mardi 24 janvier 2012

MASQUÉ : ANOMALIES



MASQUÉ : ANOMALIES

Dans les estives de la frontière russo-géorgienne, une troupe de militaires français repère un phénomène curieux sur le sol. En alerte, ils sont soudain attaqués par un drone russe autonome enterré, qui fait un carnage. Seuls le sergent Frank Braffort et sa copine Melissa Tales s’en sortent indemnes, mais blessés, grâce à une intervention aussi providentielle que mystérieuse… Une poignée d’années plus tard, Braffort est de retour à Paris-Métropole. Il ne reconnaît plus sa ville, à l’urbanisme gigantesque et effréné, et en proie à une vague indéterminée d’« anomalies ». Ces anomalies, ce sont des composants électroniques venus de nulle part, qui s’amalgament n’importe où, jusqu’à former des entités intelligentes et agissantes. L’une d’elle agresse même le Préfet de police Beauregard, en pleine conférence de presse. Braffort, lui, est instantanément contacté par un ancien camarade de l’armée travaillant pour la Métropole. Ce dernier lui propose un poste de premier choix : assurer la sécurité du Préfet. La réputation d’homme de terrain de Braffort l’a visiblement précédé. Mais il semble que les raisons de ce recrutement express dépassent largement le cadre de ses réelles compétences…

Il y a de cela un an environ, janvier 2011 fut indéniablement le mois de La Brigade Chimérique. Cette œuvre, devenu culte pour bon nombre d’amateurs de bande dessinée et de rolistes, qui ne connut certes pas des ventes ditirambiques mais qui n’en gagna pas moins le cœur d’un petit nombre de fidèles, les marquant a jamais de par sa profondeur et les thèmes abordés, je l’aurais donc découvert il y a un an. Pour cela, je pense que je serais a jamais reconnaissant a Lord Orkan Von Deck, le génial maitre d’œuvre du non moins excellent blog Steampunk, Science-Fiction et Fantasy devenu depuis peu A contre-courants qui me l’avait alors fait découvrir, chose que je regretterais jamais. Mais si les connaisseurs savent de quoi je parle, il me semble qu’avant de rentrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire, la critique du premier tome de cette nouvelle série, Masqué, je me dois de revenir un peu sur le synopsis de cette fameuse Brigade Chimérique : œuvre de Serge Lehman et Fabrice Colin au scénario, de Gess aux dessins et de Céline Bessonneau aux couleurs, celle-ci aborde le sort des super héros européens avant la seconde guerre mondiale. Certes, La Brigade Chimérique n’est pas la seule bande dessinée qui nous propose un matériel superhéroique européen – il suffit de ne pas oublier ce très bon titre qu’est Les Sentinelles qui se déroule, lui, lors de la Grande Guerre – mais jamais auparavant, une œuvre n’avait été aussi loin dans le propos. En effet, ici, plutôt que de nous proposer une simple intrigue avec des héros que l’on qualifierait d’indigènes au vieux continent, les auteurs ont préféré poser (et répondre) a la question suivante : pourquoi, alors que l’Europe possédait un matériel de base dans sa culture populaire tellement important, les super héros locaux n’ont pas pris ici, le genre, s’il a marché, étant bien évidement celui venu d’outre atlantique ? Et tel est le propos, donc, de La Brigade Chimérique qui, tout au long de six tomes, nous dévoile tout un monde oublier – celui d’avant-guerre, avec toutes ses figures majeures de la culture feuilletonesque européenne – mais aussi et surtout, sur son sort. Œuvre majeure donc, car désormais, on peut dire sans crainte qu’il y a un avant et un après Brigade Chimérique.


Et nous sommes donc maintenant dans l’après avec ce que les amoureux de La Brigade Chimérique espéraient sans trop y croire : la parution, non pas vraiment d’une suite pure et dure – quoi que, on en est pas loin – mais du retour des super héros européens à notre époque, tâche ardue s’il en faut. Car en effet, et je pense ne l’apprendre à personne, si le genre est très populaire sous nos contrées, c’est par le biais de personnages américains avant tout : après tout, que l’on soit fan ou pas, tout le monde connait Superman, Batman, Spider Man, les X Men et les autres. Quant aux productions locales, si l’on met de côté les auteurs britanniques qui, soyons francs, ont surtout travaillé avec du matériel US – franchement, Captain Britain, ce n’est pas trop le top du super héros – c’est le néant, tout simplement. Du coup, et je pense ne pas me tromper en l’affirmant : tout fan de comics et de BD européenne a dut, a un moment ou un autre de sa vie se poser la question suivante, presque vitale : mais ils sont où nos super héros à nous ? Bien évidemment, La Brigade Chimérique y répond, mais cela n’empêche pas que désormais, ce que l’on souhaite, justement, c’est des histoires avec des super héros bien de chez nous, un mélange des genres qui comblera d’aise les amateurs des deux genres – car bon, à part Les Sentinelles, il n’y a pas grand-chose – et ça tombe bien, Masqué est arrivé !


Comme par hasard, qui retrouve-t-on aux commandes ? Un certain Serge Lehman, maitre d’œuvre de La Brigade et qui poursuit donc son travail de sape de nous imposer ses super héros du vieux continent. Et mine de rien, pour toute une génération moins visible que celle des mangas, mais tout aussi présente, celle des Strange, Nova et autres titres cultes, il se pourrait bien que le bougre soit prêt de parvenir à ses fins. En effet, c’est comme un besoin que nous avions en nous depuis longtemps (car oui, j’en fais partie) et franchement, quel bonheur que ce mélange des genres, mais aussi, terrible constat : et dire qu’il aura fallu attendre si longtemps. Bien évidemment, il aura fallu que cette génération, désormais quadra ou plus pour la plus part, ai donné des scénaristes, des dessinateurs et, quoi que l’on dise, plus important encore, des responsables chez les maisons d’édition bel et bien décidés à imposer leurs gouts. Du coup, il se pourrait bien que le genre superhéroique local prenne pied, oh certes, pas de façon aussi spectaculaire que ses « frères » américains ou que les mangas, mais que, petit à petit, ce genre réussisse à percer sa petite place au soleil. Du moins, c’est ce que j’espère. Et en tête de fille, nous avons donc Serge Lehman qui, comme il l’annonçait du temps de La Brigade Chimérique, nous revient aujourd’hui avec Masqué.

Tout d’abord, ce qui ressort avant tout à la lecture de ce premier tome de Masqué, c’est indéniablement le plaisir. Oui, le plaisir de lire une histoire de super héros – quoi que, on ne peut pas dire que ceux-ci soient vraiment présents pour le moment – dans un décor familier ou presque : Paris, ou plutôt, un Paris tentaculaire, une véritable mégalopole qui n’a plus rien à envier à Londres, Tokyo ou New York. Ah, le nom est cité : New York, lieu d’origine de tant d’individus masqués comme si, pour que ceux-ci soient présents, il faudrait que la ville y soit pour quelque chose ? Et d’ailleurs, quand on voit ce Paris là, ce Paris qui a des faux airs de Blade Runner, comment ne pas se dire que c’est justement le cas ? Comme si la ville, devenu donc tentaculaire, était devenue un organisme vivant et qu’il pourrait, désormais, si dérouler certaines choses ? Bien évidemment, je ne vais pas en dévoiler davantage, autant vous laisser le plaisir de la lecture ainsi que votre propre questionnement sur la problématique posée, cependant, il me semble clair que la transformation de Paris soit l’élément déclencheur qu’il manquait à l’apparition – ou plutôt, devrais-je dire, au retour – des super héros. Et donc, dans ce premier tome intitulé Anomalies – vous comprendrez rapidement pour quelle raison – l’on se plait à jongler entre éléments familiers comme le treizième arrondissement, Montmartre, la Tour Eiffel vue de loin, quelques titres de magazines etc. ainsi que, des nouveautés marquantes comme cette place de la Défense qui ne dénoterais pas à Metropolis – la ville de Fritz Lang, pas celle de Superman. Et c’est justement là qu’est la grande force de Masqué : amener le lecteur à accepter, dans un environnement finalement familier ce qu’il a l’habitude de voir par ailleurs. Et sincèrement, ça marche. Tel n’est pas la conclusion d’un fan aveuglé par la lecture toute récente de cette œuvre, mais plutôt celle d’un vieux routard de la bande dessinée – tous genres confondus – et du fantastique en général.


Bien évidemment, Anomalies n’est que le premier tome de la série et, forcément, le propos principal des auteurs, ici, est d’installer leur univers et leurs personnages ; il sera temps par la suite de développer le matériel proposé et de voir où tout cela nous mènera. Mais franchement, je suis assez optimiste quant au devenir de cette série : tant dans son propos, son ambition que par sa qualité et narrative et graphique, il me semble clair que Masqué sera le grand évènement BD de cette année 2012. Et si l’on ajoute à cela le fait qu’un lien est plus qu’évidant avec La Brigade Chimérique – hologramme du Fantôme (Fantomas), ancienne base du Nyctalope occupée, apprend-t-on, jusqu’en 1940, affiche ciné sur Harry Dickson – nul doute que la suite promet bien des révélations. Et d’ailleurs, ça tombe bien, il ne faudra pas attendre trop longtemps pour en savoir plus puisque, comme ce fut le cas avec La Brigade Chimérique, les quatre tomes de Masqué sont prévus pour paraitre en moins d’un an. Si ce n’est pas une bonne nouvelle ça !?

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Ca donne envie... par contre, pas un mot sur le dessinateur ?

Feanor a dit…

C'est ce que l'on appelle l'effet Feanor qui écrit, écrit, et en oublie la moitié !!!
Pour ce qui est des dessins, du coup, je m'y attarderais davantage pour le tome deux, mais disons (rapidement) que le sieur Stéphane Créty (l'artiste) se débrouille plutôt bien et nous propose là un boulot que je qualifierai de correct, voir même de assez bon par moments. Ses dessins collent assez bien a l'ambiance générale de l'oeuvre même si j'ai préféré ses décors dans lesquels il excelle qu'aux personnages. Mais bon, ce n'est que mon avis.

Lord Orkan Von Deck a dit…

Malgré "l'effet féanor", je suis complètement conquis ! En tout cas, tu utilises tous les arguments pour me convaincre !
Je suis pressé de lire cette série, et pour tout te dire, je crois que tu connais assez bien mes gouts. J'attends de savoir si j'ai gagné le concours organisé par Lelf sur imaginelf.
En tout cas, ça annonce que du bon.

Et d'ailleurs, j'ai du scoop pour toi : L'Atalante va sortir une intégrale de la brigade chimérique et va sortir un spin off sur l'homme truqué (qui se passe en 1919). Que du bon !

@+ pollux !

Feanor a dit…

Oui, je me doutais bien que ça te plairait et j'ai hâte de lire ta future critique pour voir ce que tu en penses.
Un spin off de prévu??? Ça c'est de la bonne nouvelle !!!

Orkan Von Deck a dit…

http://www.imaginelf.com/2012/02/resultats-concours-delcourt-masque-tome-1/


Yes ! Yes ! Yeeeeeeeeees !!!
^^

Feanor a dit…

Et bien, et bien, mes sincères félicitations !!!
C'est tout de même incroyable, tous les gens que je connais, a un moment ou un autre, gagnent un concours, gagnent aux jeux etc. Et mois, rien, mais alors rien du tout. Je pense aller voir un marabout ;)

Orkan Von Deck a dit…

J'ai longtemps était comme toi. Mais je crois que j'ai pris ma revanche sur les temps anciens où le sort s'acharnait sur moi

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