samedi 8 janvier 2011

LES SCARIFIÉS


LES SCARIFIÉS

Jeune traductrice de langues oubliées, Bellis fuit Nouvelle-Crobuzon à bord du Terpsichoria en route vers l’île Nova Esperium. Arraisonné par des pirates, le navire est conduit vers Armada, improbable assemblage de centaines de bateaux hétéroclites constitués en cité franche, régie par les lois de la flibuste. Bellis y rencontrera bientôt les deux seigneurs scarifiés d’Armada, les Amants, ainsi qu’Uther Dol, mercenaire mystérieux aux pouvoirs surhumains. Un trio qui poursuit sans relâche une quête dévorante, la recherche d’un lieu légendaire sur lequel courent les mythes les plus fous. Sollicitée pour ses talents de linguiste, Bellis commence alors le plus stupéfiant des voyages, un périple aux confins du monde.

Il y a tout juste trois ans, alors que j’allais bientôt créer Le Journal de Feanor, j étais plonger dans une œuvre pour le moins curieuse et inclassable, d’un jeune auteur britannique que je découvrais alors, China Miéville : Perdido Street Station. Tenant a la fois de la Fantasy, du Steampunk, de la SF et d’aucun de ses styles a la fois, ce roman m’entraina a la découverte de la cité de la Nouvelle Crobuzon et de l’univers du Bas Lag tellement bien développé par son auteur, perfectionniste que l’on pourrait presque le croire réel, ainsi que sa faune extraordinaire et improbable d’hommes oiseaux, de femmes scarabées, d’êtres batraciens, d’hommes cactus et de recrées, humains modifiés de la plus horrible des façons par un mélange de science et de magie indicible. Incontestablement, après avoir finis Perdido Street Station, il m’étais évidant que ce roman rentrait tout de suite dans la catégorie des plus belles réussites qu’il m’avait été donné de lire au cours de ma vie, et, trois ans plus tard, je n’ais pas changer d’avis d’un iota. Pour la petite histoire, Perdido Street Station fut le premier livre dont j’ai écrit la critique sur ce blog. Avec du recul, il est évidant que celle-ci ne rend pas du tout hommage a la richesse et a la valeur de cette œuvre, pour ma défense, je n’avais pas encore une énorme expérience de la chose, débutant presque, ainsi, il me semble évidant que si un jour, j’ai l’occasion de m’y replonger, je tacherais de faire beaucoup mieux. Mais si je vous parle aujourd’hui de Perdido Street Station, c’est qu’il existe une raison a cela : Les scarifiés.

Deuxième œuvre de China Miéville se déroulant dans ce que l’on pourra surnommer le cycle de Bas Lag, Les scarifiés est ce que l’on appelle communément une vraie fausse suite ; je m’explique : si l’univers est le même, si certains éléments de l’intrigue de Perdido Street Station sont révélés, liant ainsi les deux œuvres, il est indéniable que celles-ci sont indépendantes l’une de l’autre, nul besoin d’avoir lu Perdido pour apprécier Les scarifiés. Pourtant, je vous conseille fortement, si jamais le cœur vous dit de découvrir cet auteur et son univers, de lire les romans dans l’ordre : tout d’abord, s’il n’était pas toujours évidant de s’y retrouver dans la première entre les différentes races, les formes de magie et de sciences utilisés, c’est encore pire si l’on commence par Les scarifiés puisqu’en effet, China ne prend pas la peine de revenir sur ce qu’est un Cactacé ou un Vodyanoï par exemple ; ainsi, si le lecteur familiariser avec cet univers, une fois retrouver ses habitudes, pourra se concentrer sur les nouveautés a proprement parler (nouvelles races par exemple, histoire du Bas Lag etc.), le néophyte risque rapidement d’être totalement dépassé par la chose et le plaisir de la lecture risque indéniablement d’en prendre un coup. De même, si les liens avec l’intrigue de Perdido Street Station sont indéniablement infimes, ils n’en existent pas moins, et autant les apprécier en lisant le cycle (enfin, cycle est un bien grand mot) dans l’ordre selon moi. Mais tout ceci étant dit, qu’en est-il véritablement de la valeur intrinsèque de ces Scarifiés ?

Place au grand large, au voyage et a l’aventure sur les mers du Bas Lag, voilà les promesses de départ des Scarifiés. Mais les apparences sont bien souvent trompeuses : en effet, si dans Perdido Street Station, le personnage principal du roman était indéniablement la ville, Nouvelle Crobuzon et que toute l’intrigue se déroulait, a une ou deux exceptions prêt, intramuros, l’on retrouve de façon surprenante de première abord, une autre ville, tout autant fantastique, impressionnante et inoubliable, et accessoirement, aussi bien détaillée et ayant la même importance que sa devancière, Armada, la citée pirate légendaire qui navigue sur les mers. Ainsi, si voyage il y a, c’est la ville elle-même qui se déplace, et non les personnages, ce qui, convenons en, est fort peu commun est sacrement original. Certes, cette fois ci, quelques excursions « extérieures » ont lieues, ce qui nous change du coté oppressant de Nouvelle Crobuzon, mais que l’on ne se trompe guère, Armada n’est jamais bien loin, et même le passage se déroulant loin de la citée, sur l’Ile Moustique, est d’une oppression psychologique pour les protagonistes rarement atteinte. D’ailleurs, il est curieux de constater que celle fameuse Armada, repaire de pirates, il faut en convenir, est par ailleurs bien plus agréable a vivre pour ses habitants que Nouvelle Crobuzon par exemple, et que les rares moments dans le livre, où l’action se déroule hors de celle-ci, dans l’Ile Moustique donc, mais aussi, vers la fin, au fin fond de l’océan, l’on retrouve un sentiment de danger, d’oppression et d’insécurité bien plus fort que sur ce qui apparaît au début du roman comme un vulgaire repaire de brigands et de pirates sans foi ni loi. Cette opposition, entre Nouvelle Crobuzon et sa toute puissance, mais son coté quasi dictatorial et Armada, vivant de rapines et de commerces, hors la loi indéniablement mais ouvert sur l’extérieur, accueillant tous et toutes, grandissant de par ses nouvelles recrues m’a rapidement sauter aux yeux est me semble être un élément majeur de l’œuvre qui a son importance.

Mais tout n’est pas simple dans Les scarifiés, j’en conviens. Comme ce fut le cas avec Perdido Street Station, il faut diablement s’accrocher au départ pour rentrer vraiment dans l’histoire ; dans les deux cas, il me fallut bien plus d’une soixantaine de pages et quelques jours d’effort pour m’imprégner totalement dans l’intrigue et en apprécier toute la substance. Mais une fois à fond dedans, alors là, le plaisir est au rendez vous, et franchement, cela vaut le coup ! Car une fois de plus, China Miéville a fait fort, très fort, et, en suivant le destin d’une traductrice, Bellis Froidevin, fuyant Nouvelle Crobuzon (et accessoirement les événements s’y étant déroulées dans Perdido) et dont le navire sur lequel elle se trouvait et arraisonner par la flotte d’Armada avant que son équipage, ses passagers et ses esclaves ne soient amener, de force, sur la citée flottante, c’est une intrigue exceptionnelle qui s’ouvre au lecteur : sous des aspects de « chasse au trésor » ; l’Advanç, d’abord, formidable Léviathan des mers issue d’une autre plan d’existence, la Balafre, ensuite, lieu semi légendaire qui attise bien des convoitises ; le récit s’avère être bien plus complexe qu’il n’y paraitrait de prime abord : manipulation, le mot est lâché et reviendra sans cesse tout au long de l’histoire au point que l’on ne sait plus qui est avec qui, qui manipule qui, que l’on en vient a douter des faits et gestes de chaque protagonistes et que, au fil des pages, les certitudes que l’on s’était péniblement faites s’effondrent, devant chaque nouvelle révélations, sans que l’on fasse tout a fait confiance a celles-ci. Car a force de nouvelles découvertes, a chaque nouvelle manipulation révélée, l’on n’en vient a devenir paranoïaque, même si l’on ne se trompe pas sur quelques suspects évidant ; enfin, encore faut-il comprendre le pourquoi du comment et les motivations de chacun. Et là, c’est loin d’être gagner.

Et les personnages, je ne vous avais pas encore parlé de ceux-ci. Une fois de plus, China Miéville nous sort des protagonistes divers et variés, tous inoubliables, que cela soit des acteurs majeurs comme cet archétype du guerrier ultime, invincible, Uther Dol, peut être l’un des personnages les plus puissants qu’il m’ai été donné de découvrir dans un roman, au charisme et aux pouvoirs rarement atteints, mais aussi Bellis Froidevin, froide, apparemment sans cœur, qui ne rêve que de s’échapper d’Armada et qui verra ses convictions et ses espoirs mis a mal tout au long du récit, les Amants, dirigeants au départ de l’un des secteurs d’Armada, couple fusionnel jusque dans leurs scarifications amoureuses et véritables meneurs des visées nouvelle de la citée flottante, le Brucolac, un vampère (et oui, chez le sieur China, il faut s’habituer a un vocabulaire particulier mais non déplaisant) aux terribles pouvoirs, mais loyal envers sa nouvelle ville, Tanneur Sacque, un recrée de Nouvelle Crobuzon, fidèle envers sa nouvelle patrie et qui porte un amour paternel envers un ancien mousse du bateau qui l’amenait en esclavage et Simon Fennec, le soit disant marchand de Nouvelle Crobuzon, bien a l’aise dans son nouvel élément et qui en sait beaucoup plus qu’il n’y parait. Mais si ceux-ci, de part leurs importance dans le récit viennent invariablement en première ligne, les personnages secondaires ont une importance non négligeable et pour certains, même, avaient la carrure pour de plus grands rôles : comment ne pas penser tout de suite a Tintinnabule, le plus grand chasseur du tout Bas Lag, accompagner de son équipe et qui sont là pour le légendaire Advanç, rien qu’avec lui, il y aurait presque de quoi écrire un très bon roman. Mais les autres, tous les autres, de l’homme moustique savant au Cactacé aéronaute et dubitatif devant la tournure que prennent les événements, China Miéville nous a offert une formidable galerie de personnages que l’on n’est pas prêt d’oublier.

Les scarifiés, vous l’avez compris, est tout simplement un excellent roman, a mes yeux, tout aussi bon que son prédécesseur, le formidable Perdido Street Station, qu’il complète de la plus belle des façons dans un univers, le Bas Lag, où il reste tant à écrire. Tant par le fond que par la forme, tout est parfait du début a la fin, et même s’il n’est pas facile d’accès, même si ses premières pages ne sont pas évidentes et qu’il faut sacrement s’accrocher, il me semble qu’il mérite largement tous les efforts possibles car au final, il ne pourra que vous ravir. Indéniablement, China Miéville est un auteur immense, au talent tout bonnement étonnant ; cela fait deux œuvres que je lis de lui et j’en ressors estomaqué a chaque fois, ce qui, je le reconnais, ne m’arrive pas souvent. Alors oui, comme dans Perdido Street Station, cela ne finit pas si bien que cela, pas de happy-end a l’américaine comme on en voit dans tellement d’œuvres, et ce fait déplaira a certains, mais franchement, est ce vraiment un mal ? Je ne le pense pas. Reste ce titre, Les scarifiés. Evidement, ce sont les Amants, les dirigeants d’Armada, aux visages sans cesse changeants et qui veulent ne former qu’un seul être, mais c’est aussi la Balafre, ce lieu du Bas Lag dévasté il y a des milliers d’années par l’arrivée d’êtres venus d’ailleurs, formidable cicatrice dans le réel du monde ; et des cicatrices, il y en a d’autres, dans la chair de certains, bien évidement, mais aussi dans les cœurs, dans les certitudes de beaucoup a l’issue des événements voir même dans la ville, Armada, qui n’en sortira pas indemne. Bref, un grand moment de lecture, comme j’aimerais en connaître plus souvent et un univers dont j’ai vraiment hâte d’y replonger. J’espère, sur ce point, que Le Concile de fer, troisième titre du cycle, sortira bientôt en livre de poche.

2 commentaires:

Tigger Lilly a dit…

Je suis en admiration devant Miéville. Je pense pareil que toi de Perdido Street Station. J'ai Lombres dans ma pàl (un roman jeunesse), lire Miéville en jeunesse m'intrigue grandement.

Feanor a dit…

Oui, je serais curieux de le lire également. Mais bon, en attendant que tout cela sorte en livre de poche, j'aurais probablement le temps de relire Perdido Street Station...
... d'ailleurs, j'y pense de plus en plus ;)

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