vendredi 14 janvier 2011

L’ADVERSAIRE


L’ADVERSAIRE

Jean-Marc Faure habite un petit appartement avec sa femme, Christine, qui le presse d'acheter une maison, et leurs deux enfants. Médecin, il travaille à l'Organisation mondiale pour la santé. C'est du moins ce que croit tout son entourage, son meilleur ami, Luc, compris. Car Jean-Marc s'est inventé une vie de mensonges. Il n'a jamais fini ses études de médecine, n'a aucune profession et passe ses journées à traîner dans les couloirs de l'OMS, en prenant soin de ne pas attirer l'attention, ou à lire dans sa voiture. L'argent, il l'a «emprunté» à son beau-père, auquel il a fait miroiter un juteux placement. Il se sert aussi parfois sur le compte de ses parents, qui vivent pourtant modestement...

Il y a environ quatre ou cinq ans (la mémoire me faisant défaut), j’avais déjà eu l’occasion de regarder ce film, sauf que, m’écroulant misérablement comme une larve, je m’étais endormis vers la fin et ne m’étais réveiller que lors du générique, ce qui, je m’en souviens, m’avait fortement frustré. Car, et cela était une évidence, j’avais assez bien aimé L’Adversaire, le film m’avait marqué et avait été l’occasion, accessoirement, d’une longue discussion avec ma femme, sur les mensonges et la mythomanie des gens en règle général, mais aussi et surtout sur quelque uns que l’on pouvait connaître. Ainsi, ce fut avec plaisir et un enthousiasme certain que j’appris la rediffusion hier soir de ce film, me promettant, cette fois ci, de tenir jusqu’au bout, ce que je fis sans grande difficultés par ailleurs, mais ceci nous éloigne déjà du sujet principal de cet article.

J’ai été assez surpris de voir sur le net pas mal d’avis contradictoires au tour de ce film ; non pas sur sa qualité en tant que soit, mais plus sur l’éternelle question : a-t-on le droit ou non de montrer au cinéma de tels drames, d’utiliser un drame bien réel, lui, de le romancer et de le présenter, gagnant de l’argent au passage. Si je peux, personnellement, comprendre que cela ne plaise pas forcement aux proches, et encore, faudrait-il voir leur avis, chose que je n’ai pas faite, je ne vois pas vraiment pourquoi le cinéma devrait s’en tenir au simple divertissement comme le souhaiteraient certains ? Car si l’on ne peut pas parler d’un drame, alors c’est simple, finissons en également avec les œuvres historiques, les films de guerre etc. Et puis, c’est quoi cette histoire de divertissement ? Les films qui font réfléchir n’ont-ils pas leurs places eux aussi ? Déjà que la majeure partie de la population se contente des productions US genre les films d’action a la « moi voie, moi tue » et les comédies a l’eau de rose dont on nous abreuve, pour ne pas dire, on nous noie en permanence, il faudrait en plus se priver des rares films qui, crime de lèse majesté pour certains visiblement, nous ferait, un temps soit peu réfléchir ? Ou bien, c’est trop dur de réfléchir et l’on est un fanatique absolu de bouses monumentales a la Taxi 1, 2, 3, etc. et l’on se complait devant un vidéo clip de une heure trente bourré de scènes d’actions et de tirs dans tous les sens, ou bien l’on se dit que le cinéma, même s’il est avant tout un divertissement, sert aussi a autre chose, a dénoncer par exemple, mais aussi, a réfléchir.

Je ne suis pas là a essayer de glorifier L’Adversaire, ce n’est pas mon propos, c’est un bon film, indéniablement, même très bon dans son genre, mais ce n’est pas non plus un chef d’œuvre du septième art ; cependant, a-t-il été calibré pour cela ? Non, et ce n’est pas plus mal ; car ce film, inspiré d’une histoire vraie, donc, et d’un drame qui eu lieu en 1993 où un homme tua sa femme, ses deux enfants et ses parents après avoir inventé un faux travail, de faux revenus, une fausse vie en gros pendant dix-huit ans, n’est pas fait pour tout le monde. Servi par des acteurs inspirés, en premier lieu un Daniel Auteuil dont je ne suis pas spécialement fan mais qui est tellement bien entré dans la peau de son personnage qu’il en devient inquiétant, L’Adversaire est un film sombre, très sombre même, oppressant au possible et par ailleurs affreux par moments : personnellement, j’ai put en voir des films d’horreurs ou prétendus tels, mais l’indicible scène où le spectateur sait par avance que le gamin n’en a plus pour longtemps, qu’il va mourir, alors qu’il regarde tranquillement Père Castor a la télé, créant au passage un contraste saisissant entre le générique enjoué du dessin animé et l’intensité dramatique de la scène, m’aura bien plus marquer qu’une flopée de films d’horreurs. Mais l’Adversaire, plus qu’une histoire d’un mythomane devenu meurtrier des siens, est surtout un grand film sur la lâcheté humaine car ne nous leurrons pas, ce Jean-Marc Faure (Daniel Auteuil), avant d’être un mytho de premier ordre, est avant tout un lâche, qui a toujours, dans sa vie, eu peur de tout : des examens, des gens, du regard des autres, de la découverte de ses mensonges qui en entrainent d’autres, et encore, et encore jusqu’au jour où tout éclate, et là, ne supportant plus rien, le drame, horrible, indicible, affreux qui conclu le film.

Je ne pourrais pas m’empêcher, en guise de conclusion, de comparer L’Adversaire avec une œuvre traitant elle aussi de la mythomanie, A l’Origine, dont j’ai écrit la critique sur ce blog il y a quelques mois, mais plus pour en marquer les différences, car si, dans les deux films, nous retrouvons avec plaisir François Cluzet et Emmanuelle Devos, le second nous narre un simple escroc, terriblement doué pour le mensonge certes, mais finalement, loin d’être véritablement dangereux. Par contre, dans L’Adversaire, le personnage présenté est d’un tout autre calibre, que cela soit par l’ampleur et la durée tout bonnement impressionnante de ses mensonges, mais aussi et surtout, de part les causes et les conséquences finales de ses actes, mais c’est aussi, ne nous leurrons pas, un type perdu dans ses mensonges, qui finis dévorer par ceux-ci. Un film bouleversant, diablement oppressant et qui, justement, ne laisse pas indifférent. Oui, L’Adversaire fait partie de ces films qui font réfléchir, et qui nous amènent à nous poser des questions sur la nature humaine, sur la folie, les mensonges de certains, et parfois, ce n’est pas très rassurant non plus…

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