mercredi 26 janvier 2011

LES VOIES D’ANUBIS


LES VOIES D’ANUBIS

Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d'or ? Comment deviner que l'attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures ? Voyez plutôt : à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810 ! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou... Et, nul doute, quelqu'un cherche à l'enlever sinon à le tuer ! Au hasard de sa fuite, Doyle régressera jusqu'en 1685 puis sera projeté dans l'Egypte de 1811 où des magiciens vénèrent encore le dieu Anubis. Traqué, maintes fois capturé et toujours s'échappant, il cherche à corps perdu la « brèche » du retour. O douce Californie d'aujourd'hui, où es-tu ?

Tout d’abord, une petite précision semble s’imposer : Les voies d’Anubis, de l’auteur américain Tim Powers, et paru en 1983, est souvent considérer comme étant l’un des plus connus, mais aussi, l’un des meilleurs romans Steampunk. Or, a y regarder de plus prêt, il est très difficile d’affirmer que celui-ci puisse véritablement rentrer dans cette catégorie littéraire. Personnellement, car c’est dans mes habitudes mais que j’aime aussi savoir où je mets les pieds, j’aime me renseigner à l’avance sur les œuvres que je prévoie de lire, ainsi, ce constat m’était connu avant coup, cependant, j’imagine le passionné de Steampunk, habitué a déambuler au beau milieu de dirigeables, de diverses machines a vapeur et autres accessoires du folklore du genre s’attaquer aux Voies d’Anubis et, se rendre compte que tous ces éléments en sont tout bonnement absents. Certes, il y a bien une histoire de voyage temporel qui entraine le personnage principal dans le Londres du dix neuvième siècle, mais même pas l’habituelle et mille fois vue et revue époque Victorienne puisque, outre manche, un certain Napoléon (le premier, pas l’autre) est encore au pouvoir ; quant a Londres, c’est le notre, point barre, enfin, a peu de choses prêts liées au récit en tant que tel, bien évidement. Ainsi donc, de mon point de vu personnel, si des œuvres comme (pour n’en citer que quelques unes que j’ai put lire ces derniers temps) les bande dessinées Empire et Hauteville House ou les romans La Lune seule le sait, L'Instinct de l'équarisseur ainsi que, bien entendu, Le nomade du temps, peuvent être considérées comme faisant partie du genre, je serais plus dubitatif avec le livre qui nous préoccupe aujourd’hui, Les voies d’Anubis.

Mais quelque part, cela a-t-il une grande importance ? A moins de vouloir cataloguer chaque œuvre dans toutes les catégories existantes, franchement, non. Cependant, ce simple constat évoqué plus haut peut, du moins je pense, décevoir les inconditionnels pur et dur du genre. D’ailleurs, cela serait plutôt dommage tant le roman de Tim Powers, sans être un monument de la littérature fantastique de ces dernières décennies, n’en reste pas moins un incontournable que tout amateur se doit de lire. Après, c’est une question de choix qui se pose : soit on est un fan inconditionnel d’un genre et on ne voit que par lui, soit ce qui nous importe avant tout, c’est le plaisir de la lecture, la qualité, quelque soit les genres (Space opéra, Uchronie, Fantasy, Horreur, Steampunk etc.). Et dans le cas des Voies d’Anubis, indéniablement, la qualité est au rendez vous, et quelque part, c’est ce qui compte.

Une histoire prenante de bout en bout avec une intrigue plutôt bien ficelée, des personnages bien souvent pittoresques et que l’on pourrait croire a la base peu crédibles pour un sou pour ce qui est de certains mais auxquels on croit et que l’on n’est pas prêt d’oublier de si tôt, mais aussi, avec cet énième récit de voyage temporel, il est incontestable que Tim Powers réussit son coup et se démarque de la concurrence par le fait que, plutôt que de rentrer dans des explications pseudo rationnelles quand a la possibilité d’un tel voyage ainsi que sur les dangers de ce que tout amateur connaît comme étant les fameux paradoxes temporels, ici, l’auteur nous présente les faits, bruts tels qu’ils sont : oui, Brendan Doyle voyage bel et bien dans le passé, plus précisément dans le Londres du début du dix neuvième siècle, oui, ce n’est pas un quelconque Londres d’un univers parallèle, et oui, cela aura des implications non négligeables quant a cette fameuse trame temporelle. Mais là où certains nous auraient sortis des paradoxes, d’autres dimensions, dans Les voies d’Anubis, Tim Powers s’en sort d’une autre façon, quelque part, si j’ose, plus terre à terre, mais, ma fois, avec un certain brio. Bien évidement, je ne vous dirais pas ici comment, inutile de vous gâcher le plaisir de la découverte, mais personnellement, j’ai assez bien aimé ce sacré beau sac de nœuds que l’auteur nous a sortis pour s’en sortir, encore une fois, de belle façon.

N’oublions pas non plus les protagonistes de cette histoire car ils occupent une place non négligeable dans la réussite finale de cette œuvre : si Brendan Doyle n’est pas, avouons le, le « héros » le plus charismatique de la littérature fantastique (le contraire serait plus exact) et apparaît un peu fade par moments, et si les autres personnages que je qualifierais de cent pour cent humains sont un peu, plus ou moins, dans le même cas, il en est tout autrement de figures marquantes comme le fameux Joe face de chien (le soit disant loup garou qui sévit à Londres), les mages égyptiens (oui, pour les étourdis du fond de la classe, il sera beaucoup fait état de l’Egypte dans cette histoire, d’où le titre), que cela soit le « vrai » ou son Ka, ainsi que, celui que je place au dessus de tous les autres, le fameux chef des mendiants, un clown monté sur échasses qui n’est pas sans rappeler, de mon point de vu, un autre grand allumé qu’est Kefka dans Final Fantasy VI. Celui là, malgré son allure grotesque qui pourra vous laisser perplexe au départ, s’avérera être le personnage le plus intéressant, a proprement parlé de ce récit et vous ne serez pas prêt de l’oublier par la suite.

Mais dans Les voies d’Anubis, Tim Powers réussit aussi le tour de force de nous proposer un Londres fort bien décrit, assez crédible dans l’ensemble ce qui permet au lecteur une espèce d’immersion dans le récit, chose qui n’arrive pas forcement toujours, surtout que ce Londres, aussi semblable soit-il du notre (enfin, celui d’il y a deux cent ans) n’en possède t’il pas une faune pour le moins curieuse, où des lutins marchent au milieu de créatures sorties d’un laboratoire d’un quelconque savant fou, où les dieux de l’ancienne Egypte ne sont pas une création de l’esprit et où la magie est présente, sous une forme un peu différente que celle que l’on a l’habitude de rencontrer dans le genre fantastique (et oui, utiliser celle-ci a un prix) mais néanmoins redoutable. Bref, vous l’avez compris, Les voies d’Anubis, sans être a proprement parler un roman Steampunk, de part la qualité de son intrigue, les excellentes trouvailles de son auteur, son univers et quelques bonnes idées, mérite largement de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de littérature fantastique. Bien évidement, il y a mieux, beaucoup mieux par ailleurs, mais sincèrement, si vous ne connaissez pas encore ce roman, n’hésitez pas une seconde car il fourmille de bonnes idées et vous fera passer a coup sur un fort bon moment.

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