mardi 6 mars 2012

LES CANTOS D'HYPERION : HYPERION



LES CANTOS D'HYPERION : HYPERION

Quand les sept pèlerins se posent à Hypérion, le port spatial offre un grand spectacle de fin du monde. Des millions de personnes s'entassent derrière les grilles : les habitants de la planète sont sûrs que le Gritche va venir les prendre et ils veulent fuir. Mais l'Hégémonie ne veut rien savoir : une guerre s'annonce et les routes du ciel doivent être dégagées. Et tout ce que le gouvernement a trouvé, c'est d'envoyer les sept pèlerins. La présidente le leur a dit d'emblée : « Il est essentiel que les secrets des Tombeaux du Temps soient percés. C'est notre dernière chance. » Mais les pèlerins n'y comprennent rien : c'est tout simple, ils ne se connaissent même pas entre eux ! Heureusement, le voyage leur permettra de se rapprocher. Chacun raconte son histoire, et l'on s'aperçoit vite que nul n'a été pris au hasard. Celui qui a fait la sélection, au fils des confidences, paraît bien avoir fait preuve de lucidité... diabolique. Et d'une cruauté... raffinée !


Si j’avais débuté Le Journal de Feanor quelques mois plus tôt, ce qui, objectivement et avec du recul, aurait été possible, par exemple, en septembre 2007, nul doute que, soit je ne serais pas en train d’écrire cette critique aujourd’hui, ou bien, celle-ci étant déjà paru, la referais-je – après tout, mes premiers pas dans le petit monde merveilleux des blogs étaient encore alors plus qu’hasardeux lors de ma première année. Car, si la toute première critique d’un roman de SF-Fantasy fut consacrée, en février 2008 à ce petit bijou qu’est Perdido Street Station, quelques temps avant que je ne crée ce Le Journal de Feanor, j’avais conclu la lecture de ce qui restera comme étant l’un des plus grands cycles de Science-Fiction, si ce n’est le meilleur, qu’il m’ai été donné de lire, je veux bien évidement parler des Cantos d’Hypérion, de Dan Simmons. Ainsi, depuis quatre longues années, ce blog attendait que je me replonge dans ce qui est à mes yeux un chef d’œuvre absolu, une œuvre magistrale – oui, rien que ça – et plus les années se succédaient, plus j’avais envie de la relire. Bien évidemment, ce ne fut pas pour tout de suite, et quelque part, lorsque je relis mes premières critiques, ce n’est pas plus mal, mais ce qui était certain, c’est que, tôt ou tard, il fallait que je replonge dans l’univers crée de main de maitre par Dan Simmons. Pour être franc, je n’ai pas toujours été sympa avec celui-ci (pour rappel, voir Le chant de Kali dont la critique date de juin 2009), mais aujourd’hui, que ses amateurs se rassurent, je ne chanterais que ses louanges. Et sincèrement, c’est mérité.


Car force est de constater que, l’on peut aimer ou détester le sieur Dan Simmons mais il y a au moins une chose sur laquelle tout le monde, ou presque, est d’accord, c’est la place qu’occupe Les Cantos d’Hypérion dans son œuvre : tout simplement la première. Après, on peut aimer ou non, mais si l’Histoire de la littérature fantastique ne devait retenir qu’un seul titre parmi les nombreux écrits par Simmons, cela serait celui-ci ; qui, au demeurant, est un cycle en quatre volumes : Les Cantos d’Hypérion, qui se décomposent entre Hypérion (qui nous préoccupe aujourd’hui) et La chute d’Hypérion, puis, par la suite, s’est vu affublé d’une suite, pas forcément apprécier par tout le monde, Endymion et L’éveil d’Endymion. Œuvre colossale et archi-connue depuis sa parution il y a un peu plus de vingt ans, Les Cantos d’Hypérion, moult fois récompensés, ont très longtemps trôné tout en haut des divers classements SF parmi les amateurs du genre et connu un succès important. Bien évidemment, c’était une autre époque déjà, cela se passait avant l’adaptation au cinéma du Seigneur des Anneaux, qui entraina un regain d’intérêt pour la Fantasy, reléguant la SF au second plan, et depuis, ça ne s’est pas arrangé, la mode étant aux petites histoires de vampires pour adolescentes, alors, forcément, un titre comme Les Cantos d’Hypérion, s’il n’est pas complétement oublié, n’a plus, depuis longtemps, les faveurs d’un public plus jeune et possédant d’autres centres d’intérêts et d’autres œuvres cultes.

Et si une telle chose peut, au regard de l’immense qualité de cette œuvre, paraitre comme fortement dommageable – car bon, que voulez-vous, quand on aime à ce point une œuvre, on souhaiterait que le plus grand nombre la découvre – et si l’on peut pester indéfiniment contre ses effets de mode parfois stupides, rien ne dit que, dans l’avenir, Les Cantos d’Hypérion ne retrouvent la place qu’ils méritent, c’est-à-dire, l’une des toutes premières – personnellement, pour ce qui est de la SF pur et dur, je ne vois que Fondation qui puisse véritablement rivaliser avec ce classique de Dan Simmons. Mais dans le fond, tout cela importe peu, et il est temps, véritablement, de s’intéresser au premier volume de cette œuvre, je veux bien entendu parler d’Hypérion.

Même si les éditions Pocket ont toujours eu la curieuse habitude de séparer chaque volume du cycle en deux (hum, cela serait pour des raisons financières ? Les petits canaillous !), que l’on ne se trompe pas, Hypérion I et Hypérion II, tels qu’ils sont présentés, ne forment en fait qu’un seul volume, le premier donc du cycle, Hypérion. Ceci étant dit, car j’aime bien aller au fond des choses et expliquer ce genre de détails insignifiants pour le commun des mortels qui s’en moquent comme de leur première chemise, dans ce premier volume des Cantos d’Hypérion, Dan Simmons nous entraine très loin dans le futur (ce qui, accessoirement, est toujours une bonne chose, cela évite de passer pour un con quand l’action se déroule 20 ans après la parution du roman et, qu’entre temps, le lecteur ait dépasser cette date, le contenu apparaissant, la plus part du temps, ringard), en une époque où l’humanité, forcée de quitter la Terre, à créer un véritable Empire Galactique et à coloniser une multitudes de mondes. Certes, tout cela n’a pas l’air franchement original mais la grande force de Simmons, justement, c’est d’utiliser tous les poncifs du genre, de les assembler dans un délicieux mélange et de les sublimer de façon plus que réussie. Mais cette domination humaine est bien plus fragile qu’il n’y parait puisque, d’un côté, il y a les Extros, descendants de terriens ayant, au fil des siècles, appris à évoluer dans l’espace, et véritable Némésis de la civilisation humaine, et, de l’autre, les Intelligences Artificielles (ou IA pour les intimes), qui, de leur étrange et mystérieux Technocentre, « conseillent » et « guident » les humains qui, en fait, leur doivent tout, ou presque. Et c’est sur la lointaine planète Hypérion, un monde étrange aux confins du Retz et où les premiers colons ont découvert des édifices monumentaux et inexplicables qui viennent du futur, allant à l’envers du temps, que va se dérouler le récit : en effet, ceux-ci vont bientôt s’ouvrir et cela semble intéresser à la fois les Extros, prêts a envahir Hypérion, mais aussi les IA, dont certains d’entre eux ne semblent pas vraiment porter l’humanité dans leurs cœurs, du coup, le seul moyen trouvé par les dirigeants humains est d’envoyer… sept hommes et femmes, sept pèlerins, participer au pèlerinage gritchèque, un curieux culte qui loue les louanges d’une étrange créature métallique, le Gritche, tueur implacable et insaisissable qui vit sur Hypérion. Tout cela semble insensé ? En fait, et comme on le verra par la suite, pas vraiment puisque tout, en fait, est lié, mais le postulat de base est posé, et franchement, il est excellent.

La première fois que j’ai lu Hypérion, j’ai été frappé par la structure de celui-ci et je dois avouer que je m’attendais à tout sauf à cela : en effet, dans ce premier volume, si Dan Simmons nous narre bien entendu le cheminement des sept pèlerins jusqu’aux Tombeaux du Temps, la quasi majeure du texte est consacrée aux récits de ceux-ci ; ainsi, sur environ six cent pages, le lecteur va découvrir le passé du Père Hoyt et de son cruciforme de résurrection (l’un de mes passages préférés), la quête d’une femme énigmatique, par le plus grand soldat du Retz, Fedmahn Kassad, l’œuvre inachevée, les fameux Cantos, du souvent détestable et tout le temps torché, poète, Martin Silenus, le terrible drame personnel de Sol Weintraub et de sa fille qui rajeunie au lieu de vieillir et qui n’en a plus que pour quelques jours (avant de ???), les mystères qui entourent la Voix de l’Arbre authentique, Het Masteen le templier, l’histoire d’amour entre une femme détective, la pétillante Brawne Lamia, et un cyborg du Technocentre, constitué des souvenirs d’un poète anglais, John Keats (personnage réel qui, pour la petite histoire, écrivit une œuvre intitulé… Hypérion) ainsi que le mystérieux passé du Consul, dont la planète fut, autrefois, annexée par l’Hégémonie avec tout le mal que cela entraina pour les locaux. Et du coup, si le lecteur s’attendait à un habituel  et finalement banal récit de SF comme tant d’autres, à la place, il en a six (car un pèlerin ne racontera pas le sien), tous aussi passionnants les uns que les autres, variés, formidables miroirs des multiples genres de la Science-Fiction et qui, chacun à leur manière, apportent une pierre à l’édifice final : celui de la compréhension de la place de ces pèlerins sur Hypérion. Alors, chaque lecteur aura ses préférences suivant les récits, et, pour moi, ceux du prêtre et de Sol Weintraub furent ceux qui me captivèrent le plus ; mais attention, les autres sont tout aussi bons et apportent chacun une pierre importante a la qualité de l’ensemble.


Bien évidemment, je reconnais que cette façon de faire, ce choix narratif, finalement assez étonnant pour ne pas dire osé, a plus en étonner, voir surprendre plus d’un ; d’ailleurs, probablement que ce fut l’une des raisons qui firent que certains n’ont jamais accroché a Hypérion : entre cet assemblage de récits hétéroclites, la complexité de l’ensemble mais aussi, ne le nions pas, le fait qu’il ne se passe pas grand-chose (l’intrigue ne décollera vraiment que dans la suite, La chute d’Hypérion), je conçois qu’il n’est pas évidant d’accrocher a Hypérion. Mais si c’est le cas, alors là, quel bonheur : entre des récits captivants, des personnages hauts en couleur auquel l’on s’attache très vite, un ton intimiste d’où ressort une certaine tristesse mais aussi, ne l’oublions pas, un univers futuriste d’une crédibilité étonnante après coup avec l’infosphère  – Internet, en 1989, était à mille lieux de ce qu’il est aujourd’hui, hors, Simmons nous en donne une version acceptable et améliorée de ce qu’il pourrait devenir – des voyages spatiaux et un déficit de temps d’une logique implacable et une dépendance humaine envers les machines plausible, on ne peut que constater, lorsque l’on arrive à la dernière page du roman, que Dan Simmons nous a pondu là un sacré chef d’œuvre, l’un de ses livres rares qui ne sortent qu’une fois, ou presque, par décennie. Mais bien entendu, aussi excellent qu’est Hypérion, celui-ci n’est que le premier volume d’un cycle et je reviendrais donc dessus, du coup, je vous donne donc rendez-vous, bientôt je l’espère, pour voir si la suite est à la hauteur et, quelque chose me dit (mon petit doigt) que cela sera le cas !

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