lundi 17 janvier 2011

LOIN DU PARADIS


LOIN DU PARADIS

L'Amérique provinciale dans les années 50. Cathy est une femme au foyer accomplie : son mari a réussi professionnellement et lui a donné deux enfants très mignons et fort obéissants, sa maison, son jardin et sa vie sont réglés comme du papier à musique. Elle est même plus que cela : elle est la femme d'intérieur idéale, interviewée par la gazette locale et chérie par toutes ses amies. Seulement voilà, un soir, elle doit aller chercher son mari au commissariat et, un autre, elle le surprend, dans son bureau, à embrasser un autre homme à pleine bouche. Le monde de Cathy s'écroule, mais il lui faut coûte que coûte sauver les apparences...

De temps en temps, il y a de belles surprises, et incontestablement, Loin du paradis en fut une. Sincèrement, je ne connaissais pas du tout ce film, il faut savoir que celui-ci sortit en 2003, qui fut, d’un point de vu personnel, la pire période de ma vie, et si je ne m’attarderais nullement sur celle-ci, ce n’est absolument pas le lieu, disons qu’a l’époque, j’avais bien d’autres chats à fouetter que de me préoccuper des sorties cinématographiques. Ainsi donc, ce fut par une simple bande annonce sur ARTE que j’ai appris, à la fois son existence, et, surtout, que celui-ci allait être diffusé ce dimanche soir. Immédiatement, j’eu envie de le regarder ; certes, ce n’est pas la première fois qu’une simple bande annonce réussie a me convaincre d’une telle chose, après tout, celles-ci sont faites pour cela, cependant, le peux que je savais de l’intrigue du film éveilla ma curiosité, tout d’abord, avant que, les rares images, ne finissent par me convaincre. Car celles-ci, où l’élément déclencheur de mon envie, bien plus que cette intrigue où une parfaite représente de l’american way of life se rend compte avec horreur que son mari la trompe avec un homme, ce qui aurait put, en temps normal, m’intéresser, m’éblouirent immédiatement par leurs couleurs, tellement marquées, que j’eu l’impression, au début, que je me trouvais là devant un film d’époque, ce qui n’était pourtant pas le cas.

Avec son titre ironique, Loin du paradis est pourtant un film moderne de part ses thèmes abordés : homosexualité, amour interracial ; sincèrement, vous en connaissez énormément des films des années 50 qui abordent de tels sujets ? Cependant, l’on peut dire sans crainte que celui-ci est ce que l’on appelle « un film a la manière de… » ; de part son esthétisme, son coté haut en couleur, l’on se croirait, au point que cela n’en devienne troublant, devant un vieux film hollywoodien. Du coup, l’on sent l’hommage marqué du réalisateur a une époque, bien entendu, mais aussi et surtout, a ce cinéma d’entant, ce qui fait que, contrairement a moult productions cinématographiques auxquels l’on est habituer au fil des décennies qui se contentent de reproduire les décors, les vêtements de l’époque où se déroule leurs intrigues, dans Loin du paradis, c’est une toute autre chose et l’on pourrait presque se dire que, quelque part, l’on a presque le sentiment de remonter le temps, devant ce charme désuet, ces couleurs abondantes et qui sont l’élément le plus marquant du film… sauf que c’est bien entendu impossible, ne serais ce que pour le sujet principal de l’intrigue : imaginez donc, dans les années 50, une scène où l’on verrait deux hommes s’embrassant ? Allons, inutile de faire aussi, comment dire, «osé », disons, juste les allusions a des rapports sexuels entre personnes du même sexe ? Et ce n’est pas tout, par dessus le marché (et là, nous avons pas mal de membres du KKK qui se retournent dans leurs tombes) une femme blanche qui s’amourache d’un noir ! Bigre ! Mais quelle perversité ! Oui, indéniablement, un tel sujet n’aurait pas été possible il y a un demi-siècle, d’où mon « un film a la manière de… »

Mais si de nos jours, de tels thèmes sont loin, enfin je pense, de nous choquer et qu’à force, on peut dire sans crainte que le public est habitué depuis longtemps, ce n’était bien évidement pas le cas dans l’Amérique puritaine de l’après guerre (et de l’avant, et d’il n’y a pas si longtemps en fait, c’est un peu plus compliqué que cela et même un Président noir n’a pas forcement tout changer), cependant, certains pourront trouver que ce film n’apportera pas grand-chose de neuf, que le sujet fut déjà maintes fois exploiter depuis et ils pourront trouver tout cela bien fade, croyant qu’il ne s’agit que d’un énième mélodrame de plus comme Hollywood sait si bien en produire des tonnes. Or, ils auraient tort, indéniablement, car nous tout de même là un superbe film toute en finesse, avec son esthétique particulière, ses couleurs chatoyantes au départ, lorsque tout va bien, quand la façade du couple « Magnatech » comme on les surnomme, fait encore illusion, quand on entend parler de belles idées sur la condition des noirs, sur leurs droits en tant qu’individus, quand la vie sociale, si fournie, les nombreux amis, le travail même du maris semblent montrer au spectateur ce qu’est un couple, un vrai de vrai, et la parfaite image de l’american way of life de la période consumériste de la fin des années 1950: villa cossue, confort moderne, grosse voiture rutilante, élégance hollywoodienne, la famille Whitaker incarne l’idée de la réussite sociale que la présence d’une bonne et d’un jardinier (noirs tous deux) achèvent de parachever. Et ces tons automnaux, que cela soient les feuilles des arbres, les robes des femmes, leurs cheveux, toute cette chaleur éclatante qui semble nous conforter dans cette image de ce qu’est la famille du bonheur.

Et puis c’est le drame, tout bascule : l’épouse, bafouée, découvre la double vie de son si parfait mari qui la trompe avec un homme par dessus le marché ! Et l’homosexualité étant ce qu’elle était à l’époque, une maladie honteuse que l’on cachait, celui-ci ne peut que vouloir, refoulant ses sentiments et ses préférences les plus profondes, que se soigner, devenir « normal », être un homme, un vrai, pour sa femme, sa famille, mais surement pas pour lui dans le fond. Et a ce moment du film, il y a une frontière, indéniable et qui me marqua : toujours et encore les couleurs. L’on passe de la chaleur au froid, ce bleu, ce mauve, ce gris, que cela soit dans le choix de la robe de Madame Whitaker, de l’hôpital, les couleurs deviennent plus froides, parfois mêmes inquiétantes, et si, rapidement, les tons rougeâtres réapparaissent, l’on a du mal à les voir de la même façon ; annonciateurs de chaleur et de bonheur, c’est un peu comme si on ne leur faisait plus confiance, comme si ceux-ci n’étaient qu’une façade et que tout s’apprêtait a s’effondrer sur cette famille. Car les apparences, maitre étalon de cette époque, mais pas uniquement par ailleurs, vont éclater, et les langues commencer a se délier, a accuser, a diffamer, et la pauvre Madame Whitaker, que l’on présentait comme l’épouse modèle, passer d’une si bonne chrétienne aux idées modernistes qui avait de la compassion pour les noirs, a une vulgaire trainée qui couche avec son jardinier. Et du coup, c’est forcement toute l’énorme hypocrisie d’une époque qui est mise en accusation, tous ces biens pensants qui allaient faire de beaux discours sur les pauvres gens de couleurs mais qui n’acceptaient pas de les fréquenter, alors une histoire d’amour, en plus, vous imaginer !?

Mais ce racisme, car il faut appeler un chat un chat, n’est pas, comme on a trop tendance à l’occulter, parfois de façon complaisante, et par ailleurs, dangereuse, l’apanage des blancs ; la communauté noire ne supportant pas, elle aussi, que l’un des siens fréquente une blanche. Et alors, dans un univers cloisonner, chacun s’aperçoit qu’il ne peut sortir de chez soit, qu’il ne peut franchir la frontière qui lui a été imparti a la naissance, de part la couleur de peau, la condition sociale etc. Et forcement, l’histoire d’amour à peine naissante, devant de si grandes contraintes, ne pourra pas aller plus loin et il sera toujours temps, ensuite, de vivre, encore et encore dans les apparences, dans les conventions sociales ; bref, dans l’hypocrisie. Finalement, le mari ne se « soignera » pas, et vivra son histoire d’amour avec un homme, a la surprise générale, cachée, bien entendue tandis que son épouse, n’aura plus que ses yeux pour pleurer devant la frustration que sera sa vie.

Indéniablement, Loin du paradis est un excellant film, et, accessoirement, dans mon cas, une très bonne surprise : tant par les sujets abordés, les acteurs, l’intrigue et surtout, cette façon de filmer, ce raz de marré de couleurs chatoyantes qui sont l’élément le plus marquant du film et, en tout cas, presque un personnage a elles mêmes tant elles sont indispensables et marquent les esprits, je ne peux que vous conseiller de le voir : moderne par ses thèmes abordés, mais qui n’en existaient pas moins a l’époque (sauf qu’on n’en parlais pas, la façade, toujours) ancien pour ne pas dire nostalgique de part son esthétisme, Loin du paradis est peut être le film qui manquait aux années 50.

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