dimanche 17 mars 2013

LE LIVRE DE TOUTES LES HEURES – ENCRE



LE LIVRE DE TOUTES LES HEURES – ENCRE

Depuis des temps immémoriaux, le trône de Dieu est vacant. Ses anges et tous ceux dont le sang se charge d'une parcelle de divin, les Amortels, se sont divisés en deux clans : les Souverains et l'Alliance. Le conflit qui les oppose s'étend à tout le Vélum, ce tissu de mondes en comparaison duquel notre Terre n'est qu'une trace de crasse sous l'ongle d'un pouce. Pour Joey, le roi Finn, Puck, Jack Flash et Thomas Messenger, la fin du monde a déjà eu lieu, en 2017 ou peut-être à 20 h 40... Peu importe, car le Livre de Toutes les Heures peut être réécrit : il suffit de posséder la bonne encre et une vraie peau d'ange.

Il y a de cela quelques semaines à peine, en février dernier, je vous proposais sur ce blog la critique de Vélum, première partie d’un dytique, Le Livre de toutes les heures, œuvre de l’écossais Hal Duncan, et qui, en toute sincérité, m’avait tout bonnement laissé sur les rotules suite à sa lecture. En effet, ce roman, complètement barré dans sa conception, son écriture et sa structure, d’une difficulté rarement atteinte pour ce qui est de sa compréhension, et qui n’hésitait pas à faire tourner en bourrique le pauvre lecteur que j’étais, était, comme je le disais alors, ce genre d’ovnis littéraires sur lequel, par chance ou malchance, selon son propre ressenti, il nous arrive de tomber au gré des errances de nos lectures. Bien entendu, je savais pertinemment par avance où je mettais les pieds, d’ailleurs, et je ne le nie pas, lors de chaque nouveau choix de lecture, je me renseigne à l’avance sur l’œuvre, n’hésitant pas à lire le plus de critiques possibles avant d’acter mon choix. Et ce qui ressortait, avant toute chose, au sujet de ce Livre de toutes les heures, c’est qu’avec ce dytique, il n’y avait pas de demi-mesure : soit on détestait, soit on aimait… et encore, apprécier ne signifiait pas forcément qu’on allait trouver la chose géniale… probablement, que dis-je, surement, de par son extrême complexité. Pourtant, malgré le fait que je dois reconnaitre que je n’ai pas tout compris et qu’a maintes occasions, j’ai eu du mal lors de ma lecture, je n’en avais pas moins apprécier ce Vélum : concept génial, synopsis barré, certes, mais tellement intéressant en soit, ce bouquin était peut-être la création d’un individu, Hal Duncan, complètement fou, mais un fou… génial !

Et donc, qui dit dytique dit, bien entendu, suite, et justement, maintenant que la guerre des cieux a éclater et que le Vélum par dans tous les sens, il était temps de retrouver nos protagonistes, à la fois nombreux et très peu puisque, pour rappel, il s’agit à chaque fois des mêmes sept personnages avec une infinité d’identités différentes (et oui, le Vélum, c’est le multivers cher a Moorcock), dans Encre, seconde partie de ce Livre de toutes les heures sur lequel il y aurait tant de choses à dire… Bon, déjà, pour commencer, le peu de critiques que j’avais lu avant que je ne me plonge dans la lecture de cette suite laissaient sous-entendre que la lecture de cet Encre serait plus simple, que désormais, Hal Duncan s’était calmé et que le lecteur n’aurait plus à souffrir de ses délires ; rien de plus faux en réalité ! En effet, et contrairement à cela, la chose se complexifie d’avantage et ce, dès les premières pages : exit le mince fil conducteur, ou plutôt devrais-je dire les minces fils conducteurs de Vélum et place à de nouveaux scénarios, qui, une fois de plus, se croisent et se décroisent au gré des paragraphes, le plus souvent sans crier gare. Certes, l’on retrouve toujours les mêmes protagonistes que sont Joey, Finn, Puck, Jack Flash, Thomas Messenger et Phreedom, certes, désormais, on peut dire que l’on pourrait etre habituer à ce style narratif tellement particulier, mais sincèrement, si l’on croyait avoir tout vu à la lecture de Vélum, alors, Encre vous contredira en beauté ! Déjà, dans un grand moment de délire, Hal Duncan nous livre tout bonnement une pièce de théâtre sur près de cinq cent pages, ou plutôt, ses personnages qui jouent une pièce, fil conducteur principal de la première partie d’Encre – oui car au même moment, vous avez compris qu’il se passe également d’autres choses. Puis, quand enfin vint la délivrance – je dis cela mais pourtant, après coup, comment ne pas se dire que c’est tout de même sacrément bien fait ? – voilà que l’auteur, pour le final de son œuvre, repart sur d’autres bases, nous entraine du côté du proche orient, et nous refait le coup de Sodome et Gomorrhe, mais cette fois ci, dans un monde parallèle des années 30 ! Et ce, bien entendu, avec moult intrigues parallèles qui ont, à la fois quelque chose à voir, mais pas toujours… bref, une nouvelle fois, tout est en place pour que le lecteur se perde voir, carrément, abandonne la partie. Mais il faut dire que le défi est de taille ! D’ailleurs, ne serais ce par moments une certaine force de volonté, mais aussi mon intérêt pour la chose, et j’aurais probablement jeté l’éponge ; d’ailleurs, je le reconnais, quelques années en arrière, je n’aurais jamais été jusqu’au bout. D’où, comme je vous l’ai dit à de multiples reprises, cette lutte de tous les instants lors de la lecture, cette sensation de ne pas tout comprendre, d’etre parfois perdu, tout en trouvant, pourtant, tout un tas de bonnes idées et de passages pour le moins géniaux.


Mais alors, que dire de cet Encre, et, finalement, de cette œuvre, dans son ensemble, puisque j’en suis venu à bout désormais ? Eh bien, disons que si je voulais un dépaysement total vis-à-vis du Trône de Fer, comme je le souhaitais, je ne pouvais guère trouver mieux que l’œuvre d’Hal Duncan, mais en fait, cela aurait pu etre valable avec n’importe quel autre ouvrage ou cycle de Fantasy ou de Science-Fiction tellement Le Livre de toutes les heures est carrément inclassable. Véritable melting-pot où l’on retrouve un peu tout et n’importe quoi, comme le multivers de Moorcock, les légendes sumériennes ainsi que celles de l’Ancien Testament, le tout, parfois, saupoudré d’une infime dose de Steampunk (selon les mondes parallèles) et de pas mal d’Uchronies, a quoi il ne faut pas oublier tout un tas de mythes et légendes de toutes les époques, y compris les modernes, avec, par-dessus le marché, pas mal de militantisme de classes et de sexe, cette œuvre, comme je vous le disais, est un pur ovni, un truc de fous, écrit par un fou et destinée… bah, a des fous, qui seuls, trouveront la force d’aller au bout des presque deux milles pages que comportent ce Livre de toutes les heures… et surtout, au final, d’admettre que malgré tout, Hal Duncan, comme tous les fous, est tout bonnement génial !

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...