vous dit que cette BD est un véritable petit bijoux !

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