samedi 9 mars 2013

L'ETRANGÈRE



L'ETRANGÈRE

Pour protéger son fils de son mari violent, Umay, une jeune femme turque d’origine allemande, quitte Istanbul et retourne vivre dans sa famille à Berlin. Mais les membres de sa famille, prisonniers des valeurs de leur communauté, ne l’accueillent pas comme elle l’espérait. Umay est obligée de fuir à nouveau pour épargner le déshonneur aux siens.


Un peu désabusé par les derniers films vus depuis le début de l’année, et qui ne m’avaient pas laissé un souvenir inoubliable, bien au contraire, ce fut avec une certaine perplexité que j’ai suivis les conseils de mon épouse de regarder en son compagnie ce long métrage allemand, L’Etrangère (Die Fremde en version originale), non pas que je doutais forcément des qualités de celui-ci, j’étais, à la base, persuader que c’était un bon film, mais plus dut au fait que je suis un peu blaser de ce cinéma intimiste, qui nous montre la vie telle qu’elle est : il me faut de l’aventure, du grand spectacle, de l’émotion que diable ! Pourtant, malgré mes doutes, je savais pertinemment que cette œuvre avait de fortes chances de me plaire : certes, je préfère les Star Wars, Indiana Jones et autres Seigneurs des Anneaux, mais bon, de temps en temps, pourquoi etre contre un film comme L’Etrangère ? Après tout, ce qui compte avant toute chose, c’est que la qualité soit au rendez-vous, et sincèrement, après coup, je peux vous le confirmer, c’est bel et bien le cas.


Bon, avant d’aborder la thématique du film, sur laquelle je m’attarderais davantage, quelques petits mots rapides sur celui-ci s’imposent : réalisation impeccable et sans surprises, acteurs pour la plus part, inconnus (enfin, de moi) en dehors, bien évidemment, de Sibel Kekilli que les fans de Game of Thrones connaissent bien puisqu’elle y joue le rôle de Shae, la prostituée de Tyrion Lannister, mais qui n’en sont pas moins excellents, ambiance fort bien rendue, nombreuses scènes plutôt fortes, force est de constater que sur ces points, L’Etrangère, sans tomber dans l’esbroufe qu’une production américaine n’aurait pas manquer de posséder, est un fort bon film, certes pas un chef d’œuvre, j’en conviens, mais c’est probablement plus le genre cinématographique qui vaut cela. Et puis, quelque part, ce n’est pas le plus important, bien au contraire. Non, comme vous l’avez compris ou deviner, ce qui compte avant toute chose dans de Die Fremde, c’est sa thématique, et là, il y a davantage de choses à dire.


Tout d’abord, pour ceux qui ne le sauraient pas, ce film est tiré d’une histoire vraie, celle de Hatun Sürücü. Née en Allemagne de parents immigrés, cette jeune fille avait été mariée de force, à 16 ans, avec un cousin demeuré au pays et qu'elle connaissait à peine. Elle était revenu de Turquie un an plus tard, avec son petit garçon, en laissant là-bas un époux brutal, avait rompu avec les traditions, largué le voile, mené une vie de femme indépendante. En 2005 on la retrouva assassinée, les suspects étant ses trois frères soucieux de préserver l'honneur de la famille. Et donc, dans L’Etrangère, Umay, quitte pareillement un mari violent, fuit Istanbul avec son gamin et vient rejoindre sa famille à Berlin. L'accueil n'y est pas ce qu'elle espérait. Père autoritaire, mère confite dans les traditions, frère violent, sœur inquiète de voir son propre mariage compromis par son comportement : tous la sermonnent, l'adjurent de retourner dans son foyer conjugal, la répudient, la traitent de putain, tentent de kidnapper son fils afin de le ramener à son père... Ce qui pousse Umay à nouveau, persécutée par des proches qui craignent les commérages et le déshonneur. Bref, une thématique forte qui pointe, incontestablement du doigt, non pas l’Islam, comme j’ai pu le lire ici ou là dans quelques critiques négatives à l’encontre de cette œuvre, ni même forcément la communauté turque (ou nord-africaine en France, les parallèles étant évidant) puisque tout le monde n’agit pas forcément de la sorte, mais plutôt une tradition, que dis-je, le poids écrasant d’une tradition séculaire où, avant toute chose, prime sur tout le reste, l’honneur. Mais pas forcément un honneur saint, respectable, car bon, que l’on veuille ou non, qu’a à voir l’honneur, ou ce que celui-ci est censé représenté, quand, avant l’amour et le bien etre de sa fille, prime surtout l’image que les autres ont de nous, le respect de la parole donnée (elle appartient à son mari, s’il la bat, bah, tant pis pour elle), bref, tout un tas de coutumes qui ne dénoteraient pas forcément dans un obscur village au fin fond de l’Anatolie, mais qui, dans une ville occidentale, est pour le moins saugrenue. Et donc, cette thématique, dérangeante pour certains qui préfèrent se voiler la face sur ce qui se passe encore de nos jours, parfois chez le voisin de palier, est, bien entendu, la grande force de cette Etrangère, et au passage, si la jeune femme est une étrangère, ce n’est pas en raison de ses origines vis-à-vis de l’Allemagne, mais surtout vis-à-vis de sa propre famille, pour qui elle ne représente plus rien. Ces propos, bien entendu, ont fortement déplus a ceux qui préfèrent se voiler la face, ou bien, qui trouveraient cette façon d’agir parfaitement normale, d’où, comme je l’ai déjà souligner, bon nombre de critiques fort négatives, le summum étant atteint par les incorrigibles Libération et Le Monde, mes très chers amis de la presse bobo parisienne… bah oui, certaines vérités dérangent et il ne faudrait surtout pas en parler…


Vous l’avez compris, j’ai parfaitement adhéré à cette œuvre et sincèrement, si vous n’avez pas peur des vérités qui dérangent, si vous souhaiter regarder un film fort, poignant, et finalement, tellement triste, alors, n’hésitez pas une seule seconde, L’Etrangère est fait pour vous. Décrié ou adulé, il est évidant que cette œuvre ne peut laisser indifférent, mais plus qu’une œuvre de fiction, ce qui me choque le plus, c’est que, encore de nos jours, et à deux pas de chez nous, de telles drames ont encore lieu, drames sur lesquels nos sociétés ferment les yeux, ce qui ne peut etre que terrible. Hier, il parait que c’était la Journée de la Femme, mais quand je vois un film comme L’Etrangère, sincèrement, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il reste encore énormément de travail à faire pour que celles-ci soient, un jour, les égales de l’homme… hum, et encore, cela arrivera-t-il, permettez-moi d’en douter ?

2 commentaires:

Bacqué Huguette a dit…

La pratique du crime d'honneur est liée à la structure clanique et patriarcale extrême de ces sociétés... Et ces pratiques d'un autre âge sont une calamité pour des millions de femmes de par le monde... Mais ce qui est le pire, ce sont celles qui, littéralement conditionnées y adhèrent dès le plus jeune âge et sont complice de ces pratiques barbares... Oui, il y a vraiment encore beaucoup de chemin à parcourir !

Feanor a dit…

Et comme je l'avais dit, je pense que cela n'ira pas en s'arrangeant, bien au contraire...

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