jeudi 25 avril 2013

GAGNER LA GUERRE



GAGNER LA GUERRE – RÉCIT DU VIEUX ROYAUME


Au bout de dix heures de combat, quand j’ai vu la flotte du Chah flamber d’un bout à l’autre de l’horizon, je me suis dit : « Benvenuto, mon fagot, t’as encore tiré tes os d’un rude merdier. » Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères de la République de Ciudalia venaient d’écraser les escadres du Sublime Souverain de Ressine. La victoire était arrachée, et je croyais que le gros de la tourmente était passé. Je me gourais sévère. Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon… Gagner la guerre est le premier roman de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve avec plaisir l'écriture inimitable de l'auteur des nouvelles de Janua Vera et don Benvenuto, personnage aussi truculent que détestable. Le livre a obtenu en 2009 le prix du Premier Roman de la région Rhône-Alpes et le prix Imaginales du meilleur roman français de Fantasy.

« Je n’ai jamais aimé la mer. Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n’ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c’est plus gras, c’est plus trouble et plus limoneux que le pot d’aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l’ivresse. Je n’ai jamais aimé la mer, et ce n’était pas près de s’arranger. » Voilà comment le lecteur découvre le héros – enfin, héros est un terme qui ne correspond pas vraiment, disons plutôt, personnage principal – de ce Gagner la guerre, un certain Benvenuto Gesufal, ancien soldat de la république Ciudalienne, maitre assassin mais aussi et surtout, homme de main du Podestat Leonide Ducatore, un dirigeant qui aurait sans nul doute fortement plu a un certain Machiavel. Cette entrée en matière de ce petit pavé de près de mille pages, dans son édition poche, en dit long sur la personnalité de notre… euh… héros, mais aussi sur le style de l’auteur, Jean-Philippe Jaworski. Mais, au fait, ce nom, comme celui de Gesufal, Ducatore, Ciudalia, cela ne vous dit rien ? Mais alors, c’est que vous n’avez pas lu un certain Janua Vera, un recueil de nouvelles du même auteur et dont je vous ai parlé il y a de cela quelques semaines, au début de ce mois d’avril. Pour ceux qui n’auraient pas lu cette critique, j’avais alors dit que ce Janua Vera, de par son style, sa forme, son écriture, ses personnages et ses magnifiques récits, m’avait tellement plu que, et alors que nous n’étions que le premier avril, il y avait d’ores et déjà de fortes chances que ce recueil de nouvelles soit, pour moi, le livre de cette année 2013, rien que ça !

Mais pour confirmer ou pas la chose, je me devais, bien évidemment, de découvrir et lire la suite des aventures de cet inimitable, souvent attachant mais aussi détestable Don Benvenuto Gesufal, avec ce Gagner la guerre, qui, pour la petite histoire, était le premier roman de Jean-Philippe Jaworski, un auteur français qui avait fait ses classes dans l’univers des jeux de rôles et qui, ma foi, pour ce que j’ai lu de lui jusqu’à maintenant, a décidément tout l’avenir devant lui ! Car il est inutile de tourner autour du pot plus longtemps : oui, Gagner la guerre est un sacré bon roman, que dis-je, j’ose aller plus loin encore, nous ne sommes pas loin, mais alors, pas loin du tout, de nous trouver devant ce qu’il faut bel et bien appeler un chef d’œuvre ; oh et puis zut, mais comment ne pouvait-il pas en etre autrement ? Prenez Janua Vera, ou plutôt, tout ce qui vous avais plu dans celui-ci, et plus précisément, dans la nouvelle consacrée aux pérégrinations du sieur Gesufal (et qui sert de d’introduction au roman qui nous préoccupe aujourd’hui) et dites-vous que c’est parti pour presque mille pages d’un récit d’une jouissance sans commune mesure : crédibilité de l’univers proposé, personnages cohérents et que l’on pourrait presque croire réels, subtilités du jeu politique, descriptions précises en diverses occasions et qui nous prouvent que l’auteur sait de quoi il parle (l’un des exemples les plus frappants étant le passage à tabac de Benvenuto, un modèle du genre) que ce soient les douleurs ressentis suite à une blessure, les aléas d’un voyage etc. Mais aussi, car ce n’est pas tout, comment ne pas s’extasier devant le langage utilisé, assez recherché, l’intrigue, rondement menée et pleine de surprises ainsi que sur la profondeur de l’ensemble : comme dans Janua Vera, nous n’avons pas affaire ici a de la sous Fantasy post Tolkien mais a une œuvre adulte, qui sort des sentiers battus et qui, surtout, est a des années lumières de la production auquel on est habituées… production qui, fut un temps, m’avait un peu dégoutée du genre d’ailleurs. Car, comme un certain Georges Martin avec son Trône de fer, Jean-Philippe Jaworski réussit la gageure de nous offrir une œuvre marquante, qui se démarque de la concurrence de par ses différences, mais surtout, de par ses qualités ; Fantasy ais-je dis, oui, il y a des elfes, des nains et de la magie, mais pas comme vous l’entendez… d’une façon plus adulte ? Oui, c’est cela même !


Au jour d’aujourd’hui, et alors que j’ai achevé la lecture de ce Gagner la guerre il y a environ vingt-quatre heures, je suis incapable de vous dire si, en décembre prochain, je choisirai celui-ci ou Janua Vera comme livre de l’année, mais quelque part, cela importe peu – les deux me sembleraient plus justes. Mais ce dont je peux etre sur, c’est qu’avec ces deux œuvres, j’ai découvert un univers et des protagonistes que je ne suis pas prêt d’oublier de sitôt. Alors certes, l’intrigue de Gagner la guerre est pour le moins spéciale et, quand on y pense bien, la quasi-totalité des protagonistes sont de sacrés salauds ! Mais franchement, quel plaisir de suivre les mésaventures de Benvenuto – car le pauvre, il va en prendre plein la gueule – un anti-héros par excellence qu’on n’arrive pas tout à fait à détester, et puis, le Podestat, ah, Leonide Ducatore ! Le Prince de Machiavel, mais c’est lui ! Incontestablement lui ! L’homme politique par excellence, avec tout ce que cela sous-entend : retors, calculateur, implacable, menteur et sans pitié, indéniablement, avec le Podestat, il me semble évidant que nous avons là l’un des personnages romanesques les plus marquants de ces dernières années. Et, pour en finir, car il faut bien passer à autre chose, je n’ai désormais qu’un seul et unique souhait : que Jaworski n’en reste pas là et nous offre, a l’avenir, d’autres récits se déroulant dans le même univers, car sincèrement, quand on a gouté au vieux royaume, on n’a envie que d’une seule chose, y replonger !

lundi 22 avril 2013

MICMACS A TIRE-LARIGOT



MICMACS A TIRE-LARIGOT

Fin des années 1970. Au cœur du Sahara Occidental (RASD), une explosion se produit alors que des soldats français sont en plein travail de déminage. Le téléphone sonne dans un pavillon d'une banlieue française. Bazil, âgé de neuf ans, voit sa mère pleurer au téléphone. Trente années plus tard, Bazil reçoit une balle dans la tête. Mais il survit bien que le projectile soit toujours logé dans son crâne. Il perd son travail et se retrouve à la rue. Il est alors recueilli par une bande de chiffonniers : Remington, un homme noir qui ne parle qu'avec des expressions désuètes ; Calculette, qui peut tout évaluer et calculer en un clin d'œil ; Fracasse, qui a battu le record de l'homme-canon ; Placard, qui a survécu à la guillotine ; la môme Caoutchouc, une contorsionniste ; Petit Pierre, qui bricole des automates et des mécanismes de toute sorte, et enfin Tambouille, la cuisinière qui a adopté toute cette tribu. Bazil tombe un jour, par hasard, devant les bureaux de deux compagnies. Il se souvient du logo des deux armes qui ont provoqué tout ce qui lui est arrivé. Avec l'aide de ses amis, Bazil va tenter de faire payer à ces deux grandes entreprises le mal qu'elles lui ont fait.


Je sais que je l’ai souvent dit sur ce blog, mais de nos jours, c’est fou que le petit écran est d’une médiocrité affligeante : ainsi, chaque français qui, pour rappel, paye une redevance audiovisuel, se voit proposer, chaque soir, soit une énième émission de télé réalité, soit un pseudo reportage sur, dans le désordre, la police, les pompiers, les infermières, les trafiquants, les couples échangistes ou les cougars, soit, une série américaine – sept fois sur dix, policière, deux fois sur dix, médicale, le reste… euh, quand il y en a, cela ne dure pas longtemps – soit une soirée spéciale Artur, Jean Pierre Foucault et compagnie, soit… de plus en plus rarement, un film… souvent l’énième rediffusion d’un pseudo succès, soit une nouveauté qui, effectivement, a bel et bien marché lors de sa sortie quelques années auparavant, mais qui, de nos jours, est tout (DVD, téléchargement oblige) est, justement, tout sauf une nouveauté. Bref, et si l’on fait abstraction d’ARTE et France 5 encore capables, de temps en temps, de coups de sortir des sentiers battus, le téléspectateur lambda, a son corps défendant, n’a franchement plus rien à se mettre sous la dent. Mais le pire dans tout cela, c’est que, sur une semaine, il arrive souvent que les deux ou trois seuls émissions ou films de potables soient diffusés le même soir, le reste du temps, vous l’avez compris, c’est le néant. Et donc, hier soir, c’était dimanche, la fin du week-end et, normalement, pour faire passer la pilule, dans un monde idéal, on aurait dut avoir droit à des supers films, des débats enflammés et des documentaires de folies… mouais, ca, dans un monde idéal, ou autrefois, car bien évidement, avant, c’était ainsi, mais comme dirait l’autre, ca, c’était avant…


Et donc, ce dimanche, c’était, histoire de ne pas changer une équipe qui perd, l’habituel néant télévisuel et donc, alors que je commençais à pester devant cette… télé de merde qui me fait décidément chier (excuser moi d’etre vulgaire mais dans ces cas-là, je suis obligé)… je me suis aperçu que notre très cher service public diffusait un certain Micmacs A Tire-Larigot, dernier film en date de Jean-Pierre Jeunet et qui, du moins en clair, était inédit sur le petit écran. Bon, je dois vous l’avouer, si lors de la sortie en salle de ce long métrage, en 2009, j’avais été enthousiasmé par la bande annonce, je n’avais jamais eu l’occasion de voir celui-ci, par contre, ma femme, elle, l’avait vu et n’en avait pas gardé un grand souvenir, bien au contraire. Du coup, et avec le passage du temps, je dois reconnaitre que je n’étais plus très chaud pour ce Micmacs A Tire-Larigot, mais bon, on était dimanche soir, j’avais eu un week-end de trois jours, je désespérais de retrouver le travail et, un peu par dépit, finalement, je me suis décidé… mais sans grand enthousiasme…


Pour la petite histoire, en préparant ce billet, je me suis rendu compte de deux choses : tout d’abord, dans la filmographie de Jean-Pierre Jeunet, je n’avais, finalement, regarder que deux de ses films : Le fabuleux destin d’Amélie Poulin et Un long dimanche de fiançailles, deux longs métrages que j’aime particulièrement et que j’ai vu un certain nombre de fois, surtout le second, passant, au passage, à côté d’œuvres comme Delicatessen et La Cité des enfants perdus, films dont j’ai entendu tellement de bien depuis deux décennies qu’il faudra bien, qu’un de ces quatre matins, je me décide à les voir. Ensuite, pour ce qui est des deux longs métrages cités plus haut, j’ai eu beau les voir et les revoir, ceux-ci brillent sur ce blog par leur absence, étrangeté qu’il faudra bien réparée, tôt ou tard. Enfin bon, quoi qu’il en soit, avec ce Micmacs A Tire-Larigot, j’allais donc regarder, personnellement, le troisième long métrage du sieur Jeunet, et si, comme je vous l’ai déjà dit, je n’étais pas franchement enthousiaste, si le titre était pour le moins biscornu, entre un casting pour le moins intéressant et la touche Jeunet, je me disais que, si ça se trouve, j’allais peut-être passer un bon moment ?


Eh ben en fait, pas vraiment. Oh certes, celui-ci ne fut pas particulièrement désagréable, loin de là, puisque cette intrigue de vengeance d’un pauvre gars qui en veut terriblement à des marchands d’armes sans scrupules se laisse plutôt bien regarder, je ne le nie pas. De même, la touche Jeunet fonctionne toujours assez bien : choix des couleurs, décors, plans de caméras, univers un peu barré, l’amateur du genre est en terrain connu et force est de constater que cela marche plutôt bien. Et puis, bien entendu, la flopé d’acteurs est franchement pas mal : ainsi, entre André Dussollier, Dominique Pinon, Omar Sy, Dany Boon, Yolande Moreau, Julie Ferrier et Jean-Pierre Marielle, nous avons droit à une sacrée bande de loustics plutôt inspirée et qui fait la grande force du film. Cependant, et malgré quelques scènes plutôt plaisantes et deux ou trois bonnes idées, je dois reconnaitre que l’ensemble a tout de même du mal à décoller : intrigue sympa, certes, mais loin d’etre inoubliable, situations un peu trop convenues et qui donnent plus l’impression que l’on affaire a un sous-Jeunet qu’a un grand Jeunet, surtout que, par moments, le coté tout délire, ça va un temps, mais qu’ici, ça devient parfois du grand n’importe quoi qui ne se justifie pas tout le temps d’ailleurs… et, justement, je pense que c’est cela le principal problème de ce Micmacs A Tire-Larigot : un film qui aurait pu etre sympa mais qui, au final, est aussi tordu que son titre. Car bon, délirer et proposer un univers un peu barré, c’est une bonne chose, mais quand celui-ci part trop en sucettes, la forme étant mise en avant au détriment du fond, alors, c’est que quelque chose cloche, et ici, c’est malheureusement le cas… 

samedi 20 avril 2013

LA PLANÈTE SAUVAGE



LA PLANÈTE SAUVAGE

Sur la planète Ygam vivent les Draags, une espèce d'humanoïdes mesurant douze mètres de haut. Ils ont atteint les plus hauts sommets de la connaissance. Leur existence s’écoule lentement, toute entière tournée vers la méditation. Les enfants des Draags raffolent de minuscules animaux familiers, les Oms, ramenés d'une lointaine planète dévastée, Terra. Peu de Draags envisagent les Oms comme des créatures intelligentes, même s’ils sont doués d'une faculté d’adaptation certaine. Certains Draags considèrent même cette espèce comme nuisible, car si les Oms de luxe font la joie des petits, les spécimens qui s’échappent et retournent à l’état sauvage tendent à proliférer dans les parcs et endommagent les installations des Draags.


Avant de rentrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire, la critique à proprement parler de La Planète sauvage, film d’animation de science-fiction de René Laloux et Roland Topor et qui fête cette année son quarantième anniversaire, je tennais à m’attarder un peu sur mon histoire personnelle vis-à-vis de cette œuvre, car, il me semble, le sentiment que j’ai ressenti à son encontre pendant des années est symptomatique de ce qui m’arrive un peu trop souvent à mon gout : juger une œuvre sur une première impression (la plupart du temps, remontant à ma plus tendre enfance), et persister coute que coute dans ce jugement, sans aucune volonté de lui donner une seconde chance. Le contraire, bien entendu, est valable également ; après tout, combien de films, par exemple, trouvions nous géniaux enfants et s’avèrent ridicules quand on les revoit une fois devenus adultes. Mais dans le cas qui nous préoccupe aujourd’hui, disons que La Planète sauvage est un cas d’école typique. Forcément, tous ceux qui connaissent cette œuvre – qu’ils l’aient vu ou, du moins, qu’ils sachent de quoi il en retourne – peuvent  imaginer comment un enfant de six ou sept ans peut l’apprécier à sa juste valeur ? Car ce fut sensiblement à cet âge que j’ai, pour la première et unique fois de ma vie, regarder cette fameuse Planète sauvage présenté, lors de sa diffusion sur le petit écran au début des années 80, comme une pure merveille, le chef d’œuvre du cinéma d’animation français. Bien évidemment, ayant à cette époque d’autres préoccupations, d’autres gouts, et surtout, un vécu qui n’est pas celui d’aujourd’hui, le visionnage de ce film me laissa dans un état de perplexité total, voire pire, me dégouta a un point que… trois décennies s’écoulèrent !


Car oui, pendant environ trente ans, j’en étais resté à mon ressenti d’alors, estimant que, comme cette « chose » était française, qu’il en avait été fait des tonnes à son sujet, que franchement, c’était à mille lieux de véritables dessins animés de qualité et que cette Planète sauvage et ses animations sous LSD tenaient davantage du délire pseudo-intellectuel bien de chez nous qu’autre chose… Et le temps passa, passa, les années d’abord, puis les décennies, sans que je ne daigne retenter l’expérience – oh, certes, cela n’aura pas marché dans les années 90, et peut etre pas au début des années 2000, mais ensuite… que de temps perdu. Et puis, curieusement, il y a quelques semaines, j’avais lu un court article sur ce film et, alors que je l’avais presque oublié – mais l’on n’oublie jamais totalement La Planète sauvage, ne serais-ce que pour ses dessins – j’eu la curieuse envie de le revoir, de découvrir, avec un regard plus mur et expérimenté, si, finalement, cette œuvre ne méritait pas que je lui donne une seconde chance, et puis, autre coïncidence, quelques temps après, dans ma médiathèque, alors que je ne le cherchais même pas, alors que je ne comptais même pas emprunter un quelconque film, en passant à côté du rayon DVD, je suis tombé sur… mais arriver à ce point de mon histoire, je pense que vous avez compris et qu’il est inutile de perdre davantage de temps.


Têtu que je suis, et que je serais probablement a jamais, je dois avouer que je n’attendais strictement rien de ce second visionnage, trente ans après, de La Planète sauvage, pourtant, au bout de quelques minutes de film, je dut constater, un peu surpris, que finalement, ce n’était pas aussi nul que dans mes souvenirs. D’ailleurs, la bande son que je m’imaginais etre un truc acide lambda s’avéra etre, autre surprise, plutôt réussie, avec certes, une sonorité de l’époque, mais pas franchement désagréable, bien au contraire. Et puis, si les dessins, comme dans mon souvenir, étaient et restaient pour le moins particulier, je devais reconnaitre que, si je ne suis pas un immense fan de ceux-ci, loin de là, je ne pouvais m’empêcher de leur trouver une certaine qualité, me disant que le sieur Roland Topor, dans sa partie, était plutôt un bon. Spécial donc, un peu daté, certes, mais moins désagréable que prévu et d’ailleurs, nouvelle surprise, petit à petit, alors que l’intrigue avançait, je commençais a me prendre au jeu, à me dire que telle idée était plutôt pas mal, à m’amuser de rechercher les références et même, les inspirations que cette Planète sauvage donna a d’autres œuvres ultérieures. Et puis… et puis… oui, c’était spécial, mais en fait, je me surpris à me dire que, finalement, c’était quand même pas mal pour l’époque et que, même si je ne voyais toujours pas en ce film d’animation le chef d’œuvre annoncé par certains, et bien, cela n’en restait pas moins plutôt bon ; spécial mais bon…


Alors bien sûr, je ne suis pas rentré dans le vif du scénario, laissant le plaisir de la découverte a ceux et celles qui souhaiteraient tenter l’expérience, pour les autres, ceux qui connaissent déjà cette œuvre, disons que celle-ci est en fait une adaptation d’un roman de Stefan Wul, Oms en série, et paru en 1957 – comme quoi, je me coucherais moins bête ce soir – et que, au vu des petites recherches que j’ai effectué, elle est plus ou moins fidèle. Alors, il y aurait probablement beaucoup à dire sur cette Planète sauvage, je ne le nie pas, mais je laisse cela à d’autres, autrement plus doués que moi (et puis, trois critiques en une journée, ça commence à faire beaucoup, surtout avec un rhume carabiné), quant à moi, mon opinion au sujet de cette œuvre aura bien changer : certes, il aura fallu trente ans environ pour cela, mais bon, comme on a coutume de le dire, vaut mieux tard que jamais, mais quoi qu’il en soit, si La Planète sauvage n’est pas forcément un grand chef d’œuvre, si le passage du temps à jouer, forcément, sur la perception que les plus jeunes peuvent avoir de celle-ci, nul doute que nous avons tout de même une œuvre de qualité, plutôt audacieuse – en France – pour l’époque et qui mérite d’etre vue, par tout amateur du genre, au moins une fois dans sa vie… 

LA QUÊTE DE L’OISEAU DU TEMPS – LE TEMPLE DE L’OUBLI



LA QUÊTE DE L’OISEAU DU TEMPS – LE TEMPLE DE L’OUBLI

En chemin sur le fleuve Dol, Pelisse, Bragon et l’inconnu rencontrent la Princesse-sorcière Mara. Elle est venue à leur rencontre pour récupérer la conque de Ramor. Elle leur annonce aussi que la quête n’est pas finie. Il reste 8 jours avant la renaissance de Ramor et Mara a besoin de temps pour pouvoir faire l’incantation qui va permettre de condamner Ramor à rester dans sa conque. Pour cela, elle envoie Bragon et Pelisse trouver l’oiseau du temps qui seul peut faire gagner du temps à Mara. Le problème, c’est que personne ne sait où vît l’oiseau. Le seul endroit connu sur Akbar qui détienne le secret, se trouve dans le temple de l’oubli. Or, il s’avère aussi que c’est l’endroit le plus dangereux d’Akbar. Les Jaisirs, gardiens du temple, n’osent même pas y pénétrer. La seconde épreuve semble beaucoup plus difficile que prévue pour Bragon. Malgré la difficulté, ils partent vers le temple car des Jaisirs ont tenté de voler le grimoire des dieux dans la cité de Mara. Le temps presse. Bragon et ses compagnons vont devoir vite partir. Mara impose au groupe d’emmener avec eux l’ancien amant et rival de Bragon, Bodias, le seul à pouvoir les guider jusqu’au temple…


Indéniablement, ce samedi restera à jamais marqué, du moins, pour ce qui est de ce blog, par une bande dessinée culte depuis trois décennies sous nos vertes contrées, je veux bien évidement parler de La Quête de l’Oiseau du Temps, œuvre des sieurs Le Tendre et Loisel, respectivement au scénario et aux dessins. En effet, et comme vous pouvez facilement le constater vu qu’il s’agissait de mon billet précédant, après avoir abordé cette saga avec la critique du premier tome, La Conque de Ramor, que je lisais pour la toute première fois, cela, trente ans après sa sortie, je n’ai pas perdu de temps et me suis lancer dans l’autre album que j’avais emprunter à ma médiathèque, le second volume de la saga, Le Temple de l’oubli. Et donc, après avoir trouvé les débuts de cette Quête de l’Oiseau du Temps plutôt bons mais, comme je vous l’avais dit, sans que cela ne me fasse sauter au plafond non plus (hum, disons que je le classe dans la moyenne haute), j’étais pour le moins impatient de découvrir ce que valait le second tome de la saga…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins ni même perdre du temps inutilement à tourner autour du pot puisque, en effet, si les débuts de la saga m’avaient plutôt plus, cette suite m’a fait comprendre pourquoi l’œuvre de Le Tendre et Loisel est considérée par beaucoups comme étant un chef d’œuvre du genre. Et oui ! Si dans ma précédente critique, j’avais pas mal insisté sur les quelques points négatifs que l’on pouvait trouver au premier volume, tout en insistant que ceux-ci étaient surtout le fait de l’ancienneté de la saga – trente ans – et de la difficulté qu’un adolescent de maintenant aurait à s’y plonger – cela, tout en relevant que celle-ci n’en était pas moins d’excellente qualité – ici, je me préoccuperais davantage d’insister sur ses très nombreux points positifs, car, et vous l’avez compris, pour qu’une bande dessinée soit considérée comme étant un chef d’œuvre, c’est qu’elle doit en posséder quelque uns (de points positifs), et là, force est de constater qu’il y a légions. Déjà, et comme c’était déjà le cas avec La Conque de Ramor, nous avons là un récit qui, en un seul album, est d’une telle richesse que cela en devient troublant ; bien entendu, cela est plus dû au fait que, de nos jours, les albums de bande dessinées insistent probablement davantage sur les dessins, et les grandes planches qui remplissent si bien les pages, que sur le scénario à proprement parler, ensuite, ce constat étant fait, on comprend pourquoi une œuvre comme La Quête de l’Oiseau du Temps est devenue culte avec tout juste quatre albums (je mets de côté ses suites) alors que, de nos jours, rien que pour nous raconter l’intégralité de l’intrigue, on aurait à se taper entre huit et dix albums. Car si La Conque de Ramor était une sacrée bonne intrigue, Le Temple de l’Oubli, lui, va encore plus loin et le scénario, pourtant très bon a la base, atteint des sommets auxquels je ne m’attendais pas : oui très chers lecteurs, c’est peut-être de la bande dessinée « a la papa », mais fichtre que c’est bon !!! Et puis, il y a, mais comment l’oublier, Loisel, qui n’avait peut-être pas encore atteint son niveau de maitrise actuel, mais qui fournissait déjà des planches pour le moins sublimes, l’œil du lecteur, admiratif, alternant entre les personnages, charismatiques au possible, et les décors, souvent somptueux, surtout la fameuse citée des Jaisirs, le peuple du désert, là où se trouve ce fameux temple de l’oubli…

Alors vous l’avez compris, nous atteignons donc, avec ce second tome de La Quête de l’Oiseau du Temps, quasiment ce que l’on peut appeler sans problèmes la perfection, et quelque part, j’en suis le premier surpris ; alors certes, je me doutais bien que si l’on chantait tant de louanges sur cette bande dessinée depuis trois décennies, ce n’était probablement pas pour rien, et puis, je connais tout de même le travail de Loisel depuis belle lurette, mais sincèrement, je dois reconnaitre que je ne m’attendais pas à ce que cette BD soit aussi bonne, et franchement, c’est ce second volume, Le Temple de l’Oubli, qui me la fait comprendre ! Excellent de bout en bout, tant de par son intrigue que par ses dessins, celui-ci fourmille de bonnes idées, quasiment une, au moins, par pages, et, de plus, est empreint de cet humour particulier (mais moins lourd que dans d’autres œuvres datant de la même époque), matinée d’érotisme par moments, qui était l’une des marques de fabrique d’une certaine Fantasy a la française autrefois. Mais une Fantasy à la fois proche et fort différente que celle auquel on est habitué (c’est-à-dire, Tolkien et sa cohorte d’imitateurs ainsi que Donjons & Dragons), une Fantasy où l’on trouve de drôles de créatures (le ver des sables, ici, étant finalement la plus commune), où les montures ont décidément de drôles d’apparences et où, à la place des nains et des elfes, l’on a des peuples pour le moins singuliers qui nous dépaysent grandement. Bref, vous l’avez compris, avec ce second volume de La Quête de l’Oiseau du Temps, cette œuvre prend une tournure épique et surtout, un intérêt grandissant, avec ses protagonistes hauts en couleurs, ce monde étrange et fascinant et, surtout, les questions que ne peut s’empêcher de se poser le lecteur en arrivant aux dernières pages : et si les choses n’étaient pas aussi simples qu’on pourrait le penser ? Hum, il semblerait bien que cela soit le cas, mais pour en savoir plus, il faudra patienter un peu pour la suite…

LA QUÊTE DE L'OISEAU DU TEMPS – LA CONQUE DE RAMOR



LA QUÊTE DE L'OISEAU DU TEMPS – LA CONQUE DE RAMOR

Le légendaire chevalier Bragon pense en avoir fini avec sa vie aventureuse dont les exploits ont fait les heures les plus riches des conteurs d'Akbar. À présent qu'il est vieux, il n'aspire plus qu'au repos, retiré qu'il est dans sa ferme des hauts plateaux du Médir. Mais la tranquillité n'est pas de mise pour les héros. Un jour vient à lui Pélisse, jeune vierge sauvage et rousse aux formes généreuses, accompagnée de son Fourreux, animal étrange aux mystérieux pouvoirs. Elle lui apporte un message de sa mère, la princesse-sorcière Mara, elle-même ancienne maîtresse de Bragon. La situation est grave : Ramor, le dieu maudit, va bientôt sortir de la conque où les dieux l'avaient enfermé pour contenir sa soif de pouvoir. La destruction et la mort s'étendraient alors sur Akbar sans que quiconque puisse s'y opposer. Il ne reste que huit jours avant la « nuit de la saison changeante » où s'achèvera l'enchantement qui retient Ramor prisonnier. Mara a besoin de l'Oiseau du Temps, car il est le seul capable d'arrêter le temps, ce qui lui permettrait d'achever, avant la fin des huit jours, la trop longue incantation qui lie Ramor à la conque. Mais la première épreuve de la quête sera d'aller récupérer la Conque de Ramor, jalousement gardée par Shan-Thung, le prince-sorcier de la Marche des Terres Éclatées. Sollicité par son ancien amour, agacé par la fougue et l'insolence de Pélisse qui prétend être sa fille, Bragon sort sa fidèle faucheuse de son étui et s'embarque sans plus d'hésitation dans ce qui sera la plus hasardeuse des entreprises jamais vues sur Akbar : La Quête de l'Oiseau du Temps !...

Comme les habitués de ce blog l’auront remarqué, depuis le début de cette année, je m’étais lancer dans la lecture de l’intégralité de la saga d’Edgar P. Jacobs, je veux bien évidement parler des Aventures de Blake et Mortimer, probablement l’une des œuvres, avec Tintin bien entendu, parmi les plus représentatives de ce que l’on appele la bande dessinée franco-belge. Etant complètement passé à côté de cette saga jusqu’à aujourd’hui, j’avais, pour une fois, réfléchis un petit peu et avait donc profité de la médiathèque qui se trouve au bout de ma rue pour pouvoir la découvrir sans débourser le moindre centime, ce qui, il faut l’avouer, est chose rare dans mes habitudes vu que je suis du genre à gaspiller mon argent en bêtises mais que je devrais faire bien plus souvent. Quoi qu’il en soit, au fil des premiers mois de cette année, vous avez eu à loisir l’occasion de lire (ou pas) les quelques critiques de cette saga, en commençant, bien entendu, par Le secret de l’Espadon, en février dernier, jusqu’à L’affaire du collier, il y a de cela quelques jours à peine – curieusement, les deux tomes qui m’avaient le moins intéressés, mais ceci est une autre histoire. Et donc, samedi dernier, c’était dans le but d’aller emprunter le dernier tome du sieur Jacobs (la série se poursuit au-delà mais avec des auteurs différents), Les trois formules du professeur Sato, que je me suis rendu à ma médiathèque, et, oh surprise, telle ne fut pas ma stupéfaction en m’apercevant que celui-ci était… indisponible ! Pestant contre cette guigne qui n’en finissait pas (vu que la dernière fois, déjà, c’était le cas), j’en conclus que les dieux devaient etre contre moi mais ne m’en laissait pas moins abattre ; après tout, je disposais d’un plan B.

Car, comme chaque amateur de bande dessinée le sait bien, nombreuses sont les œuvres cultes qui parsèment l’histoire de celle-ci, et, justement, il y en avait une autre, fort bien connue au demeurant, qui était sur mes tablettes depuis un temps certain : La Quête de l'Oiseau du Temps ! Œuvre de Le Tendre pour le scénario et du célèbre Régis Loisel pour les dessins, nous avons là l’une des bande dessinées les plus cultes de ces trente dernières années ; d’ailleurs, pour etre tout à fait franc, je ne m’imaginais même pas que cette saga était aussi ancienne vu que le premier tome, celui qui nous préoccupe aujourd’hui, La conque de Ramor, a tout juste trente ans. Certes, après coup, et connaissant Loisel depuis un temps plus que certain, l’âge de cette BD est pour le moins logique, surtout que, au début des années 90, le dessinateur se lançait dans son autre chef d’œuvre, je veux bien évidement parler de l’adaptation de Peter Pan – autre œuvre à découvrir, un de ces jours, et qui est sur mes tablettes, oh, depuis près de vingt ans au bas mot. Et bien entendu, La Quête de l'Oiseau du Temps était plus ancienne… mais trêve de tergiversations sur l’ancienneté de l’œuvre en elle-même, quoi que, comme vous le verrez, cela aura son importance, est intéressons-nous un peu à celle-ci, et plus précisément à ce premier tome. Je vous l’ai dit, avec La Quête de l'Oiseau du Temps, nous tenons là l’une des bande dessinées les plus connues de ces trois dernières décennies, une BD, donc, qui, comme Thorgal par exemple, est plus de ma génération que de celle qui nous a succéder. Bien évidemment, au vu de son âge, nous avons là une œuvre moins moderne, le genre que les plus jeunes d’entre nous surnommeront de « Fantasy à la papa », ce qui n’est pas forcément péjoratif en soi. Sauf que… sauf que, du coup, les canons du genre s’en trouvent bien évidement forts différents et qu’il est bien plus difficile a un adolescent, en 2013, de plonger dans cette œuvre, habitué qu’il est à un style narratif et des dessins complètements différents. De même, l’une des premières impressions qui ressortent de cette BD, et personnellement, j’avais ressenti la même chose avec Les chroniques de la lune noire, dont j’avais lu les trois premiers tomes il y a deux ans avant d’abandonner en chemin, c’est que, par moments, au fil des planches, l’on ne peut s’empêcher de se dire que certaines choses ont plutôt mal vieillies. Oh certes, pas au point de gâcher le plaisir de la lecture, prétendre le contraire serait inexact, mais bon, là où un Thorgal s’en sortait plutôt très bien, ce n’est pas autant le cas avec cette Quête de l’Oiseau du Temps.

Mais alors, au vu de tout ce que je vous ai dit, vous vous dites que je n’ai pas trop apprécié ce premier tome de La Quête de l'Oiseau du Temps ? Eh bien en fait, aussi surprenant que cela puisse paraitre, si ! Alors certes, je dois reconnaitre que je m’attendais a mieux, certes, oui, la chose a plutôt pris un petit coup de vieux, mais dans l’ensemble, nous tenons tout de même une sacrée bonne bande dessinée : scénario un peu convenu mais plutôt bon, personnages assez attachants et variés, dessins de Loisel tout simplement excellents et qui nous rappellent à quel point le gars est tout simplement doué, mais aussi et surtout, un premier tome bien plus dense et intéressant que ceux que l’on peut trouver de nos jours ! En effet, dans la bande dessinée moderne, les premiers tomes servent surtout à mettre en place la saga, l’univers, les personnages et l’action ne débute réellement, la plus part du temps, que dans le second, or, ici, dans cette Conque de Ramor, nous avons un premier tome qui ne se contente pas de faire les présentations et qui va bien plus loin, avec une quête déjà fort bien avancée et moult événements importants déroulés. Alors certes, l’on peut trouver l’ensemble vieillot, mais les anciennes bande dessinées avaient également du bon et l’on découvrait davantage de choses dans un tome que, de nos jours, en trois ou quatre… Bref, au final, et même si je n’ai pas excessivement sauté au plafond, j’aurais plutôt apprécié ce premier tome de La Quête de l'Oiseau du Temps, de par son scénario et ses dessins, celui-ci mérite largement tout le bien dit à son sujet depuis longtemps ; alors certes, j’attends de voir la suite pour voir si celle-ci est à la hauteur de ce premier tome, mais bon, je ne vois pas non plus pourquoi cela ne serait pas le cas ?!

mardi 16 avril 2013

L’HOMME TRUQUÉ



L’HOMME TRUQUÉ

Au seuil de l'hypermonde ... Janvier 1919. Un être difforme surnommé « L'Homme truqué » sème la terreur au nord de Paris. Léo Saint-Clair le Nyctalope se lance à sa poursuite, épaulé par Marie Curie qui vient de rentrer du front. Mais très vite, la terreur change de camp. Et si la chasse au monstre débouchait sur une nouvelle expérience de la vision ? L‘homme truqué est une très libre adaptation du roman éponyme de Maurice Renard paru juste après la Première Guerre mondiale et dont l’argument est le suivant : le 27 mai 1918, le lieutenant Jean Lebris, grièvement blessé au visage lors d’un assaut sur le Chemin des Dames, est kidnappé par une mystérieuse organisation qui teste sur lui un système expérimental de vision électrique. Relâché six mois plus tard près de Paris, Lebris, défiguré, terrorise la population des faubourgs et devient une sorte de légende urbaine : l'Homme truqué. 

Ce début d’année 2013, pour ce qui est de la bande dessinée, avait été marqué, pour ma part, principalement par deux séries : la cultissime œuvre d’Edgar P. Jacobs, Les aventures de Blake et Mortimer, dont j’emprunte les volumes à ma médiathèque, histoire de connaitre enfin l’une des bande dessinées les plus importantes de l’après-guerre dans le monde francophone et, dans un genre complètement différent, Prométhée, une BD plus moderne, œuvre de Christophe Bec et toujours en cours de parution aux éditions Soleil. Ces deux sagas, indéniablement, auront, quoi qu’il arrive, marquer cette année et même s’il est encore bien trop tôt pour prétendre que l’une ou l’autre soient considéré comme étant la BD de 2013, force est de constater qu’elles n’en seront pas loin. Et, justement, puisque je vous parle de cette petite distinction que j’ai l’habitude de donner annuellement, et ce, depuis les débuts de ce blog, comment ne pas se souvenir d’une autre saga qui, en son temps (2011), fut elle aussi considérée comme étant la BD de l’année, je veux bien évidement parler de La Brigade chimérique. Œuvre de Serge Lehman au scénario et de Gess aux dessins, ce véritable chef d’œuvre, et je pèse mes mots, avait été, lors de sa sortie, probablement la bande dessinée la plus intéressante et captivante qu’il m’avait été donné de lire depuis fort longtemps ; en effet, les auteurs, dans celle-ci, avaient souhaiter réaliser le vieux rêve de bons nombres d’amateurs de comics et de bande dessinée européenne, c’est-à-dire, créer des super héros « bien de chez nous » comme dirait l’autre, cependant, plutôt que de se contenter d’en créer de toutes pièces, comme ce fut le cas, par exemple, avec l’excellent Sentinelles de Xavier Dorison, ceux-ci eurent le coup de génie de reprendre à leurs comptes bon nombres de figures majeures, et oubliées, des feuilletons, romans et nouvelles du début du siècle, nous prouvant au passage que, contrairement à ce que l’on pouvait penser, le genre superhéroique possédait des gènes européens à la base et que si, depuis le second conflit mondial, celui-ci n’avait plus droit de citer, force est de constater qu’il suffisait d’un souffle, et, dans le cas présent, d’une œuvre, pour nous le révéler à nouveau. Mais La Brigade chimérique, bien plus qu’une simple bande dessinée, aussi exceptionnelle fut-elle, n’était qu’un début, qu’un premier jalon posé sur le grand œuvre d’un Serge Lehman : imposer de fait les super héros sur le vieux continent. Certes, pas ceux d’outre-Atlantique, archi-connus et même trop d’ailleurs, mais les nôtres, ceux qui faisaient vibrer nos arrières grands parents. Et donc, quelques mois plus tard, arriva ce qui devait arriver : la parution du premier tome de Masqué, toujours de Lehman, où le grand retour des justiciers costumés dans le Paris du vingt et unième siècle, une œuvre plus légère que La Brigade chimérique, plus simple d’accès, mais qui n’en restait pas moins dans la même veine.


Et si Masqué m’avait plutôt enthousiasmé pour ses débuts (mais pas autant que son illustre prédécesseur), je dus constater, à mon grand regret, qu’une pointe de déception fut au rendez-vous du troisième tome de la série et que j’avais un peu de mal à accrocher à cette bande dessinée, faisant même que je laissais de côté l’acquisition du quatrième et dernier volume de la saga, celui-ci ne faisant plus trop partie de mes priorités pour les semaines à venir. Et, tandis que je planifiais justement mes futurs achats en faisant des volumes manquant de Prométhée ceux à acquérir en priorité, telle ne fut pas mon immense surprise lorsque, alors que je trainais sur le net, de tomber sur cet Homme truqué, de découvrir, bouche bée, son synopsis, et surtout, de m’apercevoir qu’en plus, il était déjà sorti dans les rayons ! Ni une, ni deux, quelques clics de souris et la commande était passée (oui, je sais, je ne me déplace plus dans les magasins et les libraires, mais pourquoi faire, il y a toujours du monde et rarement ce que je veux, alors que, sur le net…), et donc, il y a quelques jours à peine, mon précieux Graal arrivait dans ma boite aux lettres !

Mais au fait, pourquoi un tel enthousiasme pour cette BD alors que, justement, la dernière œuvre en date du sieur Lehman, Masqué donc, commençait tout juste à me décevoir ? Etais-je un quelconque sado-maso prêt à jeter son argent par les fenêtres n’importe comment ? Oh que non, bien au contraire : déjà, dans cet Homme truqué, il faut mettre en avant le fait que Gess est de retour aux pinceaux, et, pour l’avoir grandement apprécier pour son travail dans La Brigade chimérique, force est de constater que cela ne pouvait etre qu’une sacrée bonne nouvelle ; ensuite, justement, ici, le lien avec La Brigade est plus qu’évidant puisque, en effet, si l’action ne se déroule pas à la même époque, c’est-à-dire, tout juste avant que n’éclate la seconde guerre mondiale, les personnages, pour certains, sont les mêmes puisque nous sommes à la toute fin de Der des Der ! Vingt ans auparavant donc avant les événements que nous connaissons, une Marie Curie qui vient tout juste de rentrer du front, encore en vie, et qui s’apprête a accueillir les grand blessés du front dans son Institut du Radium, un Nyctalope dans la force de l’âge, plus fin, moins antipathique que celui auquel on était habitués et qui, au demeurant, est bigrement charismatique finalement et même, a un moment donné, une certaine Brigade qui fait une toute petite apparition (pas forcément utile, j’en conviens, mais bon, c’est pour les fans ultras de celle-ci). Et donc, avec cet Homme truqué, Lehman et Gess, nous font replonger dans un univers tout bonnement prodigieux, un univers découvert avec La Brigade chimérique, et que, en toute sincérité, je n’osais pas espérer retrouver. Mais vu que celle-ci avait plutôt bien marché et possédait son petit lot de fans, les éditions Atalante, par le biais de sa nouvelle collection fort justement intitulé L’Hypermonde, a décidé de revenir, par le biais de différents albums à paraitre dans les prochaines années, sur le passé de tout un tas de protagonistes entraperçues dans La Brigade chimérique : cet Homme truqué est un premier jet, le Nyctalope, forcément, aura droit à ses origines (et d’ailleurs, je suis curieux de voir ce que cela pourra donner) et d’autres titres devraient suivre, ce qui est, convenons-en, une sacrée bonne nouvelle !

Mais je parle, je parle, mais au fait, que vaut cet Homme truqué ? Car bon, on a compris son lien avec un certain chef d’œuvre qu’il est inutile de nommer pour la énième fois mais celui-ci, justement, ne suffit pas pour faire d’un canasson un pur-sang, c’est bien connu ! Eh bien, comment dire, si, effectivement, il me parait évidant que L’Homme truqué n’est pas un nouvel Ourasi en puissance, il n’en reste pas moins un cheval plutôt racé, a l’œil vif et qui se débrouille plutôt pas mal sur les champs de course ; bref, une métaphore idiote, j’en conviens, mais pour vous dire de façon imagée que oui, nous avons bel et bien là une bande dessinée qui mérite amplement le détour. Scénario toujours aussi efficace et qui ravira les amateurs, dessins qui collent, une fois de plus, parfaitement à l’ambiance générale de cet univers, nous ne pouvons que louer les qualités de cet Homme truqué, tellement loin des productions habituelles et bien plus profond que celles-ci. Alors, bien entendu, cette BD plaira avant toute chose à tous ceux et celles qui auront apprécié La Brigade chimérique, d’ailleurs, quelque part, elle leur est destinée, mais qu’importe, quand la qualité est au rendez-vous, il faut savoir le reconnaitre, et, ici, c’est indéniablement le cas. Quant à ceux qui ne connaitraient pas encore La Brigade chimérique, je ne peux que leur conseiller qu’une seule chose : la découvrir au plus vite, car sincèrement, c’est probablement la bande dessinée la plus intéressante de ses dernières années. 

HEROES



HEROES

David Bowie, 1977

1 – Beauty and the Beast (Bowie) 3:32
2 – Joe the Lion (Bowie) 3:05
3 – Heroes (Bowie, Eno) 6:07
4 – Sons of the Silent Age (Bowie) 3:15
5 – Blackout (Bowie) 3:50
6 – V-2 Schneider (Bowie) 3:10
7 – Sense of Doubt (Bowie) 3:57
8 – Moss Garden (Bowie, Eno) 5:03
9 – Neuköln (Bowie, Eno) 4:34
10 – The Secret Life of Arabia (Bowie, Eno, Alomar) 3:46


Ceux qui me connaissent personnellement, ou qui, pour trainer depuis longtemps sur ce blog, on put voir, au vu de mes publications, ce que sont mes gouts, savent parfaitement que j’éprouve, depuis bien des années, une admiration sans borne pour ce monument de la musique anglo-saxonne de la fin du vingtième siècle, pour ce génie souvent imité, jamais égalé, ce précurseur qui, tout au long de sa longue, très longue carrier, toucha a bien des genres différents – certains diront, mesquinement, qu’il vampirisait d’autres artistes autrement plus doués, une affaire de gouts probablement – mais qui, en toute franchise, malgré la reconnaissance du milieu et quelques succès par ci par là, ne fut jamais une star incontestable comme quelques autres, ce chanteur/auteur/compositeur/musicien britannique qui, alors qu’on le donnait pour mort, et après des années d’absence et de mystère l’entourant, nous pondit, à la surprise générale, en ce début d’année, un nouvel album, celui que l’on surnomma, au fil des décennies, le Major Tom, Ziggy ou the Thin white duc, je veux bien évidement parler de… David Bowie ! Le seul, l’unique David Robert Jones, l’homme aux yeux vairons et, accessoirement, mon musicien et chanteur préféré !


Et donc, curieusement, alors que le sieur Bowie occupe une place tellement importante dans ma vie (avec les Beatles, les Stones, Neil Young, Brian Eno, Led Zeppelin, Roxy Music, le Velvet Underground et tant d’autres), cela faisait un sacré bout de temps que je ne vous proposais pas, sur ce blog, une critique de l’un de ses, nombreux, albums ; la faute, bien entendu, et comme je vous l’ai déjà dit à quelques reprises, au fait que ces dernières années, la musique à occuper une place bien moins importante qu’autrefois, que je n’ai plus trop le temps, hélas, d’écouter des albums dans leurs intégralités et que, du coup, l’occasion de vous proposer des critiques se fait plutôt rare. Mais bon, en cette année 2013, j’avais pris de nouvelles résolutions au sujet de la chose musicale et, pour le moment, je m’en tiens plus ou moins bien même si, je le reconnais, il n’y a pas de quoi sauter au plafond – un disque par mois chroniquer sur ce blog, ce n’est pas l’exploit du siècle non plus. Enfin bon, c’est un mieux en comparaison de ces dernières années et, surtout, cela m’a permis de vous proposer, en ce jour, l’un des plus grands disques du sieur Bowie, le légendaire Heroes !

Il y a de cela deux ans, à quelques jours prêts, je vous avais parlé ici même du premier volet de la célèbre trilogie berlinoise, le non moins légendaire Low, avec sa pochette orangée, bien entendu, mais aussi et surtout, avec ce son venu d’ailleurs, ses courtes chansons pour le moins singulières et ses longs instrumentaux littéralement aux antipodes de ce que nous avait fait David Bowie jusqu’alors, faisant entrer celui-ci, et accessoirement, la musique, dans une nouvelle ère, celle qui dominera la fin des années 70 et une bonne partie de la décennie suivante. A la manette de ce pur chef d’œuvre, deux hommes principalement : Bowie, bien entendu, mais aussi le fantasque Brian Eno, l’ex trublion de Roxy Music qui depuis, nous pondait de curieux albums que l’on pouvait sans peine qualifier d’ovnis musicaux et qui, dans l’ombre, allait de plus en plus prendre d’importance dans la scène musical britannique puis mondiale. Et la rencontre de ses deux individus, franchement barrés chacun dans leurs parties, mais aussi et surtout, avides de nouveautés et d’expériences musicales, allait donc accoucher, tout d’abord, de Low, un disque qui horrifia la maison de disque du mince duc blanc, déjà passablement secouée par le morbide mais génial Station to Station, puis, ensuite, car il est temps après ce très long préambule d’y arriver, du disque qui nous préoccupe aujourd’hui : Heroes !

Pour la petite histoire, Heroes fut le seul album de la prétendue trilogie berlinoise qui fut, effectivement, enregistrer à Berlin, accessoirement, à quelques pas du fameux Mur (qui ne dira pas grand-chose aux plus jeunes d’entre vous mais qui, pour ceux de ma génération, était une réalité), ce qui, d’entrée de jeu, pose l’ambiance de la chose. Pourtant, et si pour ce qui est de cette fameuse trilogie, Lodger est effectivement à part, on ne peut pas dire que Low soit franchement différent : disons plutôt que par « trilogie berlinoise », l’on affirme surtout le retour aux sources de Bowie, intérêt pour la musique européenne et plus particulièrement électronique dont le fer de lance était, bien entendu, Kraftwerk. Cela étant dit, car ce ne sont que de simples considérations sans importance, recentrons nous sur l’album à proprement parler : ce que l’on constate, lors de la première écoute, c’est que Heroes est à la fois très semblable mais également plutôt différent que son prédécesseur, Low. Déjà, structurellement, les deux albums sont très proches avec une première face de chansons et une seconde d’instrumentaux (plus ou moins, c’est ça) ; ensuite, d’un point de vu musical, Heroes est, comme il fallait s’y attendre dans la ligné de son prédécesseur, et certains titres présents sur l’un des albums auraient pu, parfaitement, se retrouver sur l’autre. Mais, comme je vous l’avais signalé, les différences sont nombreuses, avec, déjà, des chansons plus conformes avec l’idée que l’on peut se faire de la chose au lieu et place des petites vignettes musicales, mais qui me plaisaient tant, de Low ; ensuite, et ce n’est pas rien, l’arrivée d’un troisième larron qui vient compléter le duo Bowie/Eno, le guitariste Robert Fripp, échappé de King Crimson et complice de l’ancien de Roxy Music qui, avec son indéniable talent de guitariste, mais aussi et surtout, par son gout, lui aussi, pour l’expérimentation musicale, vient apporter la touche finale à la structure sonore de cet album. Bowie, Eno et Fripp, la rencontre de ces trois hommes, à la fois tellement proches et différents, apporte à Heroes sa structure, ce son fait de guitares distordues et de synthés triomphants (mais qui se contentent de rester à leur place, chose que beaucoup d’autres n’auront jamais compris), et où plane, au-dessus de tout cela, l’inimitable et enchanteresse voie d’un Bowie, plus héroïque que jamais.

Bien évidemment, il y aurait moult choses à dire et à redire sur cet album comme, pour ne parler que de la plus évidente, la chanson éponyme : Heroes. A elle seule, cet hymne à l’amour qui nous parle de deux amants qui s’embrassent près du Mur de Berlin (en fait, le producteur Tony Visconti et sa maitresse, la choriste Antonia Maass), mériterait presque un billet à elle toute seule tellement cette chanson est tout bonnement grandiose : point d’orgue de l’opus, avec son mur du son et ses accents héroïques, Heroes est incontestablement l’une des plus grandes chansons de David Bowie, mais aussi, l’une des plus connues. Mais Heroes, l’album, pas la chanson, c’est aussi la seconde face, qui, comme ce fut le cas avec Low, est quasiment intégralement instrumentale et qui nous fait naviguer dans cette vieille Europe décidément toujours aussi fascinante, et puis, histoire que l’on comprenne bien que le mince duc blanc sait remercier ceux qui l’inspirent, n’oublions pas le sublime V-2 Schneider, hommage à l’un des fondateurs de Kraftwerk, groupe qui l’avait tant marquer et dont je vous ai déjà parler ici, avec la critique de The Man Machine. Quasi parfait de bout en bout (je ne peux m’empêcher de titiller quant à la présence du sympathique mais limiter The Secret Life of Arabia qui clôt l’album alors que celui-ci aurait mieux fait de se clore sur un instrumental), Heroes est un très grand album de Bowie et, indéniablement, l’un de ses meilleurs, et ce, même si ce n’est pas mon préféré – ah, je préfère Low et puis, comment oublier Station to Station – même si dire cela est plus que relatif. Un album grandiose, que tout amateur de musique digne de ce nom se doit d’écouter au moins une fois dans sa vie et qui, pour la petite histoire, et pour rappeler surtout que, décidément, avec notre brave Bowie, les choses ne furent pas toujours simples, ne connut pas des ventes exceptionnelles en soit… mais bon, qu’importe la chose : après tout, les plus grosses ventes ne sont pas forcément les albums qui resteront dans l’histoire de la musique, quand a Heroes, sa place y est depuis bien longtemps…

vendredi 12 avril 2013

BLAKE ET MORTIMER – L’AFFAIRE DU COLLIER



LES AVENTURES DE BLAKE ET MORTIMER – L’AFFAIRE DU COLLIER

Olrik qui défraye la chronique des faits divers et se transforme tour à tour en passe muraille et en gentleman cambrioleur, voilà qui ne laisse pas d’étonner Blake et Mortimer ! Ces derniers se sont rendus à Paris pour une confrontation avec leur vieil ennemi au Palais de Justice. Mais le colonel, par un magistral tour de passe-passe et l’utilisation de complice extérieur, réussi à fausser compagnie à ses geôliers avant d’arriver au Palais. L’histoire ferait presque sourire nos deux Anglais, si le colonel ne les mettait au défi de l’arrêter avant qu’il ne commette quelque forfait. Or les feux de l’actualité sont alors braqués sur une affaire que d’aucun dans l’opinion publique française n’hésite pas à qualifier d’état. Sir Williamson, un richissime collectionneur Britannique, se propose de faire cadeau à la reine Elisabeth du collier de Marie-Antoinette, celui-là même qui fut à l’origine d’un retentissant scandale qui, à la fin de l’ancien régime, préluda à la révolution. Le prestigieux bijou doit être présenté à l’issue d’une réception que donne Sir Williamson chez le joaillier Duranton. C’est ce moment que choisit Olrik pour refaire surface et subtiliser le collier, au nez et à la barbe de Blake et Mortimer, eux aussi invités à la fête. Mais quelle curieuse stratégie pousse donc Olrik à informer par téléphone tous les journaux de son forfait ? Pour quelle raison harcèle-t-il le pauvre Duranton, déjà bien éprouvé par la disparition du bijou dans son hôtel particulier ?


Lors de mes derniers congés, en mars, j’avais lu quelques albums des célèbres Aventures de Blake et Mortimer, le fameux duo so british de l’inoubliable Edgard P. Jacobs, et, bien entendu, je vous avais proposé les critiques de ceux-ci sur ce même blog ; depuis, après avoir repris le travail, le temps à passer et je dois avouer que je n’avais pas trop Blake et Mortimer en tête, au point que, alors que j’avais emprunter ce septième volume de la saga à ma médiathèque, j’aurais attendu le tout dernier jour avant de le rendre pour le lire. Enfin bon, l’important, bien évidemment, aura été que je le fasse, mais, du coup, ces quelques semaines d’absence (la critique du dernier volume, Le piège diabolique, date tout de même du 21 mars dernier) auront fait que je n’étais plus autant enthousiaste qu’alors pour me replonger dans l’œuvre de Jacobs. Mais bon, comme dirait l’autre, quand il faut-il aller, faut y aller, alors, ce vendredi après-midi, je me suis poser un peu et me suis attaquer à L’affaire du collier, septième tome des Aventures de Blake et Mortimer.

Il faut dire d’entrée de jeu que déjà, avec la couverture, ça partait mal : en effet, celle-ci, où l’on voit l’ennemi juré de nos deux compères, le charismatique Colonel Olrik avec le fameux collier de Marie-Antoinette, est probablement l’une des plus moches si ce n’est la plus moche de la série ; alors certes, cela ne reste qu’une couverture et que celle-ci soit réussie ou pas, cela ne signifie pas que le contenu de l’album soit mauvais – d’ailleurs, sur ce point, Blake et Mortimer ont quelques fois eu droit à des couvertures… hum, comment dire… franchement ratées. Mais passé ce premier mauvais point, dès la première case, j’eu la mauvaise surprise de m’apercevoir que, une fois de plus, l’aventure allait se dérouler en France, plus précisément à Paris et dans sa proche banlieue, et comme cela fait tout juste trois albums que ça dure, je pense que, sur ce coup-là, Jacobs aurait pu nous faire « voyager » un peu plus, car bon, pour le dépaysement, on repassera. Du coup, l’on retrouve des lieux et des personnages désormais devenus habituels, comme l’inspecteur français, mais qui manquent franchement de charisme. Mais si la couverture et le choix du lieu où se déroulait l’aventure m’avaient déjà mortifié, le coup de grâce final fut le scénario en lui-même : ici, nulle machine sophistiqué, pas la moindre trace de science-fiction ou de fantastique mais tout juste une simple et banale enquête policière, un polar donc, un jeu du chat et de la sourie dans les rues et les égouts de Paris avec… soupir… Olrik, Blake et Mortimer. Alors certes, c’est sympa par moments, mais… par moments seulement et ceux-ci ne sont pas nombreux : prévisible au possible, le scénario n’apporte pas de grandes surprises et tout au long de l’album, l’on assiste à des courses poursuites, des coups de feu, des retournements de situations, mais tellement convenus qu’ils en perdent toute leur saveur. Pire que tout, le passage dans les catacombes parisiennes, qui aurait dut etre le point d’orgue de l’histoire, est, selon moi, plutôt ratée, la faute à un Jacobs pas franchement au sommet de son art et qui fit bien mieux précédemment, quand à l’histoire du Collier, sincèrement, je n’aurais pas vraiment accroché, le comble étant atteint par son propriétaire qui au début, souhaite le donner à la Reine d’Angleterre, et qui, à la fin, change d’avis comme si de rien n’était… et d’ailleurs, sans explications.


Bref, je pense qu’il est inutile d’en rajouter, je n’ai absolument pas accroché à cette Affaire du collier : les amateurs de la série et ceux qui l’auront apprécié pourront m’en vouloir mais sincèrement, j’ai trouvé cet album plutôt fade et sans grand intérêt, un peu comme si Jacobs, pourtant capable de nous livrer des histoires sublimes, tournait un peu en rond et s’était louper sur ce coup-là. Dommage tout de même puisque, jusqu’ici, et en dehors du premier album, Le secret de l’Espadon, un peu spécial dut à son ancienneté, j’avais plutôt bien accroché à cette série, mais là, je suis contraint d’admettre que j’ai connu, avec cette Affaire du collier, ma plus belle déception avec cette série. 
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