lundi 1 avril 2013

JANUA VERA



JANUA VERA

Né du rêve d'un conquérant, le vieux royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, Ædan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain… Jean-Philippe Jaworski met une langue finement ciselée au service d'un univers de Fantasy médiévale d'une richesse rare. Entre rêves vaporeux et froide réalité, un moment de lecture unique. Janua Vera a été récompensé par le prix du Cafard Cosmique 2008.

Après avoir passé cinq mois du côté du Trône de fer puis, etre partie dans les délires de Hal Duncan avec Le Livre de toutes les heures avant de relire ce pur classique de la littérature qu’est La ferme des animaux, j’avais prévu de m’attaquer à la trilogie de Jack Vance, Lyonesse, et puis, alors que je m’étais déjà procurer le premier volume de celle-ci, je me suis souvenu d’un ouvrage qui était sur mes tablettes depuis un certain temps déjà, d’une œuvre dont j’avais entendu le plus grand bien et qui m’intriguait fortement : Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski. L’auteur, français, ce qui faut souligner, venait de l’univers du jeu de rôles, une forme de jouer que ceux de ma génération connaissent bien mais qui ne dira probablement pas grand-chose aux plus jeunes d’entre nous, et avait déjà à son actif Te deum pour un massacre, un jeu de rôle historique se déroulant en France au XVIe siècle pendant les guerres de religion ; bref, un sujet plutôt éloigné des habituels poncifs du genre et qui laissait sous-entendre que le sieur Jaworski ne se contenterais pas de nous pondre, dans un roman, un sous Donjons & Dragons, ce qui n’était pas plus mal finalement. Ainsi, et suite aux nombreuses critiques pour le moins fort positives que j’avais lu à son sujet, je n’ai pas trop hésité quant au fait de faire attendre un peu Lyonesse (après tout, ce n’est pas comme si je n’avais pas de temps avant que ne paraisse dans les rayons la suite du Trône de fer) et de me lancer dans la lecture de cet ouvrage au titre pour le moins singulier : Janua Vera.

En soit, Janua Vera n’est pas un véritable roman au sens premier du terme puisque nous avons là un recueil de nouvelles dont le nombre, au demeurant, varie suivant les différentes éditions ; ainsi, celle que je possède, en poche chez Folio, est composée de huit nouvelles : Janua VeraMauvaise DonneLe service des damesUne offrande très précieuseLe conte de SuzelleJour de GuigneUn amour dévorantLe confident. En temps habituel, je ne suis pas un grand adepte de nouvelles, préférant les romans, mais lorsque j’en ai l’occasion, et quand la qualité est au rendez-vous, le genre ne me déplait pas trop surtout que, finalement, une courte nouvelle vaut largement, voir plus qu’un long et ennuyeux roman, non ? Et ici, force est de constater que oui, mille fois oui, la qualité est bel et bien au rendez-vous et que, en toutes sincérité, j’ai peut-être déjà trouver, à la lecture de ce Janua Vera, mon livre de cette année 2013 ! Car si Jean-Philippe Jaworski nous offre là un ouvrage de Fantasy, celle-ci n’est pas si évidente que cela : en effet, et contrairement à bien des ouvrages qui ne sont, finalement, que des imitations plus ou moins réussies du maitre étalon du genre, Le seigneur des anneaux, ici, les éléments fantastiques (comme c’est le cas dans Le Trône de fer par ailleurs) ne sont livrés qu’avec parcimonie. Oh, l’on parle bien d’Elfes et de Nains, mais de façon lointaine (il y a bien l’etre elfique du Conte de Suzelle mais c’est tout), on sait qu’ils existent, c’est tout, quand a la magie, elle est à peine présente et tient davantage de la nécromancie que d’autre chose – la aussi, ce n’est pas plus mal. Et pour ce qui est du bestiaire monstrueux des œuvres de Fantasy, eh bien, en dehors des Gobelins qui sont évoqués, rien à ne se mettre sous la dent. Peu de Fantasy donc, car l’univers de Janua Vera tient davantage de celui de l’Europe de la fin du Moyen âge et de la Renaissance, avec lequel il possède bon nombre de points communs : la cité état de Mauvaise donne ayant des faux airs de celles de l’Italie de la Renaissance, comme Florence ou Venise, il existe un royaume qui ressemble bigrement a l’Empire Ottoman, les contrées barbares, elles, étant facilement transposables dans l’Europe de la fin de l’Empire Romain. Ajoutons à cela un style d’écriture recherché et travaillé, usant habilement des termes de l’époque et qui renforce la qualité générale de l’ensemble et nous avons forcément là, non seulement un fort bon ouvrage, mais aussi, un univers réussi et crédible.

Reste le cas des diverses nouvelles qui composent cette œuvre : Janua Vera, dont le nom a donné le titre de l’ouvrage est une mise en bouche se déroulant des centaines d’années avant les autres et nous sert d’introduction en nous racontant l’histoire lointaine du Vieux Royaume. Personnellement, c’est celle que j’ai trouvé comme étant la moins intéressante, même si elle est de qualité. Mauvaise donne est la nouvelle la plus longue et sert de prélude à Gagner la Guerre, le premier véritable roman de l’auteur que je lirais bientôt (en fait, dès qu’il arrive dans ma boite aux lettres) et dans celle-ci, nous faisons la connaissance avec un personnage haut en couleur, Benvenuto Gusefal, un assassin qui se retrouve mêlé bien malgré lui a un complot d’envergure : Mauvaise donne est un véritable petit bijou comme je les aime où se mêlent intrigues, complots et personnages sans foi ni loi. Le service des dames pourrait paraitre négligeable de prime abord si ce n’était l’évidant hommage appuyé à Chrétien de Troyes et à ses récits de chevaliers arthuriens. Une offrande très précieuse, elle, est une nouvelle pour le moins surprenante, qui ne se dévoile que dans ses toutes dernières lignes, mais qui possède un potentiel fort au niveau de la psychologie dramatique du protagoniste principal ; une nouvelle qui m’aura particulièrement touché. Mais pas autant que Le conte de Suzelle, l’une de mes préférées : racontant l’existence d’une petite fille paysanne et sa rencontre avec un personnage elfique dont on n’en saura pas grand-chose, on suit tout au long de cette nouvelle, tous les aléas d’une vie avec ses joies et ses drames, et ce, jusqu’à un final bien triste ; une belle réussite sans nul doute. Jour de guigne ravira les amateurs du Disque Monde puisque nous avons là un hommage à Pratchett, mais un hommage pour le moins réussi et plutôt drôle. Un amour dévorant est aussi l’une de mes nouvelles préférées, un conte fantastique comme je les aime et sur lequel je n’en dirais pas davantage mais est, selon moi, l’une des meilleures réussites de cet ouvrage ; mais il faut dire que j’aime bien les histoires de fantômes. Quant au Confident, qui clôt Janua Vera, c’est un texte pour le moins lugubre, où règne un malaise certain mais qui n’en est pas moins particulièrement intéressant puisque, dans celui-ci, on en apprend pas mal sur le fameux Culte de l’Écorché.


Bref, vous l’avez deviné, j’ai particulièrement apprécié ce Janua Vera ; certes, je m’attendais, au vu des nombreuses critiques positives, a un bon ouvrage, mais à ce point, franchement, non. Car, que ce soit pour son univers, ses protagonistes nombreux et variés, le style d’écriture plutôt recherché, l’ambiance souvent pesante qui transparait de cet ouvrage et, bien entendu, la grande qualité des nouvelles, j’aurais passé un superbe moment de lecture, comme je les aime, au point même de ne quasiment plus pouvoir lâcher ce livre, c’est pour dire. D’ailleurs, et comme je vous le disais en préambule de cette critique, il y a de fortes chances que Janua Vera soit mon roman de cette année 2013 ; mais le plaisir n’est pas fini puisque, dès que je reçois Gagner la Guerre, je replongerais avec un plaisir certain dans l’univers du Vieux Royaume et de Jean-Philippe Jaworski. 

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Hum.
Janua Vera meilleure lecture 2013?
Attends de lire "Gagner la Guerre".
Janua Vera passera en deuxième place...

Tigger Lilly a dit…

Un excellent recueil de nouvelles !

Feanor a dit…

C'est probable et j'espère qu'il sera dans ma boite aux lettres quand je rentrerais.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...