dimanche 27 mai 2012

Les Cahiers de Science & Vie n°129 : Astronomie : Quand l'homme invente l'Univers



Nul ne doute que, depuis que je vous propose sur ce blog, ce que l’on peut appeler des « critiques » des revues que je lis, l’une de celles qui revient le plus souvent, et sur laquelle j’use des termes les plus élogieux, est sans discussion possible Les Cahiers de Science & Vie. Ainsi, ce bimestriel, qui lors de chaque numéro, nous propose un sujet à chaque fois différent (ce qui n’est pas le cas, par exemple, de la Nouvelle Revue de l’Histoire), brille indéniablement par la qualité de ses articles, son ton, particulièrement abordable pour le profane, ainsi que par la mine de connaissances à disposition du lecteur : au moins, avec Les Cahiers de Science & Vie, nous n’avons jamais le sentiment de gâcher notre argent, ce qui n’est pas toujours le cas par ailleurs. Et donc, aujourd’hui, c’est du dernier numéro en date de la série que je vais vous entretenir : le cent vingt neuvième.

Les Cahiers de Science & Vie n°129 : Astronomie : Quand l'homme invente l'Univers
Mai 2012

Astronomie : Quand l'homme invente l'Univers
- Edito : Les Cahiers font peau neuve
- Cadrage : Raconter le ciel
- Variations sur l'origine du monde
- Quand l'homme a peuplé le firmament
- Variations sur la fin du monde
- Interview : « La voûte céleste était hier l'affaire des puissants comme des plus humbles » de Yaël Nazé
- Découvrir le ciel
- Sous le ciel étoilé de Cro-Magnon
- Un ciel de fer et de bronze
- Avant l'âge du bronze
- Le ciel, miroir de l'Empire chinois
- L'harmonie amérindienne du monde
- Mettre en ordre le ciel
- Mésopotamie : Ils ont quadrillé le ciel
- Egypte : Ils ont mis l'astronomie au service du temps
- Grèce : Un monde de sphères
- Mayas : L'Univers dans la roue du temps
- Inde : Modernité mathématique et tradition védique
- Arabes, Persans... : Une nouvelle géométrie de l'Univers
- Europe : La Terre fait sa révolution
- Utiliser et transmettre le ciel
- Cabinet de curiosités
- Et les marins ont regardé les étoiles
- Astronomie-astrologie : un ciel pour deux
- Interview : « L'immensité du ciel est la condition fondamentale de notre existence » d’Hubert Reeves

Avant d’aborder le vif du sujet, ce cent vingt neuvième numéro, comme l’indique la couverture et comme nous l’explique son édito apporte bien des modifications à cette revue ; en effet, les changements sont de mises pour ce numéro de mai des Cahiers de Science & Vie : avec une revue plus grande, qui possède plus de pages et d’illustrations, nul ne doute que ces quelques changements plairont aux fidèles de la revue. Mais le meilleur est pour la fin, comme souvent : en effet, plutôt que de paraitre tous les deux mois, comme auparavant, désormais, les Cahiers tout beaux tous neufs sortirons toutes les six semaines, ce qui, sur une année, nous donnera huit numéros au lieu de six. Personnellement, je ne peux que me réjouir d’une telle décision éditoriale. Cependant, pour ce qui est de l’augmentation de la taille de la revue, cela me gêne un peu puisque désormais, les nouveaux numéros dénoteront avec les anciens dans ma bibliothèque, mais bon, quelque part, rien de dramatique en soi non plus.

Mais il est temps, après tout, de nous intéresser au contenu de ce numéro de mai des Cahiers de Science & Vie ; c’est le principal, non ? Eh bien, quelque part, je trouve que celui-ci est parfaitement représentatif de ce que je pense de cette revue : en effet, en partant d’un sujet peu commun : l’observation du ciel par l’homme au fil de sa longue histoire, et qui, je dois le reconnaitre, m’intéresse mais n’est pas non plus mon sujet de prédilection, je me suis surpris, au fil des pages, et par le biais d’articles à la fois bien écrits et captivants, à me passionner par le sujet, ce qui n’était pas forcément gagner au départ. Bien entendu, la première partie du dossier, consacrée aux visions du ciel par les hommes préhistoriques et les premières civilisations m’aura davantage captivé que la suite, bien mieux connue, mais même ainsi, dans l’ensemble, je ne me suis jamais ennuyer tout au long d’une lecture qui aura eu le mérite de m’apprendre bien des choses sur le sujet, finalement, pas aussi connu qu’on pourrait le penser de prime abord : non, l’exploration et la compréhension de l’espace n’est pas récente dans l’histoire humaine, et oui, tant les anciens que d’autres civilisations non européenne ont fait énormément pour nos connaissances actuelles. Bref, pas forcément le meilleur que j’ai lu, sujet du dossier oblige, mais sans nul doute, un bon numéro des Cahiers de Science & Vie qui mérite amplement qu’on s’y attarde. 

dimanche 20 mai 2012

LES CANTOS D’HYPÉRION : L’ÉVEIL D’ENDYMION



LES CANTOS D’HYPÉRION : L’ÉVEIL D’ENDYMION

Enée a seize ans. Elle vient de passer quatre ans sur la Terre, kidnappée. Des années consacrées à l'étude avant de rebondir. Ses adversaires sont neutralisés pour le moment : le père de Soya exerce son ministère sur le monde désertique de Madre de Dios; Némès, la chose vivante, est restée fondue sur une roche du Bosquet de Dieu. Mais la Pax lance une nouvelle croisade : la solution finale au problème des Extros ? Et tous reprennent du service pour leurs causes respectives. Mais leurs fins gardent une bonne partie de leur mystère : Enée est-elle vraiment un virus nanotech envoyé pour contaminer l'humanité ? Et le Gritche, qui le manipule ? Quant à Endymion, il part pour un long voyage cryogénique au terme duquel il trouvera Enée adulte. Alors sonnera pour lui l'heure de l'éveil.


Indéniablement, ce début d’année 2012 aura été marqué, pour ce qui est de mes lectures, par ce chef d’œuvre absolu de la science-fiction contemporaine que sont Les Cantos d’Hypérion : ainsi, de février à mai – presque quatre mois pour quatre romans, mais il faut dire que je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à mes lectures ces derniers mois – je me suis replonger dans ce que je considère tout bonnement comme étant mon cycle préféré de SF ; replonger car, comme j’ai pu le souligner lors de mes précédentes critiques, j’ai découvert pour la toute première fois l’œuvre de Dan Simmons lors de la rentrée 2007, quelques mois, donc, avant les débuts de ce blog et que, non seulement, ce blog se devait d’avoir la critique de cette œuvre, mais que surtout, l’univers des Cantos me manquait trop. Ainsi, entre le diptyque Hypérion et La chute d’Hypérion, puis Endymion, suite écrite quelques années plus tard, vous avez put – si vous suivez habituellement ce blog – découvrir tout le bien que je pensais de cette œuvre, et il est donc temps, désormais, de finir en beauté avec l’ultime volet de la saga : L’éveil d’Endymion.

Nul doute que, comme je l’avais signaler lors de ma précédente critique, que les fans de la première heure, ceux qui ont découvert les Cantos lors de leurs parutions, il y a de cela deux décennies, auront été troublés par, non seulement, la volonté de Dan Simmons d’écrire une suite à ce que beaucoup considèrent comme un chef d’œuvre, mais aussi et surtout, par la remise en cause, à la fois narrative que scénaristique, qu’apporta ces fameux Voyages d’Endymion. En effet, ce qui ressort avant toute chose de ces deux romans est la volonté affichée de l’auteur de remettre, bien entendu, en cause nos certitudes, de bousculer nos croyances sur les dires des Cantos, mais aussi, de donner un formidable coup de pied dans la fourmilière en niant, quelque part, certains des acquis de ceux-ci. Du coup, le lecteur, encore émerveiller par le final grandiose de La chute d’Hypérion aura forcément été troublé par ce qu’il découvre par la suite : non pas le fait que l’Eglise, devenue toute puissante, domine l’ancien Retz et que leurs dirigeants soient loin d’être des saints, mais davantage par le fait que l’on s’aperçoive que certains dires des Cantos soient annoncés comme mensongés, que des protagonistes refassent leur apparition comme si de rien n’était (euh, il était pas censé être mort lui ?) et même, qu’en une ou deux occasions, Dan Simmons, pourtant vigilant, ne se soit un peu embrouiller les pinceaux – exemple tout bête avec les dauphins d’Aliance Mui, présentés comme disparus et qui, dans Endymion, sont encore bien en vie !? Du coup, le trouble des lecteurs – et je m’inscris dedans – aura été compréhensible, comme le fait que, pour certains, le sentiment qui prédomine avant toute chose aura été, la déception.

Pourtant, malgré tout, Dan Simmons savait parfaitement ce qu’il faisait en replongeant dans l’univers des Cantos et ses modifications, ses choix, aussi déroutant puissent-ils paraitre de prime abord, sont parfaitement justifiés et compréhensibles lorsque l’on regarde l’œuvre dans son intégralité. Et si, dans Endymion, l’auteur, en nous présentant de nouveaux protagonistes dans cet univers post-Retz, nous avait enchantés de la plus belle des manières avec cette fameuse fuite en radeau (et oui) d’Enée et compagnie à travers les anciens mondes de l’Hégémonie, L’éveil d’Endymion vient clôturer de la plus belle des façons ce qu’il faut bien appeler comme étant un pur chef d’œuvre. Dans un style, encore une fois différent (chapeau franchement, quatre tomes pour ce cycle, quatre genres narratifs), Dan Simmons va encore plus loin, poussant ses idées a un point presque inimaginable, parfois osé mais qui, aussi surprenant que cela puisse paraitre, fonctionne parfaitement. Ainsi, dans cet ultime tome de la saga, probablement le plus difficile d’accès pour le simple quidam, les grandes questions métaphysiques sont à l’honneur, avec, d’un côté, Enée, présentée comme le Messie tant attendue et dont le parallèle avec le Christ est plus qu’évidant – ne serais ce que par la fameuse communion partagée, le sang etc. – opposée à une Eglise chrétienne complétement corrompue, à la fois par son alliance avec le Centre, mais aussi par la soif de puissance de ses membres. Mais si le coté christique d’Enée ne peut être nié, ce qui ressort le plus, ce sont les éléments philosophiques et religieux de l’extrême orient, cette pensée bouddhique et zen qui se conçoit parfaitement quand on connait un tant soit peu la génération de Simmons et ses propres gouts personnels. Et a cette Église chrétienne définitivement corrompue – mais pour ce qui est de ses dirigeants, pas forcément de ses membres – par une quasi-immortalité offerte par le cruciforme et qui ne vie que dans le statu quo, Simmons nous propose, par le biais de l’enseignement d’Enée, une autre façon à la fois de vivre et d’accepter la mort ; le crédo principal de tout cela étant qu’une vie courte mais vécu est préférable à l’immortalité parasitaire du cruciforme. Immobilisme d’un côté avec refus d’évolution, changement de l’autre avec choix personnel du libre arbitre – le fameux discours d’Enée : « refaites votre choix », y compris, garder le cruciforme – cet Eveil d’Endymion conclut la saga d’une façon certes étonnantes mais tout bonnement magistrale.


Et si certains auront pu tiquer vis-à-vis d’une certaine exagération narrative – après tout, nous avons là des humains qui peuvent se déplacer d’un point à l’autre de l’univers par leur seule volonté – ou sur le côté décidément peu héroïque d’un Raul Endymion – vaincu par un simple… calcul rénal – je ne peux m’empêcher de me dire que, au sujet de ce dernier, justement, ce qui fait toute la force du personnage, c’est justement sa grande faiblesse : non, Endymion n’est pas un héros au sens propre du terme, c’est juste un homme comme vous et moi, avec ses forces et ses faiblesses, ses craintes, ses espoirs et ses défauts, et c’est cela qui le rend tellement attachant à mes yeux, tellement… humain. Humains, de par leurs grandeur d’âme – comme le Père Capitaine De Soya – ou leurs mesquineries – Lourdusamy –, les protagonistes de cet Eveil d’Endymion le sont tous, et même un personnage comme Enée, malgré sa force de volonté devant son destin connu à l’avance et ses pouvoirs n’apparait pas comme une espèce de surhomme – les seuls qui l’étant vraiment étant les aberrations crées par le Centre comme Rhadamanthe Némès. Au final, L’éveil d’Endymion, formidable message d’espoir pour l’humanité et magnifique histoire d’amour entre Raul et Enée, entre passages philosophiques parfois un peu ardus d’accès et moments plus intimes, entre joies et tristesses, ses personnages hauts en couleurs, son ode à la vie, au changement, au libre arbitre et son coté écologique parfaitement assumé est une conclusion tout bonnement parfaite de ce qui est l’un des plus grands cycles de science-fiction de l’histoire du genre, une œuvre un peu oubliée de nos jours, pas forcément simple d’accès, mais qui s’inscrit au panthéon des chefs d’œuvre du genre, je veux bien évidement parler des Cantos d’Hypérion

samedi 19 mai 2012

X-MEN 2



X-MEN 2

Toujours considérés comme des monstres par une société qui les rejette, les mutants sont une nouvelle fois au centre des débats alors qu'un crime effroyable commis par l'un d'eux relance la polémique autour de l'Acte d'Enregistrement des Mutants et le mouvement anti-mutants, dirigé par l'ancien militaire William Stryker. Quand ce dernier lance une attaque contre l'école de mutants du Professeur Charles Xavier, les X-Men se préparent à une guerre sans merci pour leurs survies, aidées de Magnéto, récemment évadé de sa cellule de plastique. Parallèlement, Wolverine enquête sur son mystérieux passé, auquel Stryker, dont on dit qu'il a mené de nombreuses expériences sur les mutants, ne serait pas étranger...


Il est parfois étonnant de se rendre compte à quel point nos propres gouts et opinions, avec le temps, peuvent, non seulement changer, mais qui plus, changer quasiment du tout au tout. Bien évidemment, à bientôt trente-huit ans, je ne suis pas la même personne qu’adolescent, mais si devenir adulte est une chose, si notre cœur tellement révolutionnaire a vingt ans, l’est beaucoup moins quand viennent les responsabilités familiales et professionnelles, d’autres changements peuvent survenir par la suite, dont certains, assez étonnants. Prenez donc X-Men 2, seconde adaptation du célèbre comics américain : lors de sa sortie dans les salles, en 2003, j’avais fortement apprécier ce film – certes, pas au point que je le considère comme un chef d’œuvre du septième art, loin de là, mais tout de même, à mes yeux, il y a neuf ans (comme le temps passe vite, c’est fou !), X-Men 2 était, dans la lignée de son prédécesseur, un bon film. Or, telle ne fut pas ma surprise en me rendant compte, jeudi soir, alors que je le revoyais pour la toute première fois depuis… oh, une éternité au moins, que mon opinion à son sujet avait considérablement changé, au point que qualifier cette adaptation de « bon film » m’est tout simplement, au jour d’aujourd’hui, impossible.

Certes, les gouts et les couleurs changent avec le temps, mais bon, quel contraste en neuf ans tout de même ! Une explication à ce constat ? En fait, il doit en avoir quelques-unes : tout d’abord, et la principale à mes yeux, en 2003, j’étais alors en plein revival comics, état de fait qui atteignit son point d’orgue deux ans plus tard (ah, le bon vieux temps de Royaume X-Men, forum depuis disparu) et qui pris fin, un peu pour raisons économiques mais aussi par lassitude, en 2009. Du coup, lorsque sortirent sur les écrans les deux premières adaptations de ce qui fut toujours ma BD de super héros préférés, je veux bien évidement parler des X-Men, c’était un peu comme un rêve d’enfant qui se réalisait – certes, je n’étais pas aussi enthousiaste et émerveiller que je pus l’être avec Le Seigneur des Anneaux, mais suffisamment, en tout cas, pour fortement apprécier la chose. Autre explication à mon changement d’avis sur ce film : le fait que, plus les années s’écoulent et plus je suis critique vis-à-vis de certaines œuvres qui me plaisaient autrefois. Ainsi, à force de m’être ouvert à d’autres genres, d’apprécier certains films que je n’osais pas voir autrefois mais aussi de murir dans mes gouts fait que, désormais, ce genre de films à grand spectacle comme peut l’être ce X-Men 2, a beaucoup plus de mal à trouver grâce à mes yeux. Si encore, à la base, il s’agissait d’un bon film, nul doute que mon opinion n’aurait pas changer ; mais passé l’enthousiasme de la découverte d’il y a une décennie, et franchement, il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent.


Pourtant, et en toute objectivité, X-Men 2 n’est pas dénué d’intérêt : en tant qu’adaptation pure et dure de la bande dessinée, il était difficile (mais pas impossible) de faire mieux et sur ce point, sachons rendre a Bryan Singer ce qui lui appartient, c’est-à-dire, qu’il a su retranscrire au mieux sur grand écran tout un pan de la culture nord-américaine – si, si, je n’exagère pas si l’on se souvient de l’importance des enfants de l’atome dans les années 80/90. Ensuite, j’ai toujours trouvé que les acteurs choisis pour représenter nos héros sont assez crédibles : que ce soit Patrick Stewart en Professeur Xavier – rôle qui lui était promis depuis des lustres – Ian McKellen, tout bonnement parfait en Magnéto (comme ce fut le cas en Gandalf, par ailleurs), apportant a celui-ci une petite touche d’humour qui lui va assez bien, mais aussi Halle Berry finalement crédible en Tornade voir même Hugh Jackman dont le seul défaut, en tant que Wolverine, est d’être trop grand – pour la petite histoire, notre mutant griffu est tout petit, comme Sarkozy, et dans la BD, un Cyclope, par exemple, le dépasse de plusieurs têtes, or, ici, ce n’est pas vraiment le cas – ce n’est pas vraiment sur ce point que ce film pourra être attaquer. Ajoutons à cela quelques scènes tout bonnement réussies – comme celle du début où Diablo attaque la Maison Blanche, un must du genre – et l’on ne peut s’empêcher de se dire qu’à la base, X-Men 2 avait le potentiel pour marquer son temps.


Pourtant, en le revoyant de nouveau, ce jeudi soir, j’ai eu énormément de mal à comprendre ce qui avait bien put me plaire neuf années auparavant ? Ainsi, entre un scénario finalement pas aussi réussi que dans mes souvenirs et qui flirte parfois allègrement avec celui d’une série B, certaines scènes franchement très limites – comme celle où les X-Men vont voir le président des Etats Unis et franchement, se la pètent tellement qu’ils en deviennent risible – mais aussi une impression générale de fouillis où l’on sent que le sieur Singer a voulu tellement faire plus fort que dans le premier film qu’il s’est cru obliger de multiplier les clins d’œil et les personnages inutiles, les scènes pas crédibles – oh les gars, la demeure des X-Men attaquer par des truffions de l’armée, vous y croyez une seule seconde a ça ? – et la multiplication des scènes d’action qui font que tout cela ressemble plus à une compilation de bagarres (neuf fois sur dix, avec Wolverine impliquer dedans) et de démonstration d’effets spéciaux spectaculaires qu’a un véritable film, il m’est difficile de considérer cet X-Men 2 comme un véritable bon film. Les défauts, hélas, étant bien trop nombreux pour qu’il le mérite.


Ainsi va la vie : les temps changent, les années passent et nos opinions ne sont plus les mêmes. Du coup, laissez s’écouler presque une décennie, murissez un peu et vous ne verrez plus que défauts là ou, autrefois, vous vous extasiez. Bien évidemment, dès le départ, cette seconde adaptation des X-Men au cinéma n’était qu’un film d’actions à grand spectacle avant toute chose destiné aux fans – et à en trouver de nouveaux, ce qui fut le cas accessoirement. Et dans le genre qu’il représente, c’est-à-dire, les films de super héros, il n’est pas si mauvais en soit, bien au contraire. Après, quand on parle de cinéma, de véritable cinéma, c’est une toute autre paire de manches, et là, franchement, sortez X-Men 2 de sa catégorie et il ne tient plus du tout la route. 

mardi 15 mai 2012

LE BAL DES VAMPIRES



LE BAL DES VAMPIRES

Le professeur Abronsius, un savant de l'université de Koenigsberg, spécialiste en vampires et en vampirisme, parcourt l'Europe centrale à la recherche de ces créatures, en compagnie de son jeune assistant, Alfred. Leur quête les conduit au fin fond de la Transylvanie subcarpathique. Les deux hommes font halte dans un village, à l'auberge juive de Shagal, où ils emménagent dans une chambre du second étage, communiquant avec une salle d'eau. Abronsius croit qu'il y a des vampires dans le coin ; les gousses d'ail installées un peu partout dans l'auberge semblent le prouver. Quant à Alfred, il est plus intéressé par Sarah, la fille de l'aubergiste, qui adore prendre des bains dans la pièce adjacente. Le lendemain, Sarah est enlevée dans sa baignoire par le comte von Krolock. Alfred en est témoin car il regardait par le trou de la serrure. Shagal part aussitôt au secours de sa fille. Les paysans le retrouvent un peu plus tard, mort et avec des traces de morsures.


Il y a quelques semaines à peine, le 29 février dernier pour être précis (j’ai pourtant l’impression que c’était il y a une éternité), je publiais sur ce blog la critique de Rosemary’s Baby, véritable petit bijou du célèbre réalisateur, Roman Polanski, personnalité à la fois géniale et critiquable dont j’ai quelques fois eu l’occasion de vous parler au cours de ces dernières années. Lors de cette critique, je signalais le fait que, jusqu’alors, je n’avais jamais eu l’occasion de vous parler d’une œuvre du réalisateur d’origine polonaise, ce qui, au vu de sa filmographie, était presque une aberration ; et c’est donc, presque coup sur coup que je répare cet état de fait, ce qui, au vu du talent, que je ne conteste pas, du monsieur, est assez mérité. Et donc, aujourd’hui, c’est vers une autre œuvre ancienne de Roman Polanski que je me tourne avec ce qui est, à mes yeux, l’un de ses films que je préfère : Le bal des vampires.

Le hasard aura fait que, après avoir abordé le cas Dracula hier, un autre film ayant pour protagonistes principaux des vampires soit de nouveau à l’honneur ; rien de prémédité dans cela, simplement ce que j’appellerais les joies du hasard qui, comme chacun le sait, fait souvent bien les choses. Quoi qu’il en soit, si vous n’avez jamais entendu parler du Bal des vampires, sachez que celui-ci n’a pas grand-chose à voir avec une œuvre comme Dracula, bien entendu, voir même avec la plupart des films vampiriques ; enfin, pas directement. Car avant toute chose, Le bal des vampires est une parodie du genre, un film qui utilise à merveille tous les poncifs du genre – et là, l’amateur de films d’horreurs gothiques sera en terrain connu – et qui les réutilise de façon à faire rire le spectateur. Ici, et sans tomber dans le grand guignolesque comme ce put l’être le cas dans bon nombre de parodies, Roman Polanski use et abuse de tout l’attirail qui a fait la renommée du genre : sombre château perdu dans la montagne, village proche avec ses habitants peu loquaces, serviteur bossu (qui aurait pu se prénommer Igor), maitre du château qui est forcément Comte et en tenue d’apparat (costume noir, cape rouge), victimes forcément plantureuses, comme adversaire du Vampire, un spécialiste de la chose, sans oublier, forcément, tout le matériel anti-vampires comme l’ail, les pieux, le maillet et les crucifix. Sauf que, si la forme est respectée, parodie oblige, l’on s’aperçoit rapidement que tout cela est détourné : entre un vampire juif, un autre sourd voir le fils du Comte, homosexuel notoire, le ton est donné ; ensuite, comment ne pas franchement rigoler en voyant les deux adversaires du comte von Krolock : le professeur Abronsius tient plus d’un Tournesol en pilotage automatique qu’autre chose quand a son serviteur, Alfred – joué par Polanski en personne, non crédité au générique – peureux, obsédé et maladroit, on le voit mal tenir deux minutes faces aux hordes vampiriques qu’il s’apprête à affronter. Et quand on voit le reste du casting comme l’aubergiste, sa femme et leur fille – joué ici par Sharon Tate – qui ne pense qu’à prendre des bains, force est de constater que ce Bal des vampires ne peut qu’être qu’un grand moment de folie.


Et sur ce point, Roman Polanski réussi parfaitement son coup puisque le problème des parodies, c’est que la plus part du temps, celles-ci sont tellement surjouées, tombent tellement dans le grand guignolesque qu’au final, ces œuvres se limitent à des successions de gags qui peuvent certes faire mouche, mais qui ne donnent pas forcément de bons films. Or ici, si le coté humoristique est fortement présent, pour ne pas dire omniprésent, on ne peut que constater que ce Bal des vampires est une petite réussite puisque, si Polanski à souhaiter créer une parodie des films de vampires, il a su respecter le genre de la meilleure des façons et rendre un magnifique hommage aux récits d’épouvantes vampiriques. Mais plus qu’une simple parodie, le réalisateur a tenu à apporter quelques petites modifications en rendant ses protagonistes plus humains, en modifiant l’image des vampires, créatures de la nuit solitaires qui possèdent ici une vie sociale – le fameux « bal » - mais aussi, avec un refus iconoclaste du happy-end pro-humain – à la fin, le genre vampirique va pouvoir quitter son ilot isolé et se propager dans le monde. Brrr, on tremblerait presque si tout cela n’était pas aussi drôle.


Paru en 1967, Le Bal des vampires, aux yeux des plus jeunes, est peut-être une œuvre qui accuse son âge ; personnellement, je trouve que celle-ci a particulièrement bien vieilli, en comparaison avec d’autres films datant de la même époque mais je comprendrais que pour d’autres, cela ne soit pas le cas. Œuvre assez amusante en soit, celle-ci distille un humour qui n’est pas trop lourd, ce qui est une gageure ; certes, certaines scènes cocasses sont parfois limite mais dans l’ensemble, Polanski a su parfaitement maitriser son sujet, empêchant son film de tomber dans le grand guignolesque. Servit qui plus est par un casting parfait comme Ferdy Mayne dans le rôle du comte Von Krolock, Jack MacGowran en professeur Abronsius complétement déjanté, Sharon Tate, sexy en diable dans son bain et même Polanski lui-même, tout simplement parfait dans un rôle de benêt qui lui va comme un gant, force est de constater que ce Bal des Vampires est une belle réussite qui, après moult rediffusions, me procure toujours autant de plaisir. 

lundi 14 mai 2012

LES VACANCES DE DUCOBU



LES VACANCES DE DUCOBU

La cloche sonne et c’est la libération pour l’élève Ducobu : enfin les vacances, loin de Latouche et de ses dictées diaboliques !!! BD, Club Mickey, glaces à gogo... Ducobu a à peine le temps de se réjouir que son père lui annonce un tout autre programme : ils partent avec la famille Gratin. Avec Léonie et sa mère, c’est plutôt réveil aux aurores, musées et révisions. Et pour couronner le tout... Ducobu tombe sur Latouche et Mademoiselle Rateau venus eux aussi en vacances au camping. Le Cauchemar !!! Heureusement le hasard met sur son chemin une carte mystérieuse. Grâce à son ingéniosité, Ducobu en décode l’énigme et se lance à la recherche d’un trésor de pirates perdu. Le roi de la triche devient le roi de l’aventure et les vraies vacances peuvent commencer !


Lors de ma toute dernière critique, je semblais avoir atteint le fond du trou avec cette parodie pas toujours drôle de James Bond intitulé Johnny English, or, comme je le laissais sous-entendre, j’ai réussi à faire bien pire puisque, après l’humour potache venu d’outre-manche, j’ai creusé encore plus profondément avec ma pelle et je suis tombé sur l’humour familial a la française avec un film dont le titre, a lui seul, est déjà tout un programme : Les vacances de Ducobu ! Et oui, après le succès (euh, cela est relatif) de l’adaptation d’une bande dessinée pour enfants, voici que les producteurs de la chose ont décidé, bien malins qu’ils étaient, de surfer très rapidement sur l’effet de mode et de nous sortir rapidement une suite aux aventures d’un gamin pour le moins grassouillet, nul en classe et qui doit se prendre pour Maya l’abeille puisqu’il ne s’habille qu’en jaune et noir. Ne connaissant franchement pas la BD d’où est tiré ce film et ayant eu la chance de ne pas voir le premier, mardi dernier, je me suis laissé entrainer, bien malgré moi, au cinéma, afin d’accompagner les enfants qui eux, étaient plus que ravis – et oui, ceux qui sont parents me comprennent, on ne peut pas toujours regarder ce que l’on veut et pire, on voit souvent ce que l’on ne veut pas voir ! Et comme, de toutes façons, ce film leur était destiné, c’est donc à eux que je laisse la parole :


Alexandre, 9 ans :
Le film, je l’ai adoré parce que Ducobu il fait un peu plein de bêtises surtout là quand il dit en pleine classe « les canailles » pour les habitants de Cannes et je trouve que Latouche il est trop rigolo, un peu hurlant quoi. C’est tout.

Anna, 9 ans :
Moi j’ai bien aimé le film. Ducobu il était marrant avec sa tenue en noir et jaune et Latouche il était bien aussi. Léonie était un peu bizarre avec Ducobu qui faisait n’importe quoi quand ils étaient en train de camper sur la montagne pour chercher le trésor. A chaque fois que Latouche il mimait quelque chose, Ducobu il disait : « c’est le Pource ». La maitresse de musique était bizarre car quand elle enlevait ses lunettes, elle louchait et aussi elle avait un pied plus grand que l’autre. L’animateur il disait toujours « la banane », je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait dire. Quant à la fin ils ont trouvé la statue en or, euh, la statue ressemblait un peu à la tête de Mr Latouche. Le Pource, on voyait bien qu’il était faux car ce n’était pas vraiment comme une vrai tête de cochon donc on voyait que c’était un masque. Voilà.

Rafaël, 5 ans 11 mois :
Moi j’ai aimé le Pource. J’ai aimé aussi Ducobu quand il dit « un Pource qui fait des graffitis ». C’est bon.


Comme vous pouvez le constater, il est évidant qu’ils ont plus qu’apprécier ces fameuses Vacances de Ducobu, ce qui, après tout, est le principal puisque nous sommes allés voir ce film pour eux. Bien évidemment, il y aurait beaucoup à dire sur ce film et surtout sur ses nombreux défauts : scénario quasiment inexistant, personnages stéréotypés au possible, situations convenues, et une ambiance gentillette légèrement énervante. Mais bon, même si je pourrais assez facilement descendre ce film – dans le genre familial, il y a bien mieux – je ne le ferais pas ; parce que mes enfants l’on apprécier ? Oui, il y a de cela et finalement, c’est une raison comme une autre, non ?

JOHNNY ENGLISH



JOHNNY ENGLISH

Dans un monde angoissé, déboussolé, peu d'institutions sont aussi fiables que les services secrets britanniques. Leurs supers agents, leurs réseaux internationaux, leur matériel et leur panoplie high-tech en font l'ultime bastion de l'Honneur, du Devoir et de la Vérité. Informés d'un odieux complot contre les Joyaux de la Couronne, les services secrets mettent sur le coup la crème de la crème des espions de Sa Majesté - leur agent n°1. Mais ce dernier se fait tuer et est promptement rejoint dans l'autre monde par l'élite du Renseignement... La sécurité du pays, l'espoir de venger le contre-espionnage, la protection des Joyaux de la Couronne, symbole immémorial de la grandeur de l'Empire, reposent désormais sur les épaules d'un seul homme : Johnny English. Il ne craint rien et ne comprend rien. Ce n'est pas le meilleur des agents... C'est le seul.


Les derniers films, dont je vous ai proposé les critiques sur ce blog n’étaient pas, avouons-le, n’importe lesquels : ainsi, entre le tout dernier, Dracula, mais aussi le méconnu Le récupérateur de cadavres, le cultissime Rosemary’s Baby et le récent et multi-récompensé The Artist, force est de constater que, comme diraient les djeuns, je vous ai proposé que du lourd, ou presque. Pourtant, il m’est déjà arrivé, dans Le Journal de Feanor, de sortir un peu des rails des bons films, de tomber dans le grand n’importe quoi et d’oser (le verbe me semble parfaitement convenir) vous offrir des critiques d’œuvres qui sont… comment dire… pour le moins contestables, navrantes, pour ne pas dire, franchement nulles. Mais ainsi est fait ce blog : chaque film que je vois se doit de posséder sa propre critique, aussi mauvais soit-il, aussi honteux puisse-t-il être à mes yeux. Pour ne pas l’avoir vraiment fait lors des deux premières années – et accessoirement, pas seulement pour ce qui est des navets – la rubrique Cinéma s’est vu amputée d’au bas mot, au moins vingt critiques, ce qui est, selon moi, énorme. Du coup, comme dans Le Journal de Feanor, on passe souvent du coq à l’âne, il est temps de passer de Dracula a…


Johnny English ! Mon dieu, avec ce film, je pense avoir atteint, pas forcément le fond du trou – car en toute objectivité, il y a bien pire – mais un niveau tellement misérable que quelque part, devoir écrire la critique de cette… chose, en devient gênant. Certes, l’on se doute bien qu’il y a pire, et d’ailleurs, ma prochaine critique Cinéma vous le prouvera de façon magistrale, mais bon, en attendant, il faut se coltiner ce fameux Johnny English et franchement, ce n’est pas aussi facile que vous le pensez. Tout d’abord, vous êtes prévenu : je ne vais pas m’attarder sur ce film : écrire une critique, c’est une chose déjà compliquée, mais que l’on ne me demande pas un investissement conséquent. Tout simplement parce que ce film ne le mérite pas, mais aussi car j’en ai pas la moindre envie. Johnny English, pour ceux qui ne connaitraient pas, c’est une parodie de James Bond avec en tête d’affiche, l’inimitable Rowan Atkinson – ce simple constat, me semble-t-il, est suffisant pour que tout le monde comprenne la teneur de cette… hum, comment dire, œuvre. Et oui, ici, oubliez tous vos soucis, vos prises de têtes, vos problèmes d’argent, le travail et vos petits bobos du quotidien, Johnny English est le parfait antidote a tous vos problèmes, ou presque. Mais attention, si l’humour so british sera présent, si le sieur Rowan Atkinson est égal à lui-même et même si quelques gags vous feront rire, n’attendez pas grand-chose de ce film, ou alors, vous serez terriblement déçus.


Johnny English aurait pu être un film sympathique, il n’y parvient même pas : succession de gags – certains marrants, d’autres assez navrants – qui parodient les films de James Bond, il est, au final, loin d’être à la hauteur de ce que Rowan Atkinson put faire dans le passé – que ce soit avec le célèbre Mr Bean ou dans La vipère noire – très loin même. Certes, on rigole de temps en temps et je dois reconnaitre que deux, trois scènes sont assez amusantes, mais pour le reste, j’ai trouvé que tout cela s’apparentait plus a une longue traversée du désert qu’a autre chose. Pourtant, en règle générale, j’apprécie assez les parodies et je reconnais que je suis assez bon public, mais ici, franchement, ça n’a pas vraiment fonctionné. Bon, rien de grave en soit puisque ce Johnny English m’aura occupé une soirée (c’est toujours mieux qu’un énième reportage sur les cougars ou les mères célibataires), ce qui est déjà pas mal. Et puis, comme de toutes façons, ensuite, j’ai fait bien pire dans mes choix cinématographiques… 

DRACULA



DRACULA

Transylvanie, 1462. Le comte Vlad Dracula, chevalier roumain, part en guerre contre les Turcs en laissant derrière lui sa femme Elizabeta. Cette dernière met fin à ses jours lorsqu'elle apprend la fausse nouvelle de la mort de son bien-aimé. Fou de douleur, Vlad Dracul renie l'Église et déclare vouloir venger la mort de sa princesse damnée à l'aide des pouvoirs obscurs, devenant ainsi un vampire sous le nom de Dracula. Quatre siècles plus tard, en 1897, Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire est envoyé en Transylvanie afin de conclure la vente de l'Abbaye de Carfax à un mystérieux comte qui n'est autre que Dracula. Au moment de la signature finale de la vente, Dracula découvre que Mina, la fiancée de Harker est semblable en tous points à sa défunte épouse Elisabeta. Dracula décide d'aller la retrouver à Londres et se fait transporter sur le Demeter dans des caisses remplies de sa terre natale. Harker, quant à lui, est prisonnier des femmes vampires qui le vident de son sang, le rendant ainsi inapte à s'échapper du château.


Soucieux d’empiler les sous-sous, Universal se lança pendant les années 90 dans une remodernisation des grands mythes qui ont fait la gloire du cinéma de la Hammer dans le passé : Frankenstein, Le loup-garou, L’homme invisible, La momie… et tout d’abord Dracula dont la réalisation est orchestrée par le grand Coppola. Se voulant nettement plus fidèle au roman de Stoker que les autres films dédiés au comte, Bram Stoker’s Dracula (le titre en VO ; celui-ci nous indique bien que pour la première fois, un réalisateur compte s’inspirer fortement de l’œuvre originale, ce qui ne fut jamais le cas auparavant ; en français, le titre est plus sobre et l’on doit se contenter de Dracula) frappe fort avec une publicité et un merchandising limite excessifs, clamant haut et fort son statut de chef-d’œuvre. Ce côté chef-d’œuvre préfabriqué, qui, accessoirement, n’est pas une première dans le cinéma venant d’outre atlantique et qui se poursuit encore de nos jours, a de quoi gêner, surtout à l’époque où je me souviens très bien que le public se scinda en deux de manière assez distincte : ceux qui descendirent l’œuvre de Coppola, la considérant comme un fourre-tout sans saveur et lourdingue, puis d’autres (dont je fais partis, même si je ne peux nier quelques défauts conséquents) la considérant comme une œuvre flamboyante et sensationnelle.


La réalisation de Coppola est, il faut dire, aussi impressionnante que tentaculaire, virevoltant dans tous les sens avec tous les éléments faisant directement la renommée d’un classique hollywoodien : effets spéciaux époustouflants, musique baroque et exacerbée, casting abondamment fourni, scènes d’anthologie, poésie, hémoglobine, érotisme… Un cocktail qui pourrait se montrer comme un peu trop parfait, mais qui n’est pas exempt de défauts. D’ailleurs, étant un grand amateur de l’œuvre, que j’ai dut voir deux ou trois fois au cinéma, lors de sa sortie et amenant avec moi quelques copains, histoire de les rendre aussi fan que moi (la, le résultat fut plus mitigé) et que j’ai, par la suite, en DVD, vu et revu un nombre incalculables de fois, je citerais les défauts les plus cités : Keanu Reeves, surtout, et Anthony Hopkins. Pourquoi ? Le premier, fidèle à lui-même, est tout simplement inexistant et essaye de nous faire croire qu’il est le héros de l’histoire avant de décrocher complètement, l’autre cabotine beaucoup trop pour un rôle se voulant efficace et sobre. C’est dit, c’est fait et maintenant passons à tout autre chose…


Absente dans tous les films mettant en scène le suceur de sang, la vision du conquérant qu’il fut avant que Stoker ne reprenne le personnage est enfin exploité dans une intro flamboyante, où le sang et les larmes se rejoignent dans un trip baroque et gore, très proche d’Excalibur. Dans un ciel rouge, Vlad empale (d’où son surnom de Vlad l’empaleur, c’était un personnage pour le moins sympathique comme vous pouvez vous en doutez) les ennemis à la chaîne, avant de voir sa vie s’écrouler après la mort de son épouse, qui, le croyant mort aux mains des turcs, s’est suicidée et est morte, noyée. Entre tragédie et peinture historique (excellent effet que sont ces ombres chinoises), l’intro frappe fort par ses images tonitruantes et blasphématoires (la croix qui saigne sous le coup d’une épée, l’ange pleurant du sang, le suicide d’Elizabeta…) et nous envoie l’un des plus beaux plans du film, montrant Vlad rejoindre son château sur une route d’empalés. Pas d’images numériques, les mate painting et les trompe-l’œil sont rois, et donnent un cachet supérieur à la dite séquence, inoubliable.

Début du siècle, Londres, Mina Harker voit son fiancé partir pour la Transylvanie où il doit établir un contrat avec le comte Dracula. Chemin tortueux, cocher griffu, loups affamés, brouillard, gitans apeurés, château gothique : bref on redécouvre avec un plaisir certain tout ce qui a fait la force de l’univers du célèbre vampire, ici sous la forme d’un vieillard blanc comme un linceul, aux manières distinguées et inquiétantes. Gary Oldman, ici grimé, est méconnaissable, mais on sera ravi de son jeu d’acteur reprenant le coté blafard et imprévisible d’un Nosferatu fantôme de la nuit, avec la grâce et l’accent roumain du Dracula de Browning. Dans la première partie du film, Coppola hésite à choisir un héros : le comte, Mina, ou Jonathan ? Les trois à la fois en quelque sorte, ce qui n’est pas chose aisée. Quoi qu’il en soit, exploitant divinement bien la personnalité du comte, Coppola fait subir à Oldman de nombreuses transformations sidérantes, brillamment mises en images : vieillard, jeune aristocrate, loup-garou, rats, brouillard verdâtre et goule (bel homme chauve-souris belliqueux dont le look sera repris pour les vampires d’Une nuit en enfer). Oldman est très à l’aise dans son rôle, incarnant un Dracula parfois sadique et cruel, parfois tourmenté et amoureux, voire romantique et effrayant. A déguster cependant en version originale, cela va de soi, pour goûter à toute l’essence de sa voix envoûtante et ténébreuse. Sans nul doute, pour ce qui est du personnage de Dracula, le sieur Oldman est tout bonnement parfait, nous livrant là une prestation magistrale et à laquelle, personnellement, je ne m’attendais guère.

Pour ce qui est des autres acteurs, Winona Ryder et Sadie Frost occupent le casting féminin de manière très convaincante, illuminant le film de leur beauté radieuse, parfois sombre et déchaînée. Mention spéciale à la trop rare Sadie Frost, sensuelle en diable. On passera le cas Reeves/Hopkins (voir plus haut) critiquable au possible, ainsi que les autres protagonistes masculins, décidément peu en verve dans cette adaptation – en dehors d’un certain Tom Waits, finalement assez bon dans un rôle totalement déjanté – pour signaler l’un des premiers rôles de Monica Bellucci en femelle diabolique. Accompagnée d’ailleurs des deux autres femmes de Dracula, elle ne passe que fugitivement à l’écran mais son apparition aura marqué les esprits pour ce qui restera comme une scène d’anthologie pour tout adolescent boutonneux qui se respecte : le célèbre viol où ce benêt de Jonathan tombe entre les mains expertes des trois créatures, ce qui ne semble pas le ravir ; décidément, non seulement Keanu Reeves est mauvais dans ce film mais en plus, il est limite idiot ! Autre scène marquante, celle où Coppola fait exploser sa narration le temps d’une longue séquence assez phénoménale où le comte arrive enfin dans la ville de Londres pendant une lourde tempête. Alors que la musique prodigieuse de Kilar se déchaîne en quelques instants, la caméra accélère ses mouvements, tourne, s’égare, filme la folie (baiser saphique, piquouze pas très catholique, geyser de sang…) jusqu’à déboucher vers une image là encore assez courte mais quasi impensable pour un film se voulant hollywoodien : le viol sauvage de Lucie par un lycanthrope soudain devenu libidineux, s’enfuyant après avoir déposé une délicate morsure sur le cou de sa victime.

Forcément, on arrive avec cette scène, entre autres, à l’un des nœuds du problème aux yeux de certains : en effet, le sieur Coppola injecte dans son adaptation un romantisme forcené qui n’a décidément pas plu à tout le monde, mais étrangement inédit dans l’univers filmique du comte (excepté dans la version de Badham où Dracula devenait un amant séducteur et charmeur) et donc forcément intéressant. Une histoire d’amour, plus que de sexe d’ailleurs, malgré l’érotisme présent de l’œuvre, se tissant rapidement autour de Mina et de Vlad, à travers deux magnifiques scènes : les caresses échangées sur un beau loup blanc, et la découverte de l’absinthe. Pour la petite histoire, beaucoup ont vu en Dracula une métaphore sur le Sida, qui devient ainsi le vampirisme. La scène d’amour entre Mina et Dracula est assez parlante, puisque le sang peut être rallié au sperme et la succion de la plaie à une fellation. Lucie est également visée comme une condamnée, dont les prises de sang et le mal sont facilement assimilables au Sida. L’action explosera quant à elle lors du final expéditif, mais qui a le mérite de se terminer sur une séquence émouvante et sanglante, où tout se termine là où tout a commencé. Cependant, pourquoi Coppola a-t-il placé la belle chanson d’Annie Lennox Love song for a vampire au fin fond du générique et non après la séquence en question ? Bizarre… et un peu déstabilisant.


En forçant le trait sur la notion « opéra baroque et sanglant », Coppola offre des scènes épatantes comme la mort grand guignolesque de Mina et son réveil dans la crypte (sa tenue et son visage à la blancheur de lune ne serait-elle pas héritée du théâtre ou de l’opéra ?), et des idées fabuleuses (la rencontre entre Dracula et le cinéma dans l’une des meilleures scènes, selon moi, du film, où le Comte déambule dans les rues d’un Londres au fait du modernisme de l’époque !). Souvent garni de détails savoureux (les ombres à travers la vitre lors de la discussion Mina/Dracula, les empalés encore présents dans la cour de Dracula…), le film joue avec des raccords surréalistes souvent originaux et assez réussis, pour peu que l’on ait le cœur bien accroché, j’entends bien, et un nouveau regard sur un mythe à l’époque totalement épuisé, reprenant à nouveau vie. Si Dracula n’est pas une œuvre certifiée parfaite à 100%, j’en conviens, elle reste tout de même le fruit d’un travail conséquent et une vision quasi-unique du grand suceur de sang qu’est Dracula. Et cela suffit, malgré quelques défauts notables dans le casting et un certain coté « fourretout » que je ne peux nier (cette adaptation aurait gagné, selon moi, a être bien plus longue puisque l’on a parfois l’impression de regarder une compilation des scènes les plus marquantes de l’œuvre originale) pour en faire un véritable chef-d’œuvre du genre, en tout cas à mes yeux.

GORILLAZ



GORILLAZ

Gorillaz – 2001

1 - Re-hash
2 - 5/4 (Five Four)
3 - Tomorrow Comes Today
4 - New Genious (brother)
5 - Clint Eastwood
6 - Man Research (clapper)
7 - Punk
8 - Sound Check (gravity)
9 - Double Bass
10 - Rock the House
11 - 19-2000
12 - Latin Simone (que Pasa Contigo)
13 - Starshine
14 - Slow Country
15 - M1 A1


Le vingt-et-unième siècle s’ouvre avec l’arrivée d’un objet musical non identifié auquel personne ne s’attendait. Après un maxi (Tomorrow Comes Today, 2000) qui avait beaucoup fait parler de lui dans les clubs londoniens, Gorillaz sort son premier album. Ah, Gorillaz, tout un programme que ce vrai-faux groupe ; je me souviens encore de la toute première fois où j’en ai entendu parler : c’était sur Game One, la chaine dédiée aux jeux vidéo, dans un concours où l’un des deux prix (au choix) était ce fameux premier album de Gorillaz – pour la petite histoire, ils n’étaient pas nombreux au début, ceux qui le choisissaient mais, comme vous vous en doutez, cela n’a pas durer bien longtemps. Mais revenons à nos moutons : aux commandes de ce vrai-faux groupe donc, Jamie Hewlett, le papa de la BD Tank Girl, et, plus intéressant, musicalement parlant, j’entends bien, un certain Damon Albarn, l’ancien leader à mèche blonde de Blur. Le premier dessine et anime ce groupe-concept, composé de quatre personnages virtuels et complètement déjantés : 2-D, Murdoc, Noodles et Russel. Le deuxième se charge de la musique, bien présente derrière ces frimousses cartoonesques, s’offrant les services de Dan Nakamura dit The Automator et nous démontrant définitivement toute l’étendue de son talent musical, de sa volonté de prendre des risques et de sortir du carcan de la britpop.


Ce premier album, donc, sobrement intitulé Gorillaz, est précédé de quelques jours par le célèbre single Clint Eastwood, fort de son refrain accrocheur et ses « oooh oooh oooh » tout droit sortis de la jungle de la pop et marquera indéniablement à la fois son époque, mais aussi les années à venir ; immédiatement, Gorillaz connaît un succès plus que mérité : l’album (et tout ce qui va avec : livret, pochette, clips, site internet…) surprend avant tout par son éclectisme joyeux et son graphisme coloré. Le fait aussi que ce groupe n’en soit pas un, que ces membres soient virtuels – tout en possédant néanmoins une identité, un vécu, une personnalité etc. – intrigue le fan et je dois vous avouer que pendant longtemps, j’étais persuader que derrière chaque personnage virtuel se dissimulait un véritable musicien – comme on peut dire que le sieur Damon Albarn serait le guitariste aveugle, 2-D – or il n’en était rien, bien entendu. Car Gorillaz, avant tout chose, c’est l’histoire d’une rencontre, celle de l’ancien leader de Blur et d’un dessinateur, Jamie Hewlett, bien évidemment, mais aussi, celle de ces deux hommes et d’une flopée de musiciens venus de tous les horizons et donnant à la sonorité de la chose un époustouflant mélange des genres comme rarement il m’ait été donné de voir dans le petit monde de la musique.


Dan The Automator étant une référence de la production hip-hop West Coast, on n’est guère étonné d’entendre avant tout des beats d’obédience rap. Mais, très vite, les guitares rock et les mélodies pop viennent semer la zizanie, offrant dix-sept chansons inventives qui oscillent d’un genre à l’autre… ce qui en aura surpris plus d’un lors des débuts de Gorillaz, moi le premier, mais ce qui donne au final un mélange des genres pour le moins accrocheur et surtout, réussi. Les références fourmillent, entre le funk de l’époque Motown, les rythmes latinos et la pop so british délicieusement interprétée par un spécialiste du genre, Damon Albarn. Les invités surprennent également. Ibraham Ferrer du Buena Vista Social Club chante un très beau Latin Simone (¿Qué Pasa Contigo?), tandis Tina Weymouth (ex-Talking Heads) et Miho Hatari poussent la chansonnette sur 19-2000 (l’un de mes titres préférés de ce premier album au refrain certes un peu simpliste mais qui ne nous quitte plus une fois écouté pour la première fois) ou Re-Hash.


Dansant, ludique, accompagné d’une identité visuelle très forte, la musique de Gorillaz réussit dès ce premier album à s’imposer, aussi bien dans les milieux dits underground qu’auprès du grand public. Ce mélange à la fois typiquement pop et curieusement varié, atteste l’immense culture musicale de Damon Albarn et fait mouche, nous démontrant une fois de plus que finalement, la musique peut parfaitement ne pas se limiter à un seul et unique genre et que les mélanges, lorsqu’ils sont réussis – et c’est le cas ici – et savamment dosés apportent toujours un petit plus que bien d’autres albums ne possèdent peut-être plus avec le temps. Personnellement, j’adhère totalement à de tels concepts et même si je dois reconnaitre que l’intégralité de cet album n’est pas toujours simple d’accès, que quelques titres surprennent parfois, et ben, cela est toujours préférable que de devoir se retaper pour la énième fois un copié/collé des Stones ou de U2 – groupes pourtant géniaux en soient mais qui, depuis le temps, on surtout tendance à tourner en rond et ne pas se renouveler. Et si l’on ajoute à cela le fait qu’avec ce premier album de Gorillaz, les clips trouvent ici tous leurs intérêts, qu’ils sont de véritables petites réussites et transcendent mêmes les chansons d’où ils sont tirés et vous comprendrez probablement pourquoi je considère depuis longtemps que ce premier album de Gorillaz est sans nul doute l’un des plus importants de ce début de vingt et unième siècle et à coup sûr, le plus original de tous. 
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