mardi 16 avril 2013

L’HOMME TRUQUÉ



L’HOMME TRUQUÉ

Au seuil de l'hypermonde ... Janvier 1919. Un être difforme surnommé « L'Homme truqué » sème la terreur au nord de Paris. Léo Saint-Clair le Nyctalope se lance à sa poursuite, épaulé par Marie Curie qui vient de rentrer du front. Mais très vite, la terreur change de camp. Et si la chasse au monstre débouchait sur une nouvelle expérience de la vision ? L‘homme truqué est une très libre adaptation du roman éponyme de Maurice Renard paru juste après la Première Guerre mondiale et dont l’argument est le suivant : le 27 mai 1918, le lieutenant Jean Lebris, grièvement blessé au visage lors d’un assaut sur le Chemin des Dames, est kidnappé par une mystérieuse organisation qui teste sur lui un système expérimental de vision électrique. Relâché six mois plus tard près de Paris, Lebris, défiguré, terrorise la population des faubourgs et devient une sorte de légende urbaine : l'Homme truqué. 

Ce début d’année 2013, pour ce qui est de la bande dessinée, avait été marqué, pour ma part, principalement par deux séries : la cultissime œuvre d’Edgar P. Jacobs, Les aventures de Blake et Mortimer, dont j’emprunte les volumes à ma médiathèque, histoire de connaitre enfin l’une des bande dessinées les plus importantes de l’après-guerre dans le monde francophone et, dans un genre complètement différent, Prométhée, une BD plus moderne, œuvre de Christophe Bec et toujours en cours de parution aux éditions Soleil. Ces deux sagas, indéniablement, auront, quoi qu’il arrive, marquer cette année et même s’il est encore bien trop tôt pour prétendre que l’une ou l’autre soient considéré comme étant la BD de 2013, force est de constater qu’elles n’en seront pas loin. Et, justement, puisque je vous parle de cette petite distinction que j’ai l’habitude de donner annuellement, et ce, depuis les débuts de ce blog, comment ne pas se souvenir d’une autre saga qui, en son temps (2011), fut elle aussi considérée comme étant la BD de l’année, je veux bien évidement parler de La Brigade chimérique. Œuvre de Serge Lehman au scénario et de Gess aux dessins, ce véritable chef d’œuvre, et je pèse mes mots, avait été, lors de sa sortie, probablement la bande dessinée la plus intéressante et captivante qu’il m’avait été donné de lire depuis fort longtemps ; en effet, les auteurs, dans celle-ci, avaient souhaiter réaliser le vieux rêve de bons nombres d’amateurs de comics et de bande dessinée européenne, c’est-à-dire, créer des super héros « bien de chez nous » comme dirait l’autre, cependant, plutôt que de se contenter d’en créer de toutes pièces, comme ce fut le cas, par exemple, avec l’excellent Sentinelles de Xavier Dorison, ceux-ci eurent le coup de génie de reprendre à leurs comptes bon nombres de figures majeures, et oubliées, des feuilletons, romans et nouvelles du début du siècle, nous prouvant au passage que, contrairement à ce que l’on pouvait penser, le genre superhéroique possédait des gènes européens à la base et que si, depuis le second conflit mondial, celui-ci n’avait plus droit de citer, force est de constater qu’il suffisait d’un souffle, et, dans le cas présent, d’une œuvre, pour nous le révéler à nouveau. Mais La Brigade chimérique, bien plus qu’une simple bande dessinée, aussi exceptionnelle fut-elle, n’était qu’un début, qu’un premier jalon posé sur le grand œuvre d’un Serge Lehman : imposer de fait les super héros sur le vieux continent. Certes, pas ceux d’outre-Atlantique, archi-connus et même trop d’ailleurs, mais les nôtres, ceux qui faisaient vibrer nos arrières grands parents. Et donc, quelques mois plus tard, arriva ce qui devait arriver : la parution du premier tome de Masqué, toujours de Lehman, où le grand retour des justiciers costumés dans le Paris du vingt et unième siècle, une œuvre plus légère que La Brigade chimérique, plus simple d’accès, mais qui n’en restait pas moins dans la même veine.


Et si Masqué m’avait plutôt enthousiasmé pour ses débuts (mais pas autant que son illustre prédécesseur), je dus constater, à mon grand regret, qu’une pointe de déception fut au rendez-vous du troisième tome de la série et que j’avais un peu de mal à accrocher à cette bande dessinée, faisant même que je laissais de côté l’acquisition du quatrième et dernier volume de la saga, celui-ci ne faisant plus trop partie de mes priorités pour les semaines à venir. Et, tandis que je planifiais justement mes futurs achats en faisant des volumes manquant de Prométhée ceux à acquérir en priorité, telle ne fut pas mon immense surprise lorsque, alors que je trainais sur le net, de tomber sur cet Homme truqué, de découvrir, bouche bée, son synopsis, et surtout, de m’apercevoir qu’en plus, il était déjà sorti dans les rayons ! Ni une, ni deux, quelques clics de souris et la commande était passée (oui, je sais, je ne me déplace plus dans les magasins et les libraires, mais pourquoi faire, il y a toujours du monde et rarement ce que je veux, alors que, sur le net…), et donc, il y a quelques jours à peine, mon précieux Graal arrivait dans ma boite aux lettres !

Mais au fait, pourquoi un tel enthousiasme pour cette BD alors que, justement, la dernière œuvre en date du sieur Lehman, Masqué donc, commençait tout juste à me décevoir ? Etais-je un quelconque sado-maso prêt à jeter son argent par les fenêtres n’importe comment ? Oh que non, bien au contraire : déjà, dans cet Homme truqué, il faut mettre en avant le fait que Gess est de retour aux pinceaux, et, pour l’avoir grandement apprécier pour son travail dans La Brigade chimérique, force est de constater que cela ne pouvait etre qu’une sacrée bonne nouvelle ; ensuite, justement, ici, le lien avec La Brigade est plus qu’évidant puisque, en effet, si l’action ne se déroule pas à la même époque, c’est-à-dire, tout juste avant que n’éclate la seconde guerre mondiale, les personnages, pour certains, sont les mêmes puisque nous sommes à la toute fin de Der des Der ! Vingt ans auparavant donc avant les événements que nous connaissons, une Marie Curie qui vient tout juste de rentrer du front, encore en vie, et qui s’apprête a accueillir les grand blessés du front dans son Institut du Radium, un Nyctalope dans la force de l’âge, plus fin, moins antipathique que celui auquel on était habitués et qui, au demeurant, est bigrement charismatique finalement et même, a un moment donné, une certaine Brigade qui fait une toute petite apparition (pas forcément utile, j’en conviens, mais bon, c’est pour les fans ultras de celle-ci). Et donc, avec cet Homme truqué, Lehman et Gess, nous font replonger dans un univers tout bonnement prodigieux, un univers découvert avec La Brigade chimérique, et que, en toute sincérité, je n’osais pas espérer retrouver. Mais vu que celle-ci avait plutôt bien marché et possédait son petit lot de fans, les éditions Atalante, par le biais de sa nouvelle collection fort justement intitulé L’Hypermonde, a décidé de revenir, par le biais de différents albums à paraitre dans les prochaines années, sur le passé de tout un tas de protagonistes entraperçues dans La Brigade chimérique : cet Homme truqué est un premier jet, le Nyctalope, forcément, aura droit à ses origines (et d’ailleurs, je suis curieux de voir ce que cela pourra donner) et d’autres titres devraient suivre, ce qui est, convenons-en, une sacrée bonne nouvelle !

Mais je parle, je parle, mais au fait, que vaut cet Homme truqué ? Car bon, on a compris son lien avec un certain chef d’œuvre qu’il est inutile de nommer pour la énième fois mais celui-ci, justement, ne suffit pas pour faire d’un canasson un pur-sang, c’est bien connu ! Eh bien, comment dire, si, effectivement, il me parait évidant que L’Homme truqué n’est pas un nouvel Ourasi en puissance, il n’en reste pas moins un cheval plutôt racé, a l’œil vif et qui se débrouille plutôt pas mal sur les champs de course ; bref, une métaphore idiote, j’en conviens, mais pour vous dire de façon imagée que oui, nous avons bel et bien là une bande dessinée qui mérite amplement le détour. Scénario toujours aussi efficace et qui ravira les amateurs, dessins qui collent, une fois de plus, parfaitement à l’ambiance générale de cet univers, nous ne pouvons que louer les qualités de cet Homme truqué, tellement loin des productions habituelles et bien plus profond que celles-ci. Alors, bien entendu, cette BD plaira avant toute chose à tous ceux et celles qui auront apprécié La Brigade chimérique, d’ailleurs, quelque part, elle leur est destinée, mais qu’importe, quand la qualité est au rendez-vous, il faut savoir le reconnaitre, et, ici, c’est indéniablement le cas. Quant à ceux qui ne connaitraient pas encore La Brigade chimérique, je ne peux que leur conseiller qu’une seule chose : la découvrir au plus vite, car sincèrement, c’est probablement la bande dessinée la plus intéressante de ses dernières années. 

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