lundi 11 février 2013

MASQUÉ – CHIMÈRES ET GARGOUILLES



MASQUÉ – CHIMÈRES ET GARGOUILLES

Blessé au cours d'une mission dans le Caucase, le sergent Frank Braffort regagne Paris après six ans d'absence. Il découvre une ville en pleine mutation orchestrée par le Préfet Beauregard : Paris-Métropole. Une ville où le gigantisme rétro fait fureur et où se multiplient les « anomalies », évènements mystérieux que nul ne peut expliquer. Une ville qui va s'emparer de Braffort et lier leurs destins à jamais... La nuit de Noël tombe sur Paris, mais pour Frank Braffort, c'est une nuit de ténèbres. Rejeté par son père, Frank accepte de revêtir à nouveau le masque et d'accomplir, pour le Préfet Beauregard, une mission profondément immorale. Il n'a, toutefois, pas le temps de trancher le dilemme car, en plein cœur de l'île de la Cité, une anomalie monstrueuse vient de naître parmi les Chimères et Gargouille.

La problématique des super héros à la sauce française est un vaste sujet maintes fois abordé sur ce blog depuis que celui-ci existe, et plus particulièrement, depuis que quelques auteurs bien de chez nous aient tenté la grande aventure, faire le lien entre deux univers qui, à priori, n’ont pas grand-chose en commun, et, accessoirement, aient plus ou moins atteint leurs buts, c’est-à-dire, réussir à créer une œuvre qui ne soit pas un vulgaire pastiche de la bande dessinée superhéroique américaine, piège inévitable dans une telle entreprise tout en crédibilisant le fait qu’un super héros costumé français puisse exister sans que l’on ne pousse un franc fou rire. Ce défis, car il faut bien appeler un chat un chat, pas évidant à réussir car, après tout, entre les comics US et la BD bien de chez nous, il y a un monde, selon moi, fut réussis a deux reprises : par le biais d’un pur chef d’œuvre, La Brigade Chimérique, de Serge Lehman, qui va bien au-delà de la simple volonté de faire du super héros européen, mais qui nous montre que ceux-ci, finalement, existaient auparavant et que, quelque part, ils sont même à l’origines de leurs glorieux descendants, ainsi qu’avec une autre bande dessinée, moins « prise de tête » mais  que, personnellement, j’aime plutôt assez, Les Sentinelles, de Xavier Dorison, qui nous montre un monde où avec des super héros en plein premier conflit mondial. Deux œuvres donc, plutôt récentes, de fort bonne qualité, et qui, bien entendu, ouvraient la porte à ce qui paraissait tout bonnement impossible encore quelques années en arrière : faire de la BD superhéroique française ! Et, sur ce point, ce diable de Serge Lehman, après avoir ouvert pour ne pas dire défoncer les portes avec sa Brigade Chimérique, ne pouvait en rester là car si, à l’issu de celle-ci, l’on comprenait pourquoi le vieux continent n’avait plus de… hum, pantins masqués… il n’était pas dit que ceux-ci ne reviennent un jour ou l’autre.


D’ailleurs, on s’en doutait fortement qu’une autre série allait voir le jour, que la Brigade ferait des petits, que, maintenant que le plus dur était fait, pourquoi donc en rester là ?! Et ce qui devait arriver, arriva et, il y a de cela un peu plus d’un an sortait le premier tome d’une toute nouvelle série : Masqué. Bien évidemment, tout enthousiasmer que j’étais encore par mon ressentit à l’égard de la Brigade Chimérique, ce fut avec une joie non dissimulée que j’accueilli à bras ouvert Anomalies, premier volume de ce Masqué au nom si évocateur, et même si les différences avec son glorieux ainé étaient pour le moins flagrantes pour ce qui est des dessins, du style narratif (ici, bien plus proche du comics de base) sans parler de l’époque où se déroulait l’action (la nôtre, à la fois proche et différente), cela ne m’avait pas empêcher d’apprécier à sa juste valeur une œuvre qui – et le second volume, Le jour du Fuseur, le confirma – promettait énormément ; d’ailleurs, et comme la Brigade en son temps, Masqué fut, pour la petite histoire, considéré par mes soins comme la BD de l’année 2012… eh, ce n’est pas rien !


Alors, fort de mes bonnes impressions au sujet des premiers albums de la série ainsi que ma confiance absolue en Serge Lehman, ce fut avec une certaine impatience que j’attendais la sortie du troisième tome de Masqué, ce Chimères et Gargouilles a, au demeurant, la fort belle couverture (ce qui était déjà le cas de ses prédécesseurs). Histoire de faire durer un peu le plaisir, je dut attendre la paye de fin janvier pour me le procurer, puis d’aller le récupérer à la poste, puis… ce n’était pas finis… le manque de temps de ces derniers jours avant que, finalement, hier soir, après avoir relu le second tome histoire de me remettre un peu dans le bain, je me suis enfin attaquer à ce troisième tome de Masqué !

Et là, comment dire, ce fut la douche froide… Certes, j’étais déjà tombé, ces derniers temps, sur quelques critiques pour le moins loin d’etre positives au sujet de ce Chimères et Gargouilles mais bon, je me disais que même si ce tome n’était peut-être pas aussi bon que les deux premiers, il me plairait probablement ; après tout, cela n’allait pas subitement etre nul non plus !? Je vous rassure, ce ne fut pas le cas… enfin, non, ce n’est pas nul, loin de là. D’ailleurs, pour ce qui est du scénario, Serge Lehman sauve la baraque et même si l’on regrette une baisse certaine de l’intérêt narratif principal de celui-ci dans ce troisième tome, force est de constater que l’on ne peut s’empêcher de se dire que l’auteur sait parfaitement où il va et qu’il distille toujours avec subtilité les sous-entendus sur les tenants et les aboutissements qui nous seront révélés dans le tome final. Cependant, l’un des principaux défauts que l’on retrouve ici, ce sont les dessins : bon, à la base, je n’étais pas un fan enthousiaste de Stéphane Créty mais son travail sur les deux premiers volumes était plus que correct, mais là, je ne sais pas ce qui s’est passé mais c’est le jour et la nuit ! Enfin si, je devine le problème : le changement d’encreur. Du coup, de la netteté et du sens du détail des deux premiers tomes de Masqué, l’on passe ici à un certain flou et a une omniprésence des couleurs sombres (en plus, l’action se déroule de nuit ce qui n’arrange rien) ainsi qu’a une dureté des traits franchement pas très agréables. Alors, ce changement ne peut que perturber le lecteur et si en plus, vous passez d’un encreur a l’autre en une soirée, vous imaginez le choc !


Dommage, oui dommage, car dans l’ensemble, il y a tout de même quelques points positifs comme cette Gargouille aux pouvoirs pour le moins particuliers et originaux ainsi que le scénario qui, sur les dernières pages, s’emballe rapidement et annonçant un final pour le moins explosif. De plus, mais dans un sens plus large, il est impossible de ne pas se rendre compte à quel point Lehman sait pertinemment où il va, et puis, les quelques petites révélations et coups de théâtre qui parsèment cet album ne vous laisseront pas indifférents. Reste, hélas, les dessins… mais là, c’est un tout autre problème. Enfin bon, malgré ce qu’il faut bel et bien appeler une déception (mais bon, c’est mon ressenti et cela n’engage que moi, d’autres, probablement, trouveront mes points négatifs comme étant positifs et vice versa), cela ne m’empêche nullement d’attendre tout de même avec intérêt la sortie, dans les mois à venir, du dernier tome qui conclura (enfin, normalement) la saga, en espérant, bien entendu, que celui-ci soit à la hauteur de mes espérances, mais bon, il sera toujours temps, quand le moment sera venu, de voir si ce sera le cas. 

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